CHAPITRE XII
Reprise de 1» guerre »Tee le« Russes en IiiTonie. Éleetion au trdne de Pologne. Proeédés de ;ieon III envers son irére prisonnier.
Jean III n'avait, disait-il, accepté le traité de Stettin que pour concentrer en Livonie toutes les forces vives du royaume et les opposer au grand-duc de Moscovie, qu'il considérait comme le plus redoutable et le plus implacable de ses adversaires. Jean III avait, cette fois, deviné juste. Le péril était urgent; ses soldats n'avaient pas encore franchi le golfe de Finlande que les Allemands et les Russes avaient envahi en même temps, les premiers le district de Harrie, et les seconds la Garélie, et que partout ils laissaient des marques terribles de leur passage. Leur premier élan semblait irrésistible; et je ne sais trop ce qui serait advenu 9 si les Tartares, excités et payés par la Pologne, n'avaient à leur tour envahi la province de Moscou, pris la capitale et massacré plus de trente mille personnes. Malgré ce nouvel ennemi qu'on lui avait si habilement suscité, Iwan IV ne perd rien de son arrogance; il trouve le moyen d'entrer en relations avec Éric, et d'obtenir de lui un écrit par lequel il s'engage, une fois rétabli sur le trône, à se reconnaître le vassal de la Russie. Le courrier qui apportait des
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lettres à un prisonnier d'Ëtat a. Timpudence de se rendre auprès du roi et pousse l'audace jusqu'à lui déclarer en face que son mattre veut bien écouter des paroles de paix, mais à la condition de ne point se commettre^ lui grand-duc de Moscovie, avec un roi de Suède de hasard, et que, pour traiter, il faudra s'adresser directement à Magnus d'Oldenbourg pour la Livonie, et pour la Russie au gouverneur de Novogorod.
11 n'y avait là, en définitive, qu'un procédé de barbare qu'il fallait laisser tomber, si on ne se sentait pas de force à le relever. Au lieu de cela, Jean, qui manquait de tact et qui aimait à discuter, fait une longue lettre à son rival, tendant à lui prouver qu'il est d'aussi bonne maison que lui, et que son mariage en est la meilleure preuve; que les rois de Suède ont traité autrefois^ il est vrai, directement avec les gouverneurs de Novogorod, mais que les gouverneurs étaient alors princes souverains et non pas comme aujourd'hui feudataires de la couronne de Moscovie. Iwan lY enhardi répond à Jean III qu'il n'est qu'un fils de parvenu ; que son mariage avec Catherine ne doit pas flatter son amour-propre, attendu qu'il a dans ses États des valets d'écurie qui sortent de la famille de Jagellon; que le gouverneur de Novogorod est son parent, issu du même sang que lui, et que celui-ci fait au roi de Suède un grand honneur en consentant à mettre son nom auprès du sien au bas d'un traité. Cet échange de grossièretés n'avait pas grande importance; ce qui valait mieux pour l'honneur et pour l'intérêt de Jean III, c'est que Charles Henriksson de Kankàs , à la tête de trois cents hommes seulement.
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surprit un corps de rarmée de Magnus, commandé par Georges Thisenhuisen, tua le général, fit un grand carnage des soldats et s'empara d'un immense butin. Ce succès mit au comble l'exaspération d'Iwan le Terrible, qui menaça de convertir en déserts toutes les provinces livonniennes occupées par les Suédois, si leur roi ne s'était pas résigné, avant le mois de février 1572, à traiter avec le gouverneur de Novogorod (1). -
De pareilles exigences n'étaient que ridicules. Jean 111 n'aurait dû y répondre que par un méprisant silence. Au contraire, il fit fléchir de nouveau sa dignité devaht le plaisir de jeter à la face de son rival ses fleurs de rhétorique, et dans une longue lettre qu'il lui adressa de nouveau il s'appliqua à lui prouver qu'il était issu, tant du côté de son père que de sa mère, de familles jadis souveraines et dignes d'aller de pair avec les plus illustres de la chrétienté; que Christian Il n'avait été élu que par surprise roi de Suède, et que du reste ses crimes l'avaient fait déchoir du trône de saint Éric; que Jarolas, prince de Novogorod et gendre d'Olaûs Scotkonung, avait été gouverneur d'un prince suédois el jamais de la Suède; qu'il n'y avait en Russie aucun vrai Jagellon, mais peutêtre quelque bâtard tombé au-dessous de son rang; et que lui, Iwan, n'avait pas plus de droit aux trois couronnes de Suède qu'à Técusson et au titre des césars romains qu'il avait usurpés avec une impudence qui excitait dans toute l'Europe encore plus de pitié que d'indignation.
A la suite de cette réponse qui n'aurait été que ridicule, si elle n'avait pas été le prélude d'un grand
(i; MehïCiiius, ScoW. Uludmt., t. Vli, pp 17, 18 et 19.
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coup frappé, Jean III rassembla une armée considérable dont la direction devait être confiée au duc de Sudermanie; mais, à la suite d'une brouillerie survenue entre les deux frères, le commandement en
fut transféré à Clas Akesson Tott et à Pontus de La Gardie. En même temps, en prévision delà longueur de la lutte, et pour avoir des troupes fraîches après Tépuisement des premiers combattants, Charles de Mornay fut envoyé en Angleterre et en Ecosse pour recruter trois régiments de mercenaires.
Tott et La Gardie, arrivés à Revel, ouvrent la campagne (7 septembre 1572) en battant les Allemands de Wesenberg et d'Oberpalhen. La Gardie, après ce succès, se dirigeant à Test, va dévaster la Finlande russe et rentre à Revel chargé de butin. Il est suivi de près par Iwàn IV, qui, secondé par ses deux fils et par le roi de Livonie, Magnus, envahit TEsthonie à la tête de quatre-vingt mille hommes. On était aux approches de la Noël et du jour de Tan. La présence des Suédois victorieux et la rigueur de la saison inspiraient aux habitants une grande confiance. Ils se livraient aux plaisirs qu'entraîne cette fête religieuse et profane. Ils croyaient que les Russes étaient bien loin d'eux; leur étonnemeut, leur terreur fut au comble en voyant leurs champs envahis par une nuée de barbares. Weissenstein, pris d'assaut (i), servit de théâire à des scènes d'une cruauté inouïe. Iwan le Terrible, donnant libre cours à ses féroces instincts, se complut au mas^ sacre des femmes, des enfants et des vieillards; les
(1) Hanc fuisse primam arcem, quantum constat, quam Kussi expugnarint, annales suecici produnt» (Loccenitis, Rerum suedcarum hist., lib. VI 1^ p. 4130