I»7»J ASSEMBLÉE DU CLERGÉ A STOCKHOLM
holm dans le mois de janvier, apprit de Pierre Fechten les nouvelles prétentions du roi. Il s'agissait de rétablir la messe que le prêtre pourrait à sa guise dire en langue vulgaire ou en latin, et les cérémonies autrefois employées pour l'installation des évêques et des curés (1). On recommandait aux prêtres à l'avenir de laver leurs mains pendant la messe, de les croiser sur leur poitrine et de les étendre en manière de bénédiction; on exigeait d'eux les génuflexions, les inclinaisons de tête et les signes de la croix. On devait rétablir plusieurs autels dans les églises importantes, et défendre aux prêtres d'accomplir aucune cérémonie religieuse, même aux cimetières, autrement que vêtus de blanc. Les évêques devaient reprendre la mitre et marcher sous le dais. La confession d'Augsbourg était reconnue imparfaite, et l'on devait s'appliquer à corriger ses défauts. Enfin c'est dans les Pères de l'Église qu'il fallait chercher l'interprétation des Saintes Écritures , et non dans les théologiens modernes , auteurs de toutes les hérésies qui désolaient la chrétienté. Les nouveaux prélats» qui étaient encore sous le coup du bienfait, acceptèrent, sans les discuter, ces étranges propositions et les imposèrent au reste de l'assemblée. En se quittant, on convint de se réunir dans six mois àUpsal, afin que les prêtres qui avaient été retenus par les rigueurs de l'hiver dans leurs paroisses pussent venir approuver les décisions de l'assemblée de Stockholm. Jean, dans ses projets de contre-réformation , était encouragé et secondé par Pierre Fechten j son secrétaire particulier , par la reine Catherine , par Jean
(1) Florentius Feyt, De statu rtligwnis in regno.
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Herbst , son confesseur et confident , par Nicolas Mylen, précepteur du prince royal, et par le chancelier Jean Henricksson. Le jésuite Possevin était aussi de la partie, et aidait tout ce monde dé son adresse et de son expérience. Mais la cheville ouvrière de cette vaste machine, celle par qui tout manœuvrait, était, comme Possevin, absente du royaume. C'était le cardinal Hosius. Cet homme, non moins célèbre par les subtilités de sa dialectique que par son adresse à capter la faveur des grands^ avait passé de la Réforme au catholicisme, et, connaissant les côtés faibles du parti qu'il avait abandonné, il avait porté à TËglise protestante de Pologne des coups dont elle ne s'est jamais relevée. C'était du reste un des plus intrépides soldats de cette vaillante compagnie de Jésus, qui, formée pour combattre le protestantisme, a eu la gloire de le vaincre presque partout où la lutte, lorsqu'elle est entrée en lice, était encore indécise. Un des premiers, il imprima à son ordre celte politique cauteleuse et de circonstance qui lui a .valu dans la suite une si grande et si triste célébrité. Il avait pour principes que la fin justifie les moyens, et qu'aucun scrupule ne doit arrêter un homme qui marche vers un but sacré. C'était lui qui avait engagé le duc d'Anjou à promettre la liberté de conscience aux seigneurs protestants qui faisaient de cette concession la condition de leurs suffrages, sauf à la leur refuser (1) après l'élection, attendu qu'un souverain catholique n'est jamais lié, même par un serment, avec des sujets hérétiques. Ce fut lui aussi qui décida Bathory à se convertir, et
(i) Lettres d' Hosius au clergé de Polog^ne.
fl»7iî] LNTERVENTION DU CARDINAL HOSIUS. Toi
qui, pour arriver à ce but, fit toutes les concessions exigées par soti néophyte, étant bien convaincu que le point important était de le faire rentrer dans le giron deTÉglise; que^ une fois brouillé avec ses compagnons d'armes et entre les mains des prêtres romains, il ne serait pas difficile de transformer en traîtres ces amis de la veille etdel'entraineràla persécution de tous ceux qui n'auraient pas voulu le suivre dans son apostasie. Ces prévisions se sont toutes réalisées. C'est Bathory, ancien chef de bandes protestantes, qui, en se livrant aux jésuites, porta le premier coup à la Réforme, arrêtée brusquement par lui dans son prodigieux développement ; et c'est Sigismond Wasa, le petit-fils de Gustave I", qui acheva sa ruine.
Les moyens qu'Hosius conseilla au roi de Suède ne furent cette fois, par hasard, ni adroits ni honora« blés. Il s'agissait d'introduire dans le royaume une foule de jésuites, exerçant toutes sortes de professions, et surtout celle de pasteurs luthériens. Placés par le roi un peu partout à la tête des populations, ils auraient capté leur confiance, en rendant des services à tout le monde et eu affectant un grand zèle pour la religion. Prêchant alternativement, ou plutôt tout ensemble, les doctrines luthérienne, calviniste, grecque et romaine, mêlant tous les dogmes, ils auraient jeté la confusion dans l'esprit de leurs ouailles ; et, quand le désordre aurait été extrême, ils n'auraient plus dissimulé leurs sympathies pour le catholicisme, dont ils auraient retracé un pompeux historique, alléguant le nombre de ses martyrs, les vertus de ses saints, la science de ses prélats, faisant ressortir la magnificence de son culte; comparant la perpétuité, la fixité de sa
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foi, sur ce roc inébranlable où Jésus l'a bâtie de la main de Pierre, avec les Églises protestantes qui, nées d'hier, avaient éprouvé tant de variations, et causé tant de troubles ; pour prouver la sincérité de leur langage, ils se seraient alors convertis avec éclat et auraient certainement entraîné leurs troupeaux après eux.
Les jésuites, envoyés par Hosius, étaient arrivés en Suède par petites bandes. La plupart venaient des Flandres. La difficulté de trouver des catholiques veirsés dans les idiomes Scandinaves réduisait à un petit nombre ces prétendus convertisseurs. Leur chef était un professeur de l'université de Louvain, natif de Tonsberg, connu dans les Flandres sous le nom de Laurentius Norvegus et en Suède sous celui de Kloster Lazse (1). Il débarqua à Stockholm, muni de lettres qui le recommandaient chaudement aux principaux membres du clergé. Ceux-ci, charniés de ses manières afiTables, de son érudition, de son éloquence, et surtout de la pureté de son orthodoxie, s'étaient empressés de mettre à sa disposition toutes les chaires de la capitale. Kloster Lazse, alléguant les mauvaises dispositions de Jean III envers les doctrines réformées et sa qualité d'étranger qui l'obligeait à une grande réserve, ne consentit à parler en public qu'avec son autorisation, ou plutôt d'après son ordre. Dans ce but, le corps des pasteurs se rendit auprès du roi qui, jouant le mécontentement, finit par souscrire à leur requête, mais à la condition que tous les clercs de Stockholm assisteraient aux sermons de ce docte étranger.
(1) Verelius, Epitome historix sveo^gothicx, lib. IH, p. 144. «
[157i$] PRÉDICATIONS DE KLOSTER LAZSE. 253
Kloster Lazse commença alors sa campagne. Ses premiers discours, chefs-d'œuvre d'érudition et d'éloquence, lui valurent l'admiration et les sympathies de tous les esprits distingués de la capitale. Mais le rôle qu'il avait choisi était si dangereux, si difficile, que ses artifices les plus habiles ne pouvaient tarder de tourner à sa honte. Il cherchait en effet à prouver, d'après les ouvrages mêmes de Luther, la concordance parfaite des doctrines catholiques avec les Livres saints; il relevait et faisait remarquer les banalités, les grossièretés, les plaisanteries de mauvais goût, qui remplissaient les meilleures pages de ses livres, et qui, pleines d'attraits pour ses contemporains, blessaient les goûts plus raffinés de la société actuelle (1). A peine à ce jeu-là aurait-il pu tromper d'ignares et grossiers curés de village; les savants et subtils théologiens formés à l'école du grand Olaùs Pétri eurent bientôt reconnu le loup qui se cachait sous l'habit du berger, et leurs efforts ne tendirent plus qu'à mettre le menu peuple en garde contre les pièges qui lui étaient dressés. La maladroite intervention du roi ne servit même qu'à prouver la* fraude. Dans un colloque où avait été convoquée l'élite de la nation, Jean se mit à proférer contre le pape de violentes injures. Kloster Lazse, qui avait fait le discours du roi, trouva à tous les arguments une réponse si nette et si catégorique que son provocateur, confondu, avoua sa défaite, et, rétractant ses erreurs, reconnut dajis le saint-pèi*e le véritable successeur de Pierre et le vicaire de Christ. Cette indigne comédie, prévue des spectateurs, n'avait trompé
(1) Puffendôrf, HùL de Suède, tom. U, p. 83.
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personne ; elle ne serrit qu'à faire perdre au roi le peu d'estime que, malgré ses palinodies, de fidèles sujets lui avaient conservé.
En vertu de la décision prise dans la dernière assemblée tenue à Stockholm (janvier 1575), le clei^é se réunit de nouveau à Upsal. Le nouvel archevêque fut reçu, en grande pompe et suivant le cérémonial catholique, par les évèques de Veziô et d'Abo (14 juin 1575) (1). Le discours fut prononcé en latin par le nouvel évèque tle Linkôping, qui fut reçu , ainsi que l'évêque de Westeràs, avec un grand luxe de cérémonies. Cette fête, dont Fechten était l'organisateur, avait attiré une foule immense venue de tous les points du royaume. Le roi y était représenté par le comte Brahe, Hogenskild Bjelke et Éric Sparre. Sur un ordre venu de la cour, l'élite de la noblesse y était accourue.
Après l'installation des nouveaux prélats, l'assemblée du clergé se porta d'Upsal à Stockholm auprès du roi. La liturgie, augmentée et modifiée dans un sens encore plus catholique, fut soumise à son examen. Entre autres innovations, on rétablissait la messe telle qu'elle était dite par Luther au début de sa révolte, et avant qu'elle eût été tout à fait repoussée par lui, parce que, disait-on, c'était un sacrifice non sanglant, également salutaire aux vivants et aux morts. On soutenait que les saints devaient être invoqués par les personnes vraiment pieuses ; que Teau devait être mêlée au vin dans le calice ; que les Pères de TËglise croyaient à la transsubstantiation, etdéclaraient que le
(I) Messenius, Epitome chronoiogiœ scondianœ, tom. XV, p« 136.
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Christ devait être adoré dans Teucharistie, et que le célibat convenait aux prêtres, qui devaient, avant tout, être dégagés des affaires de ce monde. Ce nouveau formulaire, que le peuple a appelé plus tard le livre rouge, parce que, pour attirer l'attention des fidèles, on raffichait contre les murs de toutes les églises en grosses lettres rouges, avait été fait par Pierre Fechten, Jean Herbst, KIosler Lazse et le roi; mais, comme tous ces noms sonnaient mal aux oreilles du peuple, l'archevêque d'Upsal et Tévêque de Westeràs, sur l'ordre de Jean 111 , eurent la coupable faiblesse designer une œuvre qui blessait leur conscience, et qui était destinée à ruiner une religion qu'ils avaient, sous la foi du serment, promis de défendre et même de propager (1).
Jean avait complètement jeté le masque. Le pape Grégoire XIII manda à Stockholm le célèbre jésuite Possevin, pour le complimenter et l'aider à porter le dernier coup au protestantisme suédois , dont on croyait à Rome l'agonie commencée. Henri de Valois, roi de Pologne, envoya auprès de son ancien compétiteur une brillante ambassade^ dont le seul but était de l'engager à persévérer dans ses pieux projets.
(1) Loccenius, Hitfl, rerum suecicat^m^ lib. \ll, p. 416.