CHAPITRE XIY
Affalrcfi de Polegne* Iiufie du wak et du due mu eujet de 1» rHlgien établie.
La Livonie était toujours la malheureuse proie que les Danois, les Polonais, les Suédois et les Russes se disputaient avec un épouvantable acharnement. Rien n'est plus navrant que l'histoire de ce petit peuple, depuis la ruine des chevaliers Porte-glaive. Il n'est pas rare de voir la même ville; pour s'être mise sous l'égide protectrice de la Suède, assiégée et prise, tour à tour, par les Danois, par les Polonais et par les Russes, qui la dévastent et la pillent du mieux qu'ils peuvent. La mauvaise administration de Jean III n'éfait pas de nature à consolider dans ce pays, trop nouvellement conquis pour être bien dévoué, la domination suédoise. Les habitants de Revel, ne se sentant plus assez efficacement protégés, entrent en pourparlers avec Iv^an le Terrible ; de là fureur de Jean, qui donne à Pontus de la Gardie Tordre de châtier et ses sujets rebelles et l'embaucheur couronné. Des combats se livrent où les Russes sont défaits. Le grand-duc, irrité, déchire la trêve qu'il vient de signer avec le roi de Suède, entre en Finlande et la ravage. Cependant les affaires des Suédois, malgré la bravoure des soldats
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et Thabileté de leurs chefs, allaient tous les jours en déclinant. Jean III, se sentant incapable de défendre le nord de File d'OEsel contre les Danois qui occupaient le midi , cède la ville de Sonnenbourg et le territoire qui en dépend à son beau-frère, le duc de Saxe-Lauen- -bourg, qui se déclare, pour ces possessions, vassal de la couronne de Suède.
Le duc d*Ânjou était arrivé en Pologne à travers rÂllemagne, précédé d'une réputation de héros. Le pauvre homme n'avait aucune des qualités nécessaires pour soutenir le rôle d'emprunt que de faciles succès contre une poignée de sujets en révolte lui avaient fait donner par des courtisans prompts à l'enthousiasme et à l'eiagération. J'ai déjà dit que les protestants, qui avaient la majorité à la diète, ne lui avaient donné leurs voix qu'à la condition que la liberté religieuse, accordée par les deux Sigismonds, serait respectée par le nouveau monarque. Le fourbe et fanatique Henri nourrissait le projet de traiter les réformés de Pologne a^ec la perfidie et la cruauté que sa mère déployait contre les huguenots de France. Aussi, après le succès, ou* bliant les promesses faites, avait-il toujours eu soin d'éviter de ratifier l'engagement qu'il avait pris, avant le scrutin, de défendre leur honneur et leurs biens. Cependant le moment approchait où allait s'accomplir la cérémonie du sacre , indispensable au prince élu pour être investi du pouvoir suprême ; et les pro^ testants étaient plus que jamais inquiets du sort qui leur était réservé pai^ ce futur maître, dont les senti-' Weiits hostiles ne leur étaient que trop connus. On était à l'église^ en grande pompe, devant tous les corps de l'Ëtat réunis* L'archevêque officiait ; le monarque
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était agenouillé au pied de l'autel, lorsque Firley, que sa dignité mettait au premier rang, s'avançant Yers lui, le somma d'un ton altier de prononcer, con« formément à sa promesse, mot pour mot, la formule arrêtée à Paris relative à la liberté de conscience. Le roi, s'étant levé^ allait protester contre ce prétendu acte de violence, lorsque Firley, s*emparant de la couronne, dit à Henri, stupéfait de tant de hardiesse : « Si vous ne jurez pas, vous ne régnerez pas. ^ Rad-ziv^il, Zborouski et tous les seigneurs protestants ayant joint leur voix à celle du grand maréchal, Henri lut, à haute voix, la formule qui lui était présentée (1). Firley paya de la vie cet acte d'héroïsme qui vensdt, pour quelques années du moias, de sauver la liberté religieuse de sa patrie. Sa mort, presque soudaine, fut attribuée au poison ; mais on a ignoré par quelles mains il lui fut versé.
Les conflits entre Henri II et le sénat devenaient chaque jour plus nombreux et plus violents. Les ma-« nières altières du prince, son amour de la domination, lui avaient attiré la haine des grands ; ses mœurs infâmes soulevèrent leur mépris. Nul doute qu'il n'eât été chassé de Pologne par une révolution triomphante, si la mort de son frère Charles IX ne lui eût ouvert l'accès au trône le plus illustre de l'univers.
Le due d'Anjou ne pouvait être en même temps Henri II de Pologne et Henri III de France; la pos« polite fut de nouveau convoquée pour l'élection d'un souverain. Les candidats étaient l'archiduc Ernest i iils de l'empereur Maximilien, Alphonse d'Esté, duc de
(1) Krasinski, Essai sur f histoire religieuse des nations slaves, chap. IX, pages 237 et 238 é
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Modène et de Ferrare, Jean, roi de Suède, et Etienne Bathory, prince de Transylvanie. Le parti catholique, dont Uchanski, le primat du royaume, était le chef, n'ayant trouvé aucun des candidats de son goût, quitta brusquement la diète, se réunit à part, et, nvec ses partisans les plus exaltés, élut l'empereur Maximilien, dont la candidature n'avait pas été annoncée. L'autre parti, qui était dirigé par le chancelier Zamoïskl, élut de son côté (15 décembre 1575) Anne Jagellon, sœur de Sigismond II et âgée de cinquante-deux ans, lui imposant la condition d'épouser Etienne Bathory (1). Les deux partis étant bien décidés à soutenir, les armes à la main, le souverain de leur choix; la guerre civile aurait, une fois de plus, ensanglanté le sol de la vieille Pologne, si le sage Maximilien n'eût décliné le dangereux honneur qui lui avait été fait, malgré lui, par des amis imprudents et passionnés. Etienne Bathory, ébloui par la perspective d'une couronne, conduisit aux pieds des autels la princesse Anne, et y abjura la religion protestante (2) ; cela fait, il fut sacré roi de Pologne à Cracovie, le 1" mai 1576.
Jean 111, qui avait échoué malgré la protection du sultan Amurat III, accueillit néanmoins avec une vive joie le succès de Bathory. C'est qu'en effet, si le présent lui échappait, l'avenir était assuré à son fils. 11 n'était douteux pour personne et surtout pour lui
(1) Massuet, Hist des rois de Pologne, tome I, p; 324.
(2) La princesse Anne ayant déclaré qu'elle préférait renoncer au trône que d'y monter à côté d'un mari protestant, l'ambitieux Bathory, devant une déclaration aussi nettement exprimée, céda aux exigences de la. reine, et, le lendemain même de l'élection, il assista très-dévotement à la messe, au grand scandale des seigneurs qui étaient accourus lui annoncer sa victoire, et qui sur treize délégués étaient douze protestants.
[Itf7»] RÉTABLISSEMENT DE LA MESSE EN SUÉDE. 261
que la reine Anne, qui n'était plus d*àge à avoir des enfants, et qui nourrissait pour son neveu Sigismoiïd Taffection d'une mère, se servirait de l'influence que sa grande situation lui permettrait de prendre sur son époux et sur les palatins, pour assurer à ce dernier rejeton des Jagellons la couronne de leur illustre aïeul , Uladislas.
En vertu des décisions prises dans la dernière as* setnblée de Stockholm, la messe, supprimée depuis plus d'un demi-siècle, fut rétablie avec pompe, et le plain-chant, abandonné à la même époque, fut remis en usage. On retira des rayons des bibliothèques où ils étaient ensevelis sous la poussière tous les missels catholiques qui avaient échappé à la sainte fureur des néophytes luthériens, et on les fit parvenir aux prêtres des villes et des campagnes. Il fut de plus décidé que, dans chaque paroisse, on créerait une école de plain-chant où seraient envoyés les enfants les mieux nés et les plus intelligents (1). De grands placards fu* rent aussi (février) affichés aux portes de la cathédrale et de l'académie d'Upsal, dans lesquels il était dit (2) que les Pères de l'Église, amenés, pour la plupart, à la vérité, soit par les apôtres, soit par des hommes qui avaient vécu en communion d'idées avec ces saints personnages, étaient les meilleurs interprètes de la parole de Dieu, et qu'on devait préférer leurs commentaires à ceux des docteurs allemands, venus à une époque plus corrompue, et dès lors plus sujets à l'er-
(1) Une ordonnance du roi prescrivait que des leçons de chant d'Église Tassent données tous les jours aux élèves des écoles et même de l'université d'Upsal. (Geyer, Hist, de Suède, chap. XH^ p. 218.)
(2) Messenius, $09ndia iliustrata, tom. Vil» p. 40.
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reur; et, pour vulgariser la connaissance de leurs écrits trop négligés jusqu'à ce jour^ l'archevêque luimême s'engagea à consacrer une heure par jour à traduire et à commenter les passages les plus fameux.
Dans le même temps, une instruction, émanée de Tarchevéché et envoyée dans tous les diocèses, ordonnait aux prélats de ne laisser entrer désormais dans les ordres aucun prêtre qui n'eût reconnu par écrit la préférence du célibat à l'état de mariage, l'utilité des jeûnes, des prières dites à voix basse, du rétablissement du titre d'évêque, remplacé depuis la Réforme par celui d'ordinarius, de l'invocation des saints, et de diverses autres pratiques catholiques supprimées dans le rituel d'Olaûs Pétri.
A peine le fameux livre rouge fut-il sorti des presses d'Upsal, qu'un exemplaire fut apporté en grande pompe au duc de Sudermanie par Eric Sparre et Jôran Geer (1). Une lettre amicale du roi priait son frère de faire adopter par les prêtres des duchés ce nouveau formulaire, accepté à Stockholm par tous les prêtres du royaume. Les rapports entre les deux frères n'avaient jamais été bien bons ; le duc était toujours blessé au cœur de l'ingratitude du roi au lendemain de la victoire, et le roi ne pouvait pardonner au duc une supériorité d'intelligence trop évidente pour n'être pas aperçue de lui, malgré sa suffisance et son orgueil. Des affaires d'intérêt, qui étaient venues donner encore plus de force aux germes de division semés par la politique dans leur cœur, avaient bien été réglées amiablement (27 juin 1572); mais ce résultat n'avait
(i) LocceniuSy Hût» rtrum tuedcarum, lib. VU, p. 416.