‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 49 sur 142 · ENVOI DU LIVRE ROUGE AU DUC DE SUDERMANIE · texte numérisé non relu

ENVOI DU LIVRE ROUGE AU DUC DE SUDERMANIE

été obtenu qu'après des discussions violentes, remplies d'amères récriminations, et grâce à l'entremise d'Ërasmus Ludviksson (1). Le partage du patrimoine de Magnus, dont la folie, chaque jour plus opiniâtre, ne laissait aux médecins aucun espoir de guérison, vint ranimer encore les sentiments hostiles que les deux princes nourrissaient Tun contre l'autre. Le roi, se croyant dégagé de tous égards envers un vassal à moi* tié rebelle, contesta à ce dernier la nomination des sénéchaux et prétendit avoir le droit de soumettre les villes du duché aux mêmes droits de douane que les villes du royaume; et enfin, sous prétexte du danger que pouvait présenter la différence de religion chez un même peuple^ il réclama la direction des affaires religieuses. C'est en vertu de ces principes qu'il en* voya à Nykôping son livre rouge, et somma le duc de Sudermanie d'y soumettre sa conscience et celle de tous les prêtres qui relevaient de son autorité.

Charles, sans être un profond théologien, avait pénétré du premier coup d'œil les manœuvres perfides du roi contre la religion établie. Néanmoins, pour couvrir son refus d'un prétexte honorable, il envoya l'ouvrage en Allemagne (2). Les plus fameul docteurs des meilleures universités, tour à tour consultés, répondirent unanimement qu'ils ne . voyaient dans la liturgie qu'une machine de guerre, habilement et perfidement préparée par les jésuites pour renverser le protestantisme, et rétablir sur ses ruines la1:eligion

(1) C'était le plus habile jurisconsulte de son époque^ mais un homme sans conscience et sans moralité. Condamné à mort sous Éric XIV, pour avoir falsifié des documents à lui confiés, il n'avait sauvé sa tète qu'en la payant plus cher qu'elle n'eût valu pour tout autre que pour lui.

(2) Verelius^ EpHome hist sveo-gothieœ, lib. Ul, p. 145.

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catholique. Charles, ayant fait venir auprès de lui Sparre et Geer, leur donna une copie des jugements portés par les flambeaux de la Réforme sur l'œuvre du roi; en les congédiant (12 janvier 1576), il exprima de nouveau ses r^rets de ne pouvoir faire aucune concession dans une affaire où le salut de son âme était engagé, et où il ne pourrait obéir à son frère qu'en manquant aux ordres consignés dans le testament de son père ; «ifin il eut le courage de rappeler au souverain que, en agissant de la sorte, non-seule* lement il devenait parjure au serment que, à la cérémonie du sacre, il avait prêté sur les Évangiles, en face de Dieu et de tous les peuples de Suède, mais encore qu'il déchirait le pacte fondamental du royaume, établi par Gustave P, et qui devait être respecté de tous ses successeurs, comme Tarche sainte des Hébreux.

Le courage se communique comme la peur. La fière réponse du duc de Sudermanie remplit de confusion et fit revenir ii de nobles sentiments certains prêtres qui avaient sacrifié leur conscience au désir de plaire à un maître redouté (1). Abraham Angermannus, recteur de l'école de Stockholm, homme énergique, inflexible, et qui n'avait besoin ni d'exemple, ni d'encouragement pour rester fidèle à son devoir, envoya au roi une réfutation de la liturgie, considérée par lui comme contraire aux saines doctrines et favorable à l'introduction et à la propagation du papisme. Le travail du recteur était approuvé par tous les professeurs en renom. Jean III, irascible comme tous les

(i) MeMeniof, Scondia illutirata, tom. Vll^ p. 43.

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Wasas, accuse le collège entier.de rébellion et de lèsemajesté, prive de leurs chaires et condamne, en menaçant de plus sévères châtiments, aux arrêts dans les murs de Técole tous les courageux signataires de cet écrit.

Les menaces de Jean étaient même terribles ; comme on savait qu'il était homme à les exécuter, la terreur fut grande parmi les prisonniers, qui, dans une lettre suppliante au roi (novembre), protestèrent de leur dévouement, assurèrent n'avoir attaqué le livre rouge qu'à cause des changements faits, à leur insu, au dernier moment (1), et demandèrent la convocation d'un concile, où cette grande question serait agitée, promettant de se soumettre aux décisions de l'assemblée, souveraine en pareilles matières.

Cependant, avant de s'engager plus avant dans la contre-révolution, le roi voulait avoir la sanction et l'aide de la cour de Rome. Dans ce but, il envoya auprès de Grégoire Xlli Pierre Fechten et Pontus de la Gardie. Fechten périt dans une tempête, en face de Gottland, dans la Baltique même (2). La Gardie arrii^a seul à Rome. Rien de plus mystérieux encore aujourd'hui que la première partie de la vie de ce grand homme. Né en France de parents pieux et qui le destinaient à l'Église, en se fixant en Suède il était devenu protestant par occasion, par intérêt, par convenance; mais son cœur était resté le même, et il était tout disposé à rentrer dans le catholicisme, qui était la religion de son enfance, et à laquelle il avait conservé un secret attachement.

(1) Paffendorf, Hùt. de Suède, tom. II, p. 87. (^) Geyer, UUt. de Suède, cbap. XII, p. 220.

26C JEAN m. [1576]

Pontus, admis auprès du pape, le supplia, au nom de son maître, de vouloir bien ordonner dans toute la chrétienté des prières pour la restauration du catholicisme dans le nord de l'Europe. Rien de plus innocent que le début de cette supplique. Mais le reste était plus grave, et, pour être accordé, demandait de grandes réflexions. Il ne s'agissait en effet de rien moins que d'autoriser les prêtres suédois à dire la messe en latin ou en suédois, à leur guise, et à porter d'autres vêtements que l'habit ecclésiastique; de tolérer leur mariage, tout en déclarant le célibat préférable; de permettre aux laïques de se servir du calice dans la cène; de souffrir que les évêques restassent justiciables du roi pour les crimes de lèse-majesté, et même pour ceux' entraînant la peine capitale; de déclarer que le roi pouvait assister, sans être damné, aux cérémonies d'un culte hérétique, et enfin de promettre ! que Gustave r% Eric XIV, et tous les grands hommes

morts, depuis 1521, hors du giron de Rome, resteraient en paix dans les églises où ils reposaient, même lorsqu'elles auraient été rendues au culte catholique. Jean III, en reconnaissance de ces privilèges, prenait l'engagement, jusqu'au moment de la restauration complète du catholicisme, d'introduire, chaque jour, plus de pompe dans le culte, de rétablir les fêtes supprimées par les réformateurs, d'imposer la confession, de prescrire les jeûnes, de fonder des couvents d'hommes et de femmes, et enfin d'envoyer les enfants les plus intelligents des grandes familles chez les jésuites à Vienne ou à Rome (1).

(1) Ex codice manuscripto chartaceo bibliothecae vaticanS) pag. 204 ad pag. 208. (CollectioD de Nordin.)

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