‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 50 sur 142 · FUITE ET PRISE DE CHARLES DE MORNAY · texte numérisé non relu

FUITE ET PRISE DE CHARLES DE MORNAY

Le pape n'ignorait pas que la grande force de son Ëglise résidait dans son immutabilité. Les concessions qu'il avait faites à des souverains hérétiques pour les ramener à la foi de leurs pères n'avaient jusqu'à ce jour tourné qu'à sa honte. Il fallait adopter le catholicisme tel qu'il était ou le repousser, attendu qu'il n'y a pas de modifications à faire subir à la vérité» Cependant la conquête de la Suède tenait tant au cœur du saint-père, et importait tellement à la conservation de la Pologne, à moitié perdue, que le pape, sans rien promettre ni sans rien refuser, déclara qu'il enverrait ses dernières instructions à Possevin, et qu'il l'autoriserait à accorder tout ce qui serait jugé par lui nécessaire, et qui ne serait pas formellement contraire aux dogmes et aux traditions de l'Église.

Nous avons vu condamner au dernier supplice un Écossais (1), convaincu d'avoir faussement accuséCharles de Momay de projets régicides. Cette accusation s'étant renouvelée, un des officiers de Mornay fut arrêté. Quant à lui, prévenu de l'arrivée des sei^ents, il avait eu le temps de s'enfuir à Nykôping. Charles de Mornay, intrépide soldat et habile général, était un homme léger et inconséquent. Il crut s'attirer la protection du duc de Sudermanie, en lui faisant l'aveu de son crime, projeté non en faveur d'Éric XIV, à jamais privé de sa raison et incapable de régner, mais de lui-même, que son génie et l'affection de tout un peuple appelaient au vieux trône de Suède, illustré naguère par Gustave Wasa^ et déshonoré par ses deux fils. Le duc n'était pas facile à tromper, et de plus

(1) GUbert Balfour.

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il était enclin à la cruauté. Mécontent des allures de ce prétendu faiseur de roi, il ne crut pas pouvoir lui mieux prouver son peu d'importance qu'en le livrant aux juges de Suède«r Condamné à mort, ce chevaleresque mais léger personnage eut la tête tranchée par le bourreau sur une des places de Stockholm, malgré les instances de la puissante famille de Sparre, à laquelle il s'était allié ; malgré l'intervention du duc de Sudermanie, qui, après avoir fait son devoir en le livrant au roi, croyait que la prison et non Téchafaud suffisait au châtiment d'un crime plus imaginaire que réel ; et enfin, quoiqu'il eût prouvé que jadis son intervention auprès d'Éric XIY avait sauvé la vie au duc de Finlande, enfermé à Gripsholm. Jean se montra, cette fois, comme presque toujours, impitoyable. ' 11 promit seulement de laisser les biens acquis par le mari à sa veuve, et d'accorder sa protection à son fils (1). Mornay appartenait à une famille noble de France. Favori d'Éric XIV, il avait eu sous ce prince une grande situation qu'il n^ se consolait pas d'avoir perdue. 11 est possible, il est probable que l'ambition, l'amour-propre froissé et le désir de jouer un rôle, l'aient poussé, dans un moment d'égarement, de folie, à concevoir un crime; mais il est certain que l'honneur et le sentiment du devoir ont et auraient toujours retenu le fer frémissant dans sa main. Mornay se faisait pire qu'il n'était, et voulait se donner de l'importance en s' accusant auprès du duc de Sudermanie d'un crime qu'il était assez fou pour concevoir, mais non assez perverti pour exécuter. Mornay avait

(1) Olof Celsius, Histoire d'Éric X/F, tom. Il, p. 234.

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