‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 52 sur 142 · MORT D'ÉRIC XIV · texte numérisé non relu

MORT D'ÉRIC XIV

munia (1). Le mercredi soir, à souper, il avala, sans répugnance, le pioison qu'on lui destinait, délayé dans une purée de pois. Peu de temps après, à deux heures du matin, il rendait le dernier soupir (26 février:1577) (2).

Éric, né en 1533, était donc âgé de quarante-quatre ans. Il avait, certes, commis beaucoup de fautes, et même des crimes. Mais ne doit-on pas trouver une excuse dans T infirmité de sa raison? D'ailleurs le châtiment a suivi de près et a été terrible. Dans sa courte vie, ce malheureux prince a parcouru toutes les phases de la fortune, passant d'une excessive opulence à une extrême misère, et des voluptés d'un trône aux horreurs d'un cachot. La perfidie et la méchanceté de son frère, qui l'a soumis aux traitements atroces qui, dans cette époque sans pitié, étaient réservés aux criminels les plus vulgaires et les plus endurcis, lorsque la sentence des États ne l'avait condamné qu'à un exil

honorable aux îles d'Àland, avec un entretien princier, ont fait oublier ses forfaits; on ne s'est souvenu que de ses infortunes. On en a fait même une victime de la persécution religieuse; et les poëtes qui ont chanté ses malheurs, sous les débris de sa couronne, ont placé les palmes du martyr. Aussi sa mémoire, après trois siècles, est-elle honorée et chérie , et son nom est-il prononcé pieusement à côté de celui de Gustave Wasa. Les lieux où il a langui ont été conservés et sont désignés par le peuple à l'attention des touristes. J'ai vu à Gripsholm l'empreinte de ses coudes sur le mur d'appui de sa fenêtre, de même qu'à Ôrby, où il

(1) Olof Celsius, Hist. d*ÉricXIV, tom. II, p. 259.

(2) Messenius dit le 25 février.

expira, la trace de ses pas marquée dans le plancher de bois de sa prison, et désignant le court espace que ses chaînes lui permettaient de parcourir; sur une plaque de marbre incrustée dans le mur et détruite aujourd'hui, on lisait, au siècle dernier, que pour des crimes indignes d'un roi il avait été indignement puni par les sénateurs et les évèques du royaume, paroles profondes et justes qui flétrissaient également et la victime et ses bourreaux.

A peine le meurtre consommé, Jean, espérant, à force d'audace, donner le change à l'opinion publique, écrivit au duc de Sudermanie une longue lettre, empreinte de la plus vive douleur, dans, laquelle il représentait la mort de leur frère comme arrivée naturellement après une douloureuse maladie (1). Leduc se borna à répondre qu'il ne doutait pas, quant à lui, que la mort ne fut survenue d'une façon toute naturelle, mais qu'il craignait fort que bien des gens, tant en Suède qu'ailleurs, eussent une opinion différente de la sienne; qu'il y aurait eu du reste un moyen bien simple de prévenir toutes ces suppositions malveillantes, c'eût été d'envoyer à Ôrby des hommes de l'art dès que la maladie devenait plus grave, et,. quand tout espoir aurait été perdu, des hommes d'État qui auraient reçu le dernier soupir du prince, et constaté la nature du mal qui l'emportait.

Ce n'était pas tout d'avoir tué obscurément Éric XIV dans son cachot; il fallait que sa mort eût du retentissement et fût connue de tous, afin que ses partisans fussent découragés, et que le rôle d'imposteur, si re-

(1) Lettre datée du i" mars 1577.

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