ASSEMBLÉE DU CLERGÉ A NYKÔPING
ping (1). Un grand nombre de pasteurs exilés, un plus grand nombre encore résidant dans les provinces limitrophes, vinrent se joindre à leurs collègues des duchés et mettre sous la protection du duc de Suderraanie la religion nationale, attaquée par celui-là même dont le premier devoir était de la protéger. Un jésuite suédois, Lars Ericsson, venu de Vienne à Stockholm, à l'appel de Kloster Lazse, pour ramener ses compatriotes à la foi romaine , s'était converti lui-même au protestantisme (2) ; il était accouru à l'assemblée de Nykôping et avait, dans un libelle virulent, dévoilé les fraudes pieuses de ses anciens confrères.
La fermeté inébranlable de Charles ne faisait qu'accroître l'opiniâtreté et l'irritation de son frère, et le pousser avec plus d'ardeur vers le but qu'il avait choisi. Non-seulement les presses royales continuaient d'inonder le royaume de petits écrits où le pape était glorifié, et désigné comme le successeur de Pierre et le vicaire de Christ^ et où l'on préconisait l'invocation et le culte des saints, la vie monastique, les pèlerinages, les jeûnes, le respect des images pieuses , les génuflexions devant la croix, et les prières poiir les morts, afin de les retirer du purgatoire; mais encore une chapelle Catholique fut construite dans le château même. Elle n'était censée destinée qu'à la reine , au prince royal et à leurs serviteurs; mais de fait l'accès n'en était interdit à personne. C'est dans ce temple que fut dite, en 1579, la première messe publique à Stockholm depuis la révolution religieuse de 1523. L'église fut consacrée à Jésus et appelée de son nom. Sur tous les
(1) Puffendorf, Htst. de Suède, tom. If, p. 94.
(2} Epiiome chronologiœ scondtanx, tom. XV, p. 140.
296 JEAN m. [1570]
murs environnants furent gravés des versets du Nouveau Testament favorables aux doctrines romaines (1). Si Jean montrait envers les pasteurs récalcitrants une rigueur impitoyable, il était, au contraire, d'une générosité et d'une bonté extrêmes avec toute personne qui* savait sacrifier sa conscience au désir de lui plaire. Cécile Wasa, devenue veuve du margrave Christophe de Bade, et convertie au catholicisme, était venue en Suède pour régler quelques affaires d'intérêt ; quoique déjà décriée pour son inconduite, elle fut reçue avec la plus grande distinction par le roi ; et la reine, qui ne la quittait pas, affecta de ôiener en grande pompe à l'église catholique cette fille de Gustave I" (2). Pontus de la Gardie devint aussi l'objet des faveurs du couple royal. Ce seigneur. Français de naissance et resté catholique de cœur, malgré une conversion toute politique, était allé à Rome négocier le raccommodement de Jean III avec la cour pontificale. De retour en Suède, tout en restant dans les justes limites qu'en présence de l'hostilité de tout un peuple sa prudence et sa sagacité l'empêchaient de franchir, il avait toujours aidé discrètement mais efficacement le roi dans ses tentatives de réaction. Aussi celui-ci ne crut-il pouvoir pas mieux récompenser son zèle qu'en lui donnant la main de sa fille naturelle, Sophie. Le mariage fut célébré avec pompe à Wadstena. La présence des États réunis dans cette ville contribua à donner à toutes les fêtes un surcroît d'éclat et de magnificence. La cérémonie religieuse eut lieu dans l'église du couvent, le seul du royaume qui eût résisté à
(1) Messenius, Scondia illusirata, lom. VU, p. t»8.
(2) Puffendorf, Hist. de Suède, lom. U, p. 97.