‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 58 sur 142 · REMONTRANCES DES SÉNATEURS AU ROI · texte numérisé non relu

REMONTRANCES DES SÉNATEURS AU ROI

la terrible propagande de Gustave 1*', et qu'Éric XIV, par respect pour son père, avait laissé debout et intact. Pontus de la Gardie , à cette occasion , fut fait baron d'Eckholm.

Cependant les sénateurs, voyant dans la liturgie la cause de soulèvements qui se manifestaient sur tous les points du royaume, firent parvenir au roi de sévères remontrances. Ils osèrent • l'accuser de vouloir déraciner du cœur de ses sujets les doctrines qu'ils avaient embrassées sous l'influence de son héroïque père ; de plus, ils osèrent lui prédire que toutes ces manœuvres n'auraient pour résultat que de créer deux religions rivales, et de faire naître dans leur patrie les guerres intestines qui désolaient la France, la Belgique et l'Allemagne; ils déclarèrent aussi qu'ils croyaient utile à l'intérêt de tous et surtout du jeune prince qu'il fût soustrait aux prêtres catholiques dont sa mère l'avait imprudemment entouré, et franchement élevé dans la religion luthérienne.

Ces conseils, dont l'avenir a montré toiite la sagesse, n'eurent pour résultat que l'envoi d'une lettre du roi à KIoster Lazse, où le jésuite ôtait rappelé à plus de prudence et de modération; ils ne l'empêchèrent pas d'amener avec lui à Wadstena, où il suivait et surveillait les débats de la diète, le jésuite Possevin dont il s'était engoué et qui ne le quittait pas plus que son ombre.

Quoique Jean III eût le cœur dur et perverti, il n'avait pas la tête assez forte pour ne point être profondément troublé à la pensée du meurtre d'Éric XIV. Possevin , de qui l'œil perçant avait pénétré tous Tes replis de son âme, avait acquis assez d'ascendant sur

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lui pour lui persuader que le pape, et le pape seul, en sa qualité de vicaire de Christ , avait le pouvoir de Tabsoudre du crime qu'il avait commis; mais il fallait qu'il fût en état de gi-âce, et pour cela qu'il mtt fin à ses inconséquentes hésitations entre l'erreur et la vérité. Les instances de la reine, jointes aux arguments du cardinal, eurent raison des derniers scrupules du prince^ qui communia d'après le rite romain, se confessa et reçut l'absolution , après avoir promis d'observer pour pénitence , durant toute sa vie , un jeûne rigoureux le mercredi, jour de la mort de son frère. La messe dite, le roi fut saisi d'une vive émotion, et, se jetant dans les bras du légat, il lui dit : a Aussi vrai que je vous embrasse, aussi vrai j'embrasse à jamais la religion catholique ; » paroles sincères dites dans un moment d'enthousiasme et qui ne furent pas tenues, parce que rien ne pouvait rester gravé dans ce cerveau, aussi mobile que les idées qui le traversaient.

Jean, rempli d'une ardeur de néophyte, va faire une visite quotidienne au couvent de femmes de Wadstena à qui il projette de rendre sa puissance et .ses richesses. En attendantj il comble de prévenances et de faveurs Tabbesse, qui était de la grande famille de Gylta, et fait cadeau à l'église des reliques de sainte Brigitte, arrachées par lui de leur châsse dans un moment de détresse, et de celles de sainte Catherine. Le couvent des hommes, moins protégé, avait été tout à fait abandonné.^ Cependant, comme son existence remontait à l'antiquité la plus reculée, que ses murs avaient abrité les plus grands personnages de la Suède, et que son histoire s'était mêlée à celle du pays, Gustave I", par

ISSO] RETABLIS. DU COUVENT D'HOMMES DE WADSTENA. 299

respect du passé, par patriotisme, avait exigé que ses bâtiments, si longtemps consacrés à des exercices pieux, non-seulement fussent respectés, mais encore qu'ils ne servissent pas à des usages profanes. Ils étaient donc inhabités, mais intacts. Possevin dénicha dans un coin un vieux moine (1) , qui, engagé dans les ordres au moment de la Réforme, s'était enfui comme ses camarades, s'était marié, s'était même fait pasteur, et, revenu, au déclin de sa vie, à la religion de sa jeunesse, avait repris possession du cloître désert, où Ton était décidé à le laisser mourir tranquillement. Le bonhomme était là par tolérance, censé ignoré des autorités qui , averties de sa présence, auraient été contraintes de l'enchâsser. Possevin, rendant à ces- vastes bâtiments Jeur destination première, installa avec pompe ce pauvre vieillard, et promit de lui envoyer bientôt des compagnons pieux et dévoués.

Possevin était impatient d'aller faire connaître à Rome le succès inespéré de sa mission auprès du roi de Suède. La sagesse qu'il avait montrée pendant tout le cours de son séjour lui fit défaut au dernier moment. Dans son audience de congé, il eut le mauvais goût de dénoncer au roi l'évêque de Linkôping, qui avait eu la faiblesse de dire en chaire que le pape n'était autre que l'Antéchrist (2). C'était un moyen très-commode et toujours nouveau de discréditer un adversaire redouté et détesté; et bien peu de théologiens du seizième siècle avaient négligé de l'employer. Jean III, étant duc de Finlande, avait, comme les autres, cédé

(l).Messeniu8, Scondia illustrata, Xom, Vil, p. 58. (2) Epitome chronologies scondiana, tom. XV, p. 141.

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