‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 6 sur 142 · CRÉATION DES BIENS PRIVILÉGIÉS · texte numérisé non relu

CRÉATION DES BIENS PRIVILÉGIÉS

Danemark, sous prétexte d'aller chercher de nouvelles recrues. Il y fut très-froidement reçu par Frédéric II qui ne put plus douter que le cœur et Tintelligence de son frère ne fussent au-dessous de la tâche difficile que son ambition et sa légèreté Tavaient poussé à entreprendre. Voilà donc la malheureuse Livonie, envahie au nord par les Suédois , à Test par les Russes, au midi par les Polonais et à Touest par les Danois. Ses vastes et fertiles plaines vont se changer en un champ clos où quatre grands peuples se battront avec acharnement pendant cent soixante années, jusqu'à ce qu'elle soit devenue la proie de celui à qui Dieu dans ses décrets a réservé la suprématie du Nord.

Les commencements de règne sont d'ordinaire favorables à rhumanité. Les nouveaux rois sont en général pleins de zèle; leurs bonnes intentions réparent et au delà les torts que peut causer leur inexpérience. Les deux premières années du règne d'Éric abondent en mesures neuves, utiles et marquées au coin de la sagesse. C'est sur son ordre que furent établies sur les grands chemins des auberges destinées à recevoir les voyageurs, et ayant pour but de délivrer les paysans de visites importunes et souvent suivies de violences. Mais la noblesse surtout fut l'objet de son attention, de ses prévenances. Après l'avoir pourvue de titres héréditaires, il lui donna la faculté de racheter les terres réunies à la couronne et par ce fait devenues inaliénables. Il réduisit de moitié l'équipement des cavaliers. Un comte put désigner trois terres, et par ce seul fait les rendre exemptes de cette lourde charge ; un baron put en désigner deux, et un noble une. Telle fut l'origine des biens privilégiés.

Les nobles, outreleursdomaines seigneuriaux, purent, sur leur demande, étendre leurs droits sur de simples métairies.

La cour de Suède était on ne peut plus simple. Gustave 1®'', avant tout économe, ne s'était pas entouré de toute la pompe nécessaire peut-être au rang suprême. L'ordonnance (19 novembre 1 560) d'Éric XIV qui compose et règle sa cour est tout à fait sage. Le grand chambellan avait la haute main sur toutes choses. Sous ses ordres étaient neuf gentilshommes de la chambre , choisis parmi les plus anciennes familles du royaume. Us se tenaient dans la pièce qui précédait celle où le roi donnait audience. Ils marchaient devant lui quand il sortait, et le suivaient, tout armés, quand il allait en guerre ou en voyage. Le maître d'hôtel était chargé de la dépense de la maison. Cet emploi, destiné à un grand seigneur, était occupé par Pehr Ribbing, U avait l'intendance de tout ce qui regardait la table du roi. Les gentilshommes servants, les cuisiniers, les celleriers, les valets de la garde-robe et les huissiers étaient sous ses ordres. Le roi avait une garde particulière formée de trabans.Ils étaient commandés par un capitaine. Un fourrier précédait le roi dans ses voyages et préparait les logements (1).

Les sénateurs étaient prjs parmi les grands seigneurs ; vivant , le plus souvent , dans leurs terres où leurs plaisirs et leurs intérêts les retenaient, ils ne paraissaient que rarement à la cour, appelés seulement par les affaires du pays qui d'ordinaire ne venaient qu'en second lieu. Le service de TÉtat en souffrait.

(1) Celsius, Histoire d'Éric XIV, t. F, p. 140.

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Éric décida qu'à lavenir le nombre des sénateurs serait fixé à douze , et que six d entr'eux, obligés de résider continuellement auprès du roi , auraient le titre de conseillers intimes. Parmi eux devaient être les cinq dignitaires de TÉtat , le chancelier, le maréchal , le grand chambellan, le grand trésorier et le grand amiral (1).

Le droit de rendre la justice a toujours été un des attributs de la royauté. Dans le principe , en Suède comme partout, c'était le roi qui non-seulement condamnait les criminels, mais jugeait les contestations survenues entre de simples particuliers. Mais, lorsque la nation a remplacé la peuplade ou la tribu, le roi, ne pouvant suffire aux affaires devenues chaque jour plus nombreuses , a délégué des magistrats qui ont rendu la justice en son nom. Il y avait depuis longtemps de ces juges en Suède, et les parties pouvaient en appeler de leurs décisions soit aux gouverneurs des provinces, soit au souverain. Éric établit un tribunal suprême qui reçut le nom de jury du roi (Konungêns nàmnd). Ses membres étaient au nombre de douze, et les nobles y devaient être en minorité. Dans les affaires graves, le tribunal était augmenté de personnes étrangères à la magistrature et choisies pour la circonstance. Ces juges devaient tous les trois ans parcourir le pays, se rendre dans les principales villes, .surtout au moment des foires (2), et expédier toutes les affaires arriérées. Le roi n'avait pas voulu, pour prévenir les

(1) Le chancelier était Nils Gyllenstjerna, le maréchal Olof Gustafsson Stenbock, le grand chambellan Sten Ericsson Lejonhufvud, le grand trésorier Denis Beurrée. La place de grand amiral était vacante.

(2) Au disting^ foire d'Upsal, au samting, foire de Strengnàs, et au MSrmessa (Messe de saint Martin), à Westerâs.

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abus 9 que les juges fussent payés avec les amendes qu'ils imposaient. Comme, d'un autre côté, les ressources de TÊtat ne pouvaient subvenir à un surcroît de dépenses , ils furent mis à la chaîne des paysans des districts où ils fonctionnaient.

Le jury du roi était nécessaire; il aurait même rendu des services signalés , si par malheur les meilleures choses ne se corrompaient vite dans un mauvais gouvernement. Jôran Pehrsson était l'accusateur public. Sous la direction de cet honune dépravé et sanguinaire, ces tribunaux, à qui un serment rigide était imposé, à qui Éric lui-même avait ordonné de ne jamais juger sur des témoignages écrits, lorsque ceux qui les avegient donnés étaient vivants (1), se transformèrent en de véritables cours prévôtales. Us remplirent d'épouvante et de carnage toute la Suède, et c'est avec justice que les historiens du temps ont comparé le jury du roi au conseil des Troubles établi par le féroce duc d'Albe aux Pays-Bas.

Les grands hommes d'État de la Suède avaient eu depuis longtemps l'idée de relier Stockholm à un port de la mer du Nord. 11 s'agissait pour cela de joindre entr'eux les divers grands lacs situés entre Elfsborg et la capitale, et de rendre navigable le Gôta qui sort avec furie du lac Wenem et fraye sa route à travers des pics et des abîmes. Le dernier évêque catholique de Linkôping , Hans Brask, avait avec une sagacité merveilleuse étudié cette importante question. C'est lui qui a tracé le lit du canal et levé les premiers plans; trois siècles ont suffi à peine à la Suède pour termi-

(1) Geyer, Histoire de Suède, ch. Xi, p. i95.

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