‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 7 sur 142 · S62] AMÉLIORATIONS FAITES DANS L'ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

S62] AMÉLIORATIONS FAITES DANS L'ADMINISTRATION

ner ce gigantesque travail ; Éric a eu Fhonneur d'y mettre le premier la main. Il rendit aussi des ordonnances très-sages, concernant Fagricullure et le commerce; il s'appliqua surtout à faire travailler le minerai de fer et les fourrures, afin que son pays profitât de la plus-value énorme que la main-d'œuvre donnait à ces matières.

Par malheur, le mobile Éric ne pouvait poursuivre longtemps la même idée. Dans l'automne même de 1 5€2, lorsqu'il vient de mettre le comble aux avantages accordés à la noblesse, en ajoutant aux titres héréditaires les biens privilégiés, il assemble le corps des nobles à Yonkôping et sans nécessité augmente le temps du service personnel et la part de son revenu (1) que chaque noble doit abandonner en temps de guerre. Il retire ainsi maladroitement d'une main ce qu'il a donné de l'autre et jette conime à plaisir des germes de méfiance et de mécontentement dans des cœurs débordant de satisfaction et de reconnaissance.

Éric avait l'esprit faible et peu de principes , tant en morale qu'en politique et en religion. Aussi était-il constamment sous la domination de ceux qui l'entouraient. Denis Beurrée l'avait entraîné vers le calvinisme, en lui insinuant que l'introduction de cette branche de la réforme dans ses États serait agréable à Elisabeth qui, en ce moment, s'en était faite la protectrice en France et dans les Pays-Bas. Aussi à la diète d'Arboga demanda-t-il la suppression des images dans les

(1) Chaque noble devait, par cinq cents marcs de revenu (trois cents tirés de ses domaines et deux cents tirés de ses biens seigneuriaux), entretenir un cuirassier pendant trois mois en pays étranger et toute Tannée en Suède.

(Puffendorf, Histoire de Suède, t. II, p. 13.)

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églises, de rornement des autels et du costume des prêtres. Il trouva chez l'archevêque Laurentius Pétri une opposition très-vive et partagée par tous les ordres. Comme il agissait sans conviction, cette résistance violente et inattendue le fit bien vite renoncer à ses projets ' de réforme; il finit même par se ranger de Tavis du prélat, et réclama avec lui l'abolition du chômage de certains jours de fête et de quelques cérémonies qui rappelaient le culte catholique.

Sur ces entrefaites arriva l'ambassade envoyée par Pie IV pour complimenter le jeune roi sur la mort de Gustave V. L'évêque de Zante qui la conduisait, homme pieux et savant, s'aperçut tout de suite que le moment d'une réaction catholique n'était pas encore venu ; il resta très-peu de temps à Stockholm où il fut du reste reçu avec la distinction qui était due à son mérite personnel, à sa naissance et à ses éminentes fonctions.

Le seizième siècle est une époque de violence. Aucune conciliation n'était possible entre des hommes persuadés qu'ils possédaient la vérité et que leurs adversaires étaient en proie à l'erreur et à une erreur criminelle. Aussi malheur aux plus faibles. Ceux que le fer avait épargnés étaient condamnés à l'exil. Déjà, dans ce temps-là, la France, entre toutes les nations, se faisait remarquer par la sévérité qu'elle déployait contre ses huguenots, toujours écrasés sous le nombre et jamais exterminés. L'émigration de ces hommes héroïques et leur éparpillement à travers le monde entier avait précédé l'avènement au trône d'Éric XIV et devait se poursuivre pendant plus de deux siècles, prenant en certains moments les proportions d'un

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exode. En 1562, Denis Beurrée, Claude Collard, Pierre de Marsilly et Charles de Mornay étaient les principaux personnages de ce groupe français qui bientôt allait se recruter de Pontus de la Gardie, gentilhomme provençal, qui fut un des plus grands hommes de guerre qui aient manœuvré dans le Nord pendant le seizième siècle. Nous verrons^ dans le cours de cette histoire, de quelle utilité furent pour leur patrie adoptive ces vertueux et sages personnages que la France, prise comme de vertige, s'obstinait à repousser de son sein.

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