‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 61 sur 142 · PRÉTENTIONS DE BATHORY SUR L'ESTHONIÉ · texte numérisé non relu

PRÉTENTIONS DE BATHORY SUR L'ESTHONIÉ

\onie. Par ce traité, Iwan IV abandonnait à la Pologne presque toutes ses conquêtes en ces pays. 11 n'avait conservé que les forteresses voisines de ses États, et dont la possession était déclarée utile à leur défense.

Etienne Bathory, allié de la Suède, n'avait pas agi loyalement, en traitant à son insu d'une manière si profitable avec Fennemi commun ^t abattu surtout par les armées de Pontus de la Gardie. Ce n'est pas tout. Iwan IV avait cédé des villes qui ne lui appartenaient plus, ayant été reprises et étant pourvues de garnisons suédoises. Néanmoins Bathory, invoquant la cession qui vient de lui en être faite, réclame la livraison de tous les endroits désignés par le traité. De plus, il ose insinuer que ses prétentions ne s'arrêteront pas là, et il ne laisse pas ignorer qu'il n'attend qu'une occasion favorable pour reprendre l'Esthonie tout entière, attendu que c'est une des plus anciennes provinces du grand- duché de Lithuanie, dont elle n'a jamais été détachée, les chevaliers Porte-glaive n'ayant jamais été que des fonctionnaires chargés de l'administrer et de la protéger contre les invasions des Finnois et des Russes (1).

De pareilles prétentions n'auraient été admises en aucun temps, à plus forte raison au moment des succès de Pontus. Jean déclara que, l'Esthonie étant devenue province suédoise et par la conquête et par la libre adhésion des habitants, non-seulement il la défendrait avec autant d'acharnement que la plus ancienne province du royaume, mais encore qu'il ne déposerait les armes qu'après avoir conquis tous les

(\) Lacombe, Abrégé chronologique de l'histoire du Nord y tom. U, p. 164.

territoires qui en étaient détachés. Après avoir reçu cette fière réponse, Baihory, se retournant contre son beau-frère, alla mettre le siège devant Narva. L'habile grand-duc était arrivé au point où il tendait. 11 avait réussi à armer l'un contre l'autre ses deux ennemis, qui, ligués ensemble, l'avaient mis à deux doigts de sa perte. Il se fortifiait en silence, pendant que ses adversaires s'affaiblissaient, en se disputant bruyamment la proie qu'il leur avait jetée, en pâture.

Du jour où Iwan lY avait retiré son appui au prince Magnus d'Oldenbourg, la cause des Danois avait été perdue sans ressources en Livonie. Trahi par la fortune, qui n'est fidèle qu'à ceux qui sont dignes d'elle, ce triste compétiteur d'une couronne chimérique mourut à Pilten, fort à propos, au moment où il allait être dépossédé de son dernier coin de terre. Sa misérable succession faillit engendrer une nouvelle guerre entre le Danemark et la Suède. Par* bonheur, le duc de Prusse, choisi pour arbitre par les deux parties, mit fin à la querelle en adjugeant à Etienne Bathory l'objet du litige.

Ponlus de la Gardie s'était rendu si redoutable, qu'lwan le Cruel, quoique en paix avec les Polonais et vainqueur des Tartares, n'osait pas encore entamer la lutte avec les Suédois. Une trêve de deux mois fut conclue entre Jean 111 et Iwan IV. A son expiration, elle fut prolongée d'un an et demi, et la Suède conserva intactes toutes les conquêtes de son grand capitaine.

Le comte palatin, Louis VI (1) , devenu veuf, avait de-

(1) Messenius, Scmd, illustrât., tom. VII, p. 67.

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mandé et obtenu la main de la princesse Anne, fille d'Edzard, comte de Frise, et petite-fille de Gustave I". Le duc de Sudermanie était allé à Heidelberg assister au mariage de sa nièce, qui se fit avec une grande ponipe. Le voyage du duc s'étant prolongé au-delà du temps consacré aux fêtes, Jean III, toujours prompt aux alarmes et se considérant comme un roi catholique, s'imagina que son frère était entré dans la fameuse ligue que les princes protestants avaient formée pour la défense de leur religion, et qu'il allait revenir en Suède avec une armée que ses confédérés auraient mise à son service pour le triomphe de leur cause; Pour découvrir, pour écarter surtout ce prétendu danger, Éric Brahe fut envoyé en Angleterre auprès de la reine Elisabeth d'Angleterre, qui passait pour être à la tête de cette association politique et religieuse.

La situation de la Suède était déplorable. Jean avait l'esprit trop étroit pour pouvoir s'occuper de deux choses en même temps; absorbé par la liturgie, il laissait le désordre et la malversation envahir et ruiner toutes les provinces du royaume. Le sénat effrayé ose se plaindre de la grande quantité de domestiques, palefreniers et trabans qui suivent partout la cour et créent au menu peuple des charges énormes; il prétend que les revenus de l'État sont gaspillés; que le contrôle n'existe nulle part pour prévenir ou punir les fraudes ; que les fiefs sont donnés à des personnes indignes de les posséder, et enfin que les gens de cour se livrent au commerce, au détriment des bourgeois. Au milieu de ce chaos, le parti féodal, qui avait été tout-puissant sous les Stures pendant l'union de Calmar, mais qui avait été abattu par Gustave 1" et main-

3iO JEAN III. [1585]

tenu .au joug par le terrible Jôran Pehrsson, relève la tête, intervient bruyamment dans les affaires de TÉtal, et cherche à rétablir sa puissance sur les ruines de la royauté. Charles IX et Gustave-Adolphe ont reproché aux chefs de ce parti d'avoir, dans ce but, engagé perfidement le roi d'élever son fils dans la religion catholique et de rechercher la couronne de Pologne, afin d'être les véritables maîtres sous un prince qui aurait perdu la confiance du peuple et qui vivrait éloigné du royaume. Ce reproche est mal fondé. Je ne crois pas à tant de machiavélisme de leur part. Que la domination violente d'Éric XIV et la domination tracassière de Jean 111 leur ait fait regretter amèrement que leurs pères aient signé le Westerâsrecess, je n'en doute pas I Mais il y a loin d'un regret à un acte de rébellion. Les grands seigneurs avaient adopté les idées du siècle favorables à l'agrandissement de la royauté. Ils acceptaient loyalement les faits accomplis et ne cherchaient qu'à éviter de nouveaux amoindrissements. Jean III, en livrant le prince royal aux jésuites, n'avait pas daigné les consulter. Il ne songeait qu'à la couronne de Pologne, et il subissait l'influence de la reine, qui, déjà malade et affaiblie de corps, était elle-même sous la domination absolue de Jean Herbst et de Possevin. On serait bien mieux dans le vrai, en disant que, parmi lés sénateurs, les uns ont laissé faire ce qu'ils croyaient ne pouvoir ni devoir empêcher, et que les autres n'ont épargné ni les remontrances ni les avertissements.

Depuis quatre ans, l'Église de Suède était privée de son chef. On ne pouvait tarder plus longtemps de nommer un successeur au regrettable Laurentius

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