ANDREAS LAURENTII ÉLU ARCHEVÊQUE D'UPSAL. 3H
Pétri Golhus, Jean III avait promis à Possevin de ne choisir qu'un catholique pour ce poste important; mais il avait été si cruellement blessé de voir cet homme encore tout comblé de ses bienfaits pousser l'oubli des convenances jusqu'à ne pas faire prononcer le nom de la Suède dans la fameuse paix de Kieverova-Korka, qu'il venait défaire signer entre Iwan IV et Etienne Bathory, qu'il se hâta, sous le coup de l'outrage, d'investir un prêtre protestant de ces éminentes fonctions (\). L'évêque de Wexiô, Andréas Laurentii, fut élevé à la dignité d'archevêque d'Upsal et de primat du royaume. Du reste, ne pouvant nommer un catholique, puisqu'il n'en existait plus en Suède, Jean III ne pouvait pas trouver dans les rangs du clergé luthérien un homme qui secondât mieux ses projets. Andréas Laurentii, insinuant et habile, était sans scrupule et sans conscience, prêt à suivre le roi tant à Rome qu'à Constantinople. La Finlande était aussi, depuis plus de six ans, privée d'évêque. Maître Éric, recteur de l'école de Gefle, fut appelé au siège d'Abo. Comme Andréas Laurentii, il avait beaucoup d'ambition et peu de convictions. Comme lui, grand partisan de la liturgie, il avait, le premier, officié dans son église selon les nouveaux rites. Lorsqu'il fut sacré évêque à Upsal, on remit en usage les anciennes cérémonies employées dans la métropole avant la Réforme Un événement allait s'accomplir qui devait avoir une immense influence sur l'avenir religieux de la Suède. La reine Catherine, affaiblie par des douleurs de rhumatisme dont elle souffrait cruellement et de-
{{) Epifome chronologiœ scond,, tom. XV, p. 144.
puis longtemps, en était venue au point de ne pouvoir plus les supporter. Sentant sa fin approcher, elle rassembla autour de son lit de souffrance son mari et ses enfants; catholique passionnée» elle fît jurer à Sigismond et à sa sœur Anne de rester, toute leur vie, fidèles à l'Église dans laquelle ils avaient eu le bonheur d'être élevés (1); elle fît ensuite promettre au roi, dont la versatilité l'épouvantait, de ne jamais rien entreprendre contre la conscience de ses enfants. Après avoir reçu les serments de ces êtres chériç avec leurs caresses et leurs larmes, elle demanda à rester seule avec son directeur, le jésuite Stanislas Wersewitz, disant qu'elle avait besoin d'être réconciliée avec Dieu. Catherine, bonne pour tout le monde, était très-sévère pour elle. Quoique sa vie n'eût été qu'une vie de dévouement et de sacrifices, et qu'elle eût pratiqué toutes les vertus, elle redoutait de paraître devant son juge, et Jes souffrances du purgatoire, auxquelles elle se croyait réservée, redoublaient les angoisses de ses derniers moments. Wersewilz, interrogé par elle sur l'existence de ce lieu d'épreuves, pour calmer des scrupules exagérés, répondît à ses questions d'une manière dubitative. La reine, sincère avant tout, repoussait toute sorte de subterfuges et n'admettait pas les fraudes pieuses (2). On dit qu'à partir de ce moment elle ferma l'oreille aux prières et aux conseils de son confesseur, et qu'elle déclara en mourant que, pour son salut, elle se reposait entièrement sur les mérites de Christ. On dit aussi que la princesse Anne, restée inaperçue dans la ruelle du
(1) Lacombe^ Abrégé chronologique de l'histoire du Nord, toiri. U, p. 165.
(2) Puffendorf, HùL de SuèdCylom, II, p. 107.