‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 64 sur 142 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Mariage du roi* Tiolenees du peuple eontre le eatliolieieme. Mari; de Pontius de 1» Ckirdie*

Un homme dont la \ie n'a été qu'un tissu d'actes infâmes et féroces, qui ont épouvanté ses contemporains et qui rappellent au lecteur indigné les règnes les plus désastreux des plus sinistres tyrans de l'antiquité, Iwan IV Basilowitz, puisqu'il faut l'appeler par son nom^ ne survécut que de quelques mois à la reine de Suède (26 mars 1584). Cet homme, perdu de débauches, et qui n'avait dans sa jeunesse recherché que des amours crapuleuses, était devenu, je ne sais sous quelle influence, épris passionnément de cette vertueuse princesse; C'était l'épervier qui vorulait s'unir à la colombe. Les Polonais, indignés, avaient repoussé avec mépris, avec horreur, les avances du tyran, qui, accoutumé à voir ses caprices les plus excentriques obéis avec une aveugle soumission , comme des ordres sacrés, par un peuple immense, avait conçu de ce refus, qui blessait également et son amour et son ambition^ une irritation extrême, et en garda toute sa vie un implacable ressentiment. Nous avons vu toutes ses entreprises, toutes ses machinations pour obtenir d'Éric XIV, pendant la captivité du

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duc de Finlande, et attirer dans sa couche cette chaste et pieuse jeune femme, qui aurait mille fois préféré les horreurs de la mort aux splendeurs d'un trône qu'il eût fallu partager avec un pareil homme. Iwan avait des instincts de férocité inouïe. Dieu refuse en général à ces monstres couronnés l'esprit de suite nécessaire pour exécuter les crimes qu'enfante leur perverse imagination, et le plus souvent ils périssent victimes des haines et des terreurs qu'ils ont soulevées. Chez Iwan, au contraire, les plus grands défauts s'alliaient aux plus utiles qualités. Il était brave, ferme, persévérant, insinuant, adroit, rusé, souvent généreux et d'une perspicacité inouïe. Tout en commettant, dans ses moments de lubie, des actes infâmes, il coordonnait un code de lois toutes marquées au coin de la sagesse et du bon sens (I). Le premier, par ses immenses conquêtes à l'est et au nord de ses États, il a donné à l'Europe épouvantée une idée de la puissance moscovite. Nul doute que, s'il n'avait pas été châtié par Dieu dans ses enfants, que si, au lieu de laisser après lui un fils idiot et un fils fou féroce, il avait eu pour successeur un prince qui eût hérité de son audace, de sa sagesse, de sa fermeté, de sa perspicacité, c'est à lui que serait revenu l'honneur d'avoir fondé l'empire russe. Mais la Providence en avait décidé autrement. C'était, après cent cinquante ans d'enfantement, Pierre le Grand, à qui la nature du reste avait donné les mêmes défauts et les mêmes qualités, les mêmes vices et les mêmes vertus, qui devait terminer la grande œuvre d'Iwan le Cruel.

(1) Karamsin, Hist, de V Empire dç Russie, règne d'Iwan le Terrible, tom. IX. Il fut aussi surnommé Iwan le Cruel.

tS84] PUBLICATION D'UN NOUVEAU MISSEL LATIN. 317

Jean, ergoteur de sa nature, avait une véritable passion pour les controverses religieuses. Dans la voiture même qui suivait à pas lents le char qui transportait le corps de sa chère Catherine à Upsal, il engagea une discussion avec le comte Pehr Brahe sur le purgatoire (1). Le roi prétendait que l'âme la plus pure, surprise par la mort, avait toujours sur elle la trace de quelque souillure, et que*, pour pouvoir entrer en paradis, il fallait qu'un endroit existât où elle en fût lavée. Brahe, en courtisan habile, avait soutenu son opinion avec une ardeur plus apparente que réelle, et avait fini par adopter celle du roi, qui, transporté d'aise, avait nommé son complaisant contradicteur intendant de sa maison. Quelques mois plus tard, le roi fit imprimer un nouveau missel, où le texte latin régnait seul, purgé du texte suédois qui se trouvait en face. Il exigea en même temps que, dans la chapelle du château, la messe fût dite à l'avenir dans la langue des premiers martyrs (2) .

Malgré tout ce zèle, on ne tarda pas à s'apercevoir de l'absence de la reine; Jean, hors de son influence, était beaucoup moins bon catholique qu'il ne croyait. Nous l'avons vu, à la moindre contradiction, au moindre obstacle mis par Rome, toujours sage, à ses projets saugrenus, éclater en reproches et en invectives contre le pape, contre son légat, et enfin contre ses doctrines. Ces scènes n'avaient pas de suite, parce que la reine était toujours là, détournant ces rancunes, apaisant ces colères, et finissant toujours par ramener aux pieds du maître qu'elle lui avait donné cet en-

(1) Messeoios, Sœndia illusl,, tom. VII, p. 70.

(2) Puffendorf, Uist, de Suède, tom*. II, p. 107.

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fant indocible mais faible. Il en fut bientôt autrement, lorsque, au lieu de cette femme passionnément dévouée au catholicisme, il se trouva, après ces moments de crise, en face d'ennemis secrets qui n'avaient qu'à abonder dans son sens pour surexciter ses ressentiments. Les sénateurs, qui ne le quittaient plus depuis la mort de la reine, témoins de ces défaillances, osèrent non-seulement montrer plus de zèle pour leur religion, mais faire de la propagande protestante auprès de ses enfants. Un an ne s'était pas écoulé depuis la mort de Catherine, que des courtisans habiles, en faisant luire aux yeux de la princesse Anne la perspective d'un mariage avec le prince royal de Danemark, ce jeune et brillant cavalier qui devait être plus tard le grand Christian IV, obtinrent d'elle une abjuration publique de la religion catholique. Les mêmes tentatives furent faites auprès de Sigismond, mais infructueusement; des hommes d'État ayant osé faire entendre au jeune prince qu'il fallait opter entre le sceptre ou sa religion, celui-ci répondit avec' une grande fermeté que, préférant le royaume des cieux à tous les royaumes de la terre, il resterait jusqu'à sa mort et à tout prix fidèle à la seule religion qui assurait son salut éternel (1). Cependant Sigismond con** sentit à accompagner son père dans les églises luthériennes, et assista décemment aux cérémonies du culte.

L'inquiétude, la méfiance et la cruauté étaient innées chez Jean. La mort d'Éric XIV n'avait pas modifié ces défauts de la nature. André Lorick en fit la

(1) « Nec tant! se terrenum facere imperiutn^ nt cumisto cœleste tellet commutare. »

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triste expérience. Cet homme, très-zèlé et très-dé~ voué, le représentait depuis longtemps à la cour de Pologne ; il avait acquis de l'importance à Cracovie et a>ait dirigé avec une rare habileté les affaires de son maître aux deux dernières élections. Lorick était l^er, intrigant et avide; s'étant considéré comme mal récompensé des peines qu'il avait prises, des services qu'il avait rendus, il ne repoussa pas de folles ouvertures que de subalternes artisans de conspirations lui Brent en faveur du prince Gustave, fils d'Erik XIV. Lorick savait mieux que personne que ce prince, qui avait été déclaré bàfard par les États de Suède, qui était inconnu et incapable, n'inspirait aucune sympathie même aux anciens partisans de son père, et que, dans le cas où Jean III et ses enfants seraient exclus du trône, la place était réservée au duc de Sudermanie. Malgré cela, par dépit, par désœuvrement, par folie, il intervint dans les plus sottes intrigues. De ce moment, tous les services passés furent oubliés. Le malheureux ambassadeur, attiré dans un guet-apens à Dantzig par Nils Razse, est saisi au corps, jeté sur un vaisseau suédois, transporté à Stockholm et livré sans pitié au bourreau (1). En même temps que lui, mourut de sa belle mort un homme qui était cent fois plus coupable ; je veux parler de Tévêque Petrus Caroli, le complaisant d'Éric XIV et l'instigateur des massacres d'Upsal. Échappé par hasard à la mort après la chute du tyran, il était resté enfermé quelques années dans le château de Calmar; son beaufrère, devenu archevêque, l'avait appelé au siège

(1) Messenias, Scond, illust,, tom.' VU, p. 72^

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voyait tous les jours ; et, supposant qu'un intermédiaire serait inutile et peut-être embarrassant, il se chargea de la direction de cette délicate affaire* 11 fit donc appeler la jeune fille auprès de lui« Jean , suffisant comme tous les hommes, ne voyait ni ses infirmités, ni ses défauts de caractère, ni ses vices. Il ne doutait pas que la pauvre enfant, fascinée par l'éclat du rang suprême, enivrée de joie et d'orgueil, n'accueillit avec délire l'offre qui lui serait faite. Par malheur, Gunnila avait vu le roi de trop près pour en faire un héros de roman; ensuite elle n'était pas encore parvenue à l'âge de l'ambition; enfin, elle avait donné son cœur et promis sa main à Pehr Liljesparre, auprès de qui elle avait rêvé le bonheur. Gunnila était franche et loyale; résolue à tout sacrifier à l'homme aimé, elle déclina très-nettement l'honneur qui lui était fait. Jean était depuis quelque temps dans un état nerveux qui l'empêchait de supporter aucune contrariété, ni aucune contradiction. Irascible et brutal, il s'oublia jusqu'à jeter son gant au visage de la jeune fille qui s'en alla en sanglotant, moins à cause des violences que de l'affront dont elle avait été l'objet (1).

Cette scène était assez étrange pour faire du bruit. HansBjelke, averti, accourut auprès de sa fille, et obtint d'elle, par prières et par menaces, d aller faire ses excuses au roi, et lui donner à entendre que son refus de la veille n'était que le résultat d'un malentendu déplorable. Gunnila était belle; Jean était amoureux; elle eut à peine paru et parlé que tout fut pardonné. Jean-, ivre de bonheur^ résolut que toutes les clauses

(1) Geyer^ Hitt, de Suède, chap. XII, p. 229.

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