AMBASSADE D'ÉRIC BRAHE EN POLOGNE
dont une trop longue possession leur aurait fait connaître les enivrements? En un mot, Sigismond ne lâchait-il pas^la proie pour Fombre?
Ces raisonnements, qui ne manquaient ni de profondeur ni de justesse, répétés à satiété depuis le départ d'Uchanski, avaient frappé Fesprit timide et droit de Jean III qui, après six semaines d'hésitations et de tergiversations, avait fini par se tourner du côté des refusants, et se ranger définitivement de leur avis. Mais le prince Sigismond pensa différemment. Catholique passionné, il était mal à l'aise au milieu d'un peuple protestant jusqu'au fanatisme; de plus il subissait rinfiuence des Polonais qu'Uchanski avait amenés à sa suite et laissés derrière lui pour assurer le succès de sa mission. Sigismond avait près de vingt ans; il était d'âge et de caractère à diriger ses actions. Le roi, respectant sa volonté, lui permit de régler lui-même sa ligne de conduite, et d'envoyer Éric Sparre, chancelier du royaume , et le comte Brahe , maréchal du palais du jeune prince, annoncer à la reine Anne l'acquiescement de son neveu. Dans le cas où le parti contraire s'opposerait, comme il l'annonçait, par les armes à l'entrée de Sigismond en Pologne , les deux seigneurs s'engagaient à mettre à la disposition d« gouvernement un contingent de troupes suédoises.
Cette troisième élection , survenue dans un si court espace de temps, avait surexcité toutes les ambitions et déchaîné toutes les passions. Les protestants, sous prétexte d'embûches tendues sous leurs pas, parurent au scrutin avec dix mille hommes, conduits et commandés par les Sborowski ; Zamoïski, quittant la simarre pour Tépée, se mit à la tête d'un corps d'armée à peu
près aussi nombreux; on en vint aux mains; Zamolski, homme supérieur en toutes choses, révéla des qualités qui auraient fait de lui, s il Teût voulu, un des grands hommes de guerre de son époque. Grâce à lui, la victoire resta aux catholiques.
L'élection avait été fixée au 9 août 1587. Les protestants, défaits et craignant de nouvelles attaques aux quelles ils n'étaient plus en mesure de résister, s'enfermèrent dans leur camp transformé en forteresse, et résolurent de n'en pas sortir même pour aller voter. Plusieurs d'ewtre eux étaient rentrés dans leurs foyers. Zamoïski (1), passionné mais juste, demandait que l'élection fût ajournée, et qu'un nouvel appel leur fût adressé. L'avis du primat qui était contraire prévalut. Les catholiques se trouvèrent donc en grande majorité dans les plaines de Prag, et Sigismond, élu par eux, fut à midi proclamé par le hérault de la pospolite roi de Pologne. Les protestants, comme Zamoïski l'avait prévu, protestèrent contre une élection faite sans leur participation ; et, transformant leur camp en un champ de vote, ils donnèrent, trois jours plus tard (12 août), leurs suffrages à l'archiduc Maximilien.
Les deux candidats, nommés par deux partis égaux en nombre, avaient réuni à peu près le même nombre de voix. Sigismond, quoique élu le premier,* n'avait pas
(1) Zamoïski était né protestant; il avait abandonné son parti à cause des haines farouches qui divisaient entre eux les calvinistes et les luthériens, et en prévision du socinianisme qui déjà menaçait d'envahir et de perdre cette Église si florissante à ses débuts; mais il ne cessa d'avoir la sympathie de ses anciens coreligionnaires. Tant qu'il vécut, il porta haut et ferme le drapeau de la liberté religieuse, et il retint, tant qu'il put, Etienne Bathory et Sigismond III sur la pente fatale qui les poussait, l'un et l'autre, vers la persécution religieuse. Les actes violents ne commencèrent qu'après sa mort.
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rigoureusement plus de droits que Maximilien. L'archevêque de Gnezne ^ en excitant son parti à faire seul lelection, n'avait fait que donner le signal de la guerre civile ; et c'était lui qui, devant Dieu et devant les hommes , était responsable des malheurs qui al- 'laient fondre sur la patrie.
Cependant Sigismond, appelé par les siens, était entré parDantzig, à la tête d'une armée suédoise, dans son nouveau royaume ; en même temps, Maximilien y pénétrait par Breslaw, protégé par des mercenaires allemands. Les magnats des deux partis vinrent se ranger, chacun sous la bannière du maître qull avait choisi. Cependant les Sborowski furent battus de nouveau par Zamoïski près de Czenstokowa. Leur déroute fut si complète que Maximilien, tremblant de tomber au pouvoir des vainqueurs, ne se crut en sûreté qu'après avoir franchi la frontière et touché la terre d'Allemagne. La fuite de Maximilien faisait la partie belle à Sigismond, qui, après avoir fait une entrée triomphale à Cracovie, fut sacré roi de Pologne par le primat du royaume (27 décembre 1587).
Cependant Maximilien, ayant trouvé dans son pays des hommes et des canons, vient reprendre la lutte déjà si mal commencée. Personne dans son parti ne pouvait être opposé avec succès au grand Zamoïski. Maximilien, encore défait par lui (25 janvier 1588), est obligé de s'enfuir dans la ville de Biczina, qjx il est assiégé et contraint de se rendre à son habile antagoniste. Cependant les revers n'avaient pas amolli la fermeté de caractère de l'archiduc. Ni les menaces ni les prières ne purent l'amener à renoncer à des droits qu'il regardait comme sacrés et supérieurs à sa volonté. Quoiqu'un mot eût
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suffi pour lui ouvrir les portes de sa prison, il y resta stoïquement, jusqu'à ce que le hasard ou une main amie eût facilité son évasion (1589). Pour tout autre Wasa que Sigismond, qui, catholique passionné, préférait les Polonais aux Suédois, le don de la couronne d'Uladislas aurait été un présent funeste. Les Suédois/ qui voyaient dans cet accroissement de pouvoir de leur prince un danger réel pour leur religion et leurs privilèges, avaient pris toutes leurs précautions pour l'avenir et n'avaient autorisé le jeune monarque à monter à bord du vaisseau qui devait le conduire à Dantzig qu'après lui avoir fait promettre solennellement (1) de ne rien changer à la religion du pays, et de ne jamais se présenter en Suède avec plus de dix prêtres catholiques ; de former et maintenir entre la Pologne et la Suède une- alliance offensîve*et défensive contre les Moscovites ; de ne donner qu'à des Suédois les charges et les emplois de Suède; de confier, tant qu'il resterait éloigné du royaume, la direction des affaires à un conseil de régence , composé de sept sénateurs, qui serait renouvelé tous les trois ans; de ne donner les grandes charges du royaume et le gouvernement des provinces qu'à des hommes présentés par le sénat ; de n'établir aucun nouvel impôt sans l'approbation des États qui devraient aussi être consultés dans toutes les questions de paix, de guerre et d'alliance; de ne laisser, juger aucun Suédois autrement que par la loi suédoise , et les nobles par leurs pairs. En cas de révolution en Pologne, le roi, pour réduire les factieux, pourra faire venir des troupes de Suède,
(1) Loccenius, Hisi. rerum suecicarum, lib. \ii, p. 430;