‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 74 sur 142 · VIOLENCES DU ROI CONTRE LES PRÊTRES OPPOSANTS. 34S · texte numérisé non relu

VIOLENCES DU ROI CONTRE LES PRÊTRES OPPOSANTS. 34S

prières comme aux menaces. On tint moins de compte encore des efforts de Tarchevêque , dont la violente polémique n*eut d'autre résultat que d'irriter les esprits et de maintenir chacun dans Topinion qu'il s'était faile(l).

Voyant le peu d'autorité que l'archevêque exerçait sur des hommes qui relevaient et devaient dépendre de lui, Jean III, au risque de compromettre la majesté royale dont il est revêtu, entre en lice et combat aux côtés du primat. Il avait conservé ses prétentions d'autrefois et croyait passer pour un des plus grands théologiens et des plus subtils polémistes de son époque. Aussi non-seulement mettait-il la main à toutes les brochures et à tous les libelles que ses amis faisaient paraître , mais paraissait-il à toutes les conférences et se mêlait-il aux discussions qui étaient engagées. Il faisait pis encore; attirant dans son palais les pasteurs hostiles, il abusait de l'ascendant et surtout de la terreur qu'il inspirait pour amener des rétractations qui plus tard étaient désavouées et causaient des scandales et des violences. Éric Shepperus, prêtre influent de Stockholm, était resté obstinément opposé à la liturgie , et n'avait , par ce fait , obtenu que plus de popularité. Le roi , l'ayant fait venir au château et l'ayant longuement chapitré, sans avoir pu obtenir de lui ni un mot de repentir, ni une rétractation, se précipita, comme un forcené, sur le récalcitrant, le renversa et le foula aux pieds, en vociférant ces paroles du psalmiste : « Tu marcheras sur le lion et le serpent (2). »

(i) Messenius, Scondia illustrata, tom. VII, p. 91.

(2) Geffiroy, Hist des États Scandinaves, chap. IX^ p. 219.

340 JEAN m. [1887]

Slgisinond était jeune et inexpérimenté; il était seul et inconnu. Les magnats, qui lavaient élu, et qui voulaient régner en son nom, ne faisaient qu'accroître les obstacles et les difficultés dont il était entouré, pour bien le convaincre qu'il ne pouvait rien par luimême et le forcer à se jeter dans leurs bras. Il n'avait tenu qu'à un (il, au sujet de la question de Livonie, qu'il ne fût renvoyé de Dantzig en Suède comme un petit garçon, avant d'avoir été couronné. Les vains honneurs qu'on lui prodiguait ne pouvaient pas lui laisser la moindre illusion sur sa faiblesse et son isolement; de même que les plaisirs qu'on semait devant ses pas ne suffisaient pas à guérir les blessures faites à son amour -propre. Sigismond, altier et emporté comme tous les Wasas, n'était pas homme à ronger son frein en silence. Des scènes de violence avaient éclaté dans le conseil, et avaient eu de Técho jusqu'en Suède.

Jean 111, depuis la mort de la Gardie et l'éloignement de son fils, les deux hommes qu'il affectionnait le plus, et les seuls en qui il avait confiance, était le plus malheureux des hommes. L'agitation du clergé, l'opposition du duc de Sudermanie, les exigences du sénat et enfin les lettres lamentables de son fils, remplissant son cœur d'amertume, avaient profondément altéré sa santé. D'une agitation fébrile il passait à un mélancolique abattement. 11 était découragé, las de tout , même des affaires qu'il avait jusqu'ici aimées passionnément. Aux lettres désolées de son fils il répondait par des lettres désespérées; il se reprochait d'avoir privé les quelques années qui lui restaient à vivre de la présence d'un enfant bien -aimé; il déplo-

Page 1