MARIAGE DES SOEURS DE LA REINE
rait de lavoir laissé partir, quand il avait tant besoin de son aide et de ses conseils en Suède ; surtout de l'avoir livré , seul et sans appui , à un peuple arrogant, altier, ingouvernable, un peuple de républicains, qui n'acceptait un roi que pour en faire son souffre-douleurs et son esclave; il le suppliait enfin de revenir, l'assurant qu'il abdiquerait en sa faveur, parce que le sceptre était devenu trop lourd pour ses débiles mains. Devant ces dispositions de son père, Sigismond s'était pris d'un grand dégoût pour sa nouvelle position. 11 eut l'idée de renoncer à la couronne de Pologne en faveur de l'archiduc Ernest, qui serait devenu l'époux de sa sœur Anne (1), et de venir reprendre celle de Suède, qu'il tenait de Dieu seul, et non de grands seigneurs altiers et exigeants, toujours disposés à lui reprocher le glorieux présent qu'ils lui avaient fait. Jean III était dans une disposition nerveuse qui le portait facilement à l'exaltation. L'amour excessif qu'il avait toujours eu pour son fils s'accrut encore sous l'influence de l'absence et au récit des mauvais traitements qu'il subissait , et que sa conscience timorée se reprochait de lui avoir attirés. Pour être ^lus rapproché de cet enfant adoré et à même d'établir un échange plus fréquent de courriers, Jean était allé s'établir avec toute sa cour dans le château de Calmar. La monotonie de cette vie de province fut interrompue par les fêtes données à l'occasion du double mariage des sœurs de la reine. Elles épousèrent le même jour, l'une Clas Bjelke, son cousin , sénateur du royaume , et l'autre Sten
(1) Epiiome chronologies scondianœ, tom. XV, p. 148.
348 JEAN m. [tS88]
Roos, comte de Bogesund, proche parent do roi (1).
Il existe un parti en France, le plus nombreux, le plus influent, et qui dispose de presque toute la publicité, lequel s'obstine à ne faire dater la liberté en Europe que de 1 789, prétendant qu'ayant cette ère de délivrance le monde entier était, depuis des siècles, plongé dans une abjecte ignorance et soumis à un esclavage honteux. Aux hommes de bonne foi de ce parti je recommande la lecture des lettres échangées entre le père et le fils, tous deux souverains, et des pièces diplomatiques qui ont précédé et suivi le départ du prince Sigismond; ils acquerront la certitude que, même au seizième siècle, époque de l'affranchissement des esprits, et oîi, par une inconséquence inexplicable pour moi, commence l'asservissement des corps, même au seizième siècle, dis-je, c'étaient les rois qui étaient considérés faits pour les peuples et non les peuples pour les rois; que la monstrueuse personnalité de Louis XIV et de tous les potentats qui ont voulu l'imiter, ne date que du dix-septième siècle; que cette orgie de pouvoir n'a été du reste que de courte durée, comme tout ce qui est en dehors de la nature; que la liberté, pour laquelle Dieu nous a créés, n'a eu et n'a pu avoir qu'un instant d'éclipsé; qu'elle a reparu ou reparaîtra inévitablement au ciel des nations, et qu'à son éclatante et bienfaisante lumière les. générations poursuivront glorieusement la carrière qui leur a été tracée par la Providence.
La dernière trêve conclue à Moscou par Pontus de la Gardie était sur le point d'expirer, et, comme Fé-
(1) Messenius, Scondia illustrata, tome VII, page 90.