‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 77 sur 142 · S89] BIENFAITS DE L'ADMINISTRATION DE CHARLES · texte numérisé non relu

S89] BIENFAITS DE L'ADMINISTRATION DE CHARLES

Il n'était que temps du reste, si Ton voulait éviter une ruine complète, que la direction des affaires fût retirée à Tincapable Jean III. Le royaume, en ce moment, présentait l'aspect le plus affligeant. Le peuple, non-seulement blessé dans ses intérêts par Taccroissement incessant des impôts et par l'altération des monnaies, mais encore menacé dans ses libertés et dans sa religion, était mécontent et prêt à la révolte. Non-seulement l'agriculture était délaissée; mais les mines, cette source éternelle et inépuisable de la richesse du pays , étaient abandonnées ; les propriétaires qui avaient découvert des filons les laissaient ignorés dans les flancs de la terre, attendant des temps meilleurs où ils ne craindaient pas de voir tout le profit passer aux mains du fisc. D'après Fancienne loi, les terrains vagues et incultes appartenaient au souverain ; Jean III, qui avait voulu les vendre trop cher, avait encore en main tous ceux qu'il avait reçus à son avènement au trône. Depuis cette époque, l'étendue de ces champs s'était prodigieusement accrue, parce que la maladie et le manque d'argent avaient forcé une foule de propriétaires d'en faire misérable cession à la couronne. Il semblait que les terres de la Suède, comme au temps de l'âge de pierre, avant l'invasion des Scandinaves, allaient retourner en friche. Charles, pour prévenir ces calamités, donna gratuitement des terrains à toute personne qui s'engagea à les mettre en culture. Ce sont des Finnois, attirés en Suède par des faveurs spéciales, qui défrichèrent les Carlskoga (1) (forêts de Charles), déserts jadis stériles et produisant aujour-

(1) Archives du duc Charles.

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d'hui ces gras pâturages qui rendent si délicieuses les rives du lac Môckeln. Le Wermland, dont les landes, dévastées par les ouragans, n'étaient que des repaires de bêtes féroces, fut cultivé et peuplé par ses soins. C'est lui qui fonda Carlstad, la capitale; et les habitants reconnaissants, malgré Charles -Gustave et Charles XII, en disant le Grand Charles, ne désignent, par cette glorieuse épithète, que le duc de Sudermanie. La supériorité du prince était proclamée par tous. Sa participation aux affaires de l'État était tellement reconnue indispensable pour relever la patrie de l'état d'avilissement et de prostration oîi l'avaient jetée les règnes désastreux de ses deux frères que„ malgré son caractère sévère et dominateur, tout le monde le voyait avec joie prendre la place que lui donnaient sa naissance et son mérite, mais d'où la méfiance et la jalousie des deux rois précédents le tenaient écarté depuis trop de temps.

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