‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 78 sur 142 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Procès des seigneurs. Mariages du roi de P< logne et du due de Sudermanie*

Au moment où Jean III quittait FEsthonie, Fédor T' y pénétrait à la tête de cent mille hommes. Avant de se mesurer avec un aussi terrible adversaire, le pacifique Jean avait recommandé au gouverneur de faire auprès du monarque moscovite une nouvelle tentative de réconciliation; mais les commissaires suédois, ayant vu qu'ils avaient affaire à un jeune prince, impatient de commander à une grande armée, avide de gloire et de butin, avaient les premiers rompu des conférences dont ils pressentaient Tinutilité et étaient allés se mettre à la tête des hommes dont ils disposaient (1). Fédor, pour entrer en campagne, attendait ce signal. Par ses ordres, trois armées envahirent en même temps le gouvernement de Kexholm, Tlngrie et la Carélie. Charles^ Henriksson Horn , généralissime des troupes suédoises en Esthonie et en Finlande, était chargé du soin de défendre les deux Narva. Les chefs suédois avaient tellement la conscience de leur supériorité, qu'ils avaient pour ces hordes de barbares qui se mouvaient autour du grand-duc de Moscovie le mépris de

(1) Verelius, Epitome hist sveo-gothicœ, lib. Hl, p. 159.

Fernand Cortez pour les soldats de Montézuma. Par insouciance, par jactance, et aussi par ruse de guerre, pour se faire croire plus fort qu'il n'était réellement. Glas Horn avait permis, en un pareil moment, à Gustave Baner de sortir de la ville et d'aller au secours de Wesenberg, dont la prise aurait pu entraîner celle de Revel; c'était une faute. Les Russes ne songeaient pas à Revel; la prise de Narva était le véritable but de cette levée de boucliers. C'était là que tendaient tous leurs efforts. Aussi, après une course à travers le gouvernement de Kexholm et la Carélie, étaient-ils venus se grouper en masse autour des murs de la ville convoitée. Les boulets des canons suédois, tombant au milieu de ces multitudes, en faisaient de grands carnages. Néanmoins, comme les arrivants étaient encore plus nombreux que les morts, les rangs des assiégeants grossissaient chaque jour. Les Suédois au contraire qui périssaient dans les sorties ou sur les remparts n'étaient pas remplacés. A la suite de ces pertes successives, les hommes en état de porter les armes s'étaient trouvés réduits à quatre cents. Mais eux seuls connaissaient leur faiblesse; les Russes, qui trouvaient^ des adversaires invincibles sur tous les points où ils se présentaient, croyaient qu'une armée entière était enfermée dans la vaste enceinte des deux villes. Ils firent donc des propositions de paix que Horn repoussa, tant qu'il espéra être secouru par Baner; se voyant abandonné à son malheureux sort, il céda aux prières des hommes et aux larmes des femmes, et consentit à traiter avec le grand-duc (1). Il n'avait point d'ordre;

(1) Paffendorf, Hist, de Suède, tom. II, p. 126.

Page 1