DISGRACE ET ^CAPTIVITÉ- DE HORN
mais le cas qui se présentait était tout à fait exceptionnel et imprévu, et les pouvoirs qu'il avait reçus étaient assez grands pour qu'il pût le trancher de sa propre autorité. Il livra donc Iwanogorod (la Narva russe) et Coporie, mais à la condition que le siège de Narva fût levé, et TEsthonie, comme la Finlande, immédiatement évacuée. Horn avait fait un coup de maître, en écartant le péril immense dont ces deux provinces, dégarnies de troupes, étaient menacées, au prix de deux forteresses qui n'ajoutaient rien à la puissance suédoise, au-delà du golfe de Bothnie, dont Tune était de second ordre, et l'autre trop éloignée pour pouvoir être bien défendue et mise à Tabri d'un coup de main ; mais Jean III, haineux et rancunier, détestait, depuis longtemps, tous les membres de cette glorieuse famille. N'ayant pu se venger de l'héroïque Glas Christiansson Horn, à qui il attribuait la sévérité des juges en 1562-, il avait, à son avènement au trône, retiré brutalement à Henri Classon Horn le commandement des troupes et jeté tous les siens en prison. 11 n'avait plus tard cédé qu'à la nécessité, en le rétablissant dans ses importantes fonctions, et, à sa mort, en les attribuant à son fils. Sa haine, comprimée mais non éteinte, reparut dans son cœur plus violente et plus impérieuse que jamais, quand il vit ce nom odieux figurer au premier rang parmi les sénateurs qui avaient signé les remontrances de Revel. Ivre de vengeance, il somma le général de rentrer de suite en Suède. A peine celui-ci est- il arrivé qu'il est saisi, jeté en prison et traduit devant un conseil de guerre. Horn fut très-éloquent devant ses juges et démontra clairement que, loin d'avoir commis une lâcheté, il avait tenu pendant toute la campagne une
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conduite héroïque, et qu'en dernier lieu, en faisant l'abandon de deux forteresses déjà perdues, il avait sauvé deux provinces de la monarchie. Malgré tout ce qu'il put dire, le roi, qui avait fait de sa perte une sorte de point d'honneur, insista avec tant d'opiniâtreté qu'il obtintdes juges complaisants une condamnation à mort ; comme relief à la mise en scène, elle fut prononcée le 20 février 1591, jour anniversaire de l'envahissement d'iwanogorod (1).
Hom avait prouvé devant ses juges, de la manière la plus évidente, non-seulement qu'il était innocent, mais même qu'il avait été habile. Néanmoins Jean 111, vindicatif et cruel, persistait à vouloir faire répandre un sang si précieux pour la patrie. Horn avait langui un an en prison. Il semblait que c'était assez pour apaiser des rancunes injustes. Comme le roi se montrait inflexible, la reine Gunnila et le duc Charles intervinrent, mais ne purent rien obtenir. Ce n'est qu'au dernier moment, et grâce aux caresses du petit duc Jean, que l'impitoyable vieillard s'attendrit et évita de commettre un crime de plus. Mais, tout en respectant la vie de son prisonnier, il prit un cruel plaisir à lui faire souffrir les angoisses de la mort. Tiré de son cachot, Horn avait été conduit sur le lieu du supplice. Le prêtre avait reçu sa confession ; ses yeux étaient bandés, et le bourreau allait lui porter le coup mortel, lorsque sa grâce lui arriva. Charles Henriksson était un noble caractère et un esprit d'élite ; le duc de Sudermanie, qui avait le don de connaître les hommes, bien loin de lui retirer ses faveurs, confia à sa garde les mêmes
(0 Geyer, Hist. de Suède, chap. XII, p. 239.