CHAPITRE XXII
Demlers momeiitM de JFean III.
Jean III ne voyait que des ennemis autour de lui. Il n'avait eu de confiance en son frère qu'après la mort de la duchesse Marie, quand il croyait que Taffection profonde qu'il avait ressentie pour elle et la préoccupation des affaires le retiendraient dans le célibat pour le reste de sa vie. La nouvelle de son mariage l'avait affligé avec d'autant plus de raison que, doué d'un gros bon sens qui avait triomphé de ses illusions paternelles, il avait déjà reconnu que son fils, homme médiocre, n'était pas à la hauteur de sa tâche, et que les sept seigneurs qui, à Revel, lui avaient fait sentir si durement l'espèce de tutelle dans laquelle ils avaient la prétention de le tenir ne tarderaient pas avec lui à se partager le royaume et à former, à l'instar de celle des électeurs d'Allemagne, une confédération, dont ils lui donneraient la présidence, mais sans lui accorder plus de pouvoir que les souverains allemands n'en ont laissé à l'empereur; que, s'ils étaient, par cas, maîtrisés et maintenus au devoir par le duc de Sudermanie, c'est lui qui usurperait la couronne pour ses enfants, et que Sigismond y perdrait davantage encore. Ces
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appréhensions que l'avenir a de point en point réalisées assiégeaient constamment l'esprit affaibli du roi, et ne lui permettaient ni le repos le jour, ni le sommeil la nuit. C'est sous l'influence de ces préoccupations et de ces chagrins qu'il ressentit, au printemps de 1592, les premières atteintes du mal qui devait le conduire au tombeau. C'était une maladie de langueur, compliquée d'une paralysie lente, qui commença à le priver de Tusage d'un bras. En vain ses médecins et surtout maître Simon, son apothicaire, dont le talent lui inspirait une grande confiance, usèrent de tous les remèdes; aucun n'eut de prise sur ce corps épuisé. Cependant les souffrances ne faisaient qu'aigrir le caractère du roi et augmenter sa sévérité. Il ne semblait pas songer à l'idée d'avoir bientôt à rendre compte de ses actes à un juge suprême. Les sénateurs, qui étaient aux arrêts dans leurs châteaux, attirés à Stockholm sous de futiles prétextes, furent saisis et jetés en prison. Les massacres d'Upsal étaient présents à tous les esprits, et Jean III n'inspirait guère plus de confiance qu'Éric XIV. Aussi, après cet acte de violence, l'émotion fut-elle extrême parmi les parents des accusés. Les femmes, épouvantées, voulaient suivre leurs maris dans leurs cachots, espérant qu'on n'oserait pas les assassiner dans leurs bras, et désirant, en cas de malheur, mourir avec eux. Dans ce but, elles assiégeaient, avec un courage admirable, à toutes les heures du jour et de la nuit, les portes du sombre château de Stockholm (1). En juillet, le roi, d'après l'avis des médecins, quitta Stockholm pour Upsal. On espérait une amélioration
(1) M68seniu8> ChronoL scond,, tom. VU, p. 103.