MORT DU ROI. 37S
dans le changement d'air. Le roi devait passer l'hiver dans cette ville célèbre pour sa salubrité ; s'y sentant plus mal au contraire, il se fit conduire à Drottningholm. Là encore, la maladie, qui était incurable, s'aggrava. La crainte de la mort adoucit le cœur de Jean et le rendit plus accessible aux prières du roi Sigismond et de sa jeune femme, qui l'excitaient à la clémence. Les seigneurs furent élargis et rendus à leurs familles, en même temps que des professeurs et des pasteurs, qui, emprisonnés au moment des querelles soulevées par la liturgie, avaient été laissés sous les verroux par méfiance ou par négligence depuis l'apaisement de ces désordres.
Jusqu'à ce moment, le malade, quoique très-faible, avait eu la force de se lever tous les jours. A Drottningholm, il s'alita et manifesta le désir de communier. Quoique pieux, il n'avait pas, depuis trois ans, rempli ce devoir religieux, ne sachant s'il devait se servir de l'hostie ou du pain et du vin. Ce saint acte ayant été accompli à la manière des luthériens, maître Jonas, le pasteur, lui lut la parole de Dieu, que Jean, se levant sur son lit, commenta avec beaucoup de fermeté et de présence d'esprit. 11 récita ensuite des psaumes, et lut des sentences religieuses tirées de la Bible, du Nouveau Testament et des ouvrages des Saints Pères ; enfin il écouta pieusement et répéta les prières dites par le pasteur. Son esprit était calme. Le temps semblait avoir effacé de son cœur les remords, nés à la suite du meurtre d'Éric, qui l'avaient si longtemps maintenu dans de cruelles angoisses, et qui furent si favorables au cardinal Possevin pour amener sa conversion. Le nom de son malheureux frère ne fut
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pas même prononcé dans ces tristes moments, soit oubli du passé, soit crainte de l'avenir.
Il n'y avait eu jusqu'aloi*s dans la chambre que la reine et un officier de service. D'après l'étiquette, les portes ayant été ouvertes, toute la cour entoura le lit du malade. Le prêtre lui ayant demandé s'il pardonnait toutes les offenses, il dit qu'il n'avait plus dans le cœur aucune rancune, et qu'il faisait grâce à tous ceux qu'il avait punis ; il pria Dieu ensuite d'être pour lui aussi clément, et de l'absoudre des fautes qu'il avait commises ; il récita les prières des morts, et enfin, quand le moment de la communion arriva, après avoir bu le vin, il prit le pain de la main du pasteur, et, écartant sa grande barbe avec une main, de l'autre il le mit dans sa bouche. On le croyait perdu; il en réchappa; en octobre même il se trouva assez fort pour être transporté à Stockholm. Cependant le mal ne faisait qu'empirer. Le moment était prochain où la dernière heure de vie que Dieu lui avait accordée allait sonner. La faiblesse du corps augmentait chaque jour ; mais la tête restait saine. Maître Jonas, le pasteur, qui ne quittait plus son chevet, voyant la fin approcher, exhorta le malade à se confesser. Celui-ci lui répondit que ce serait inutile, attendu qu'il persévérait dans les mêmes pensées; mais il communia et se mit à réciter des prières luthériennes, dans lesquelles, par inconséquence ou par irrésolution, il mêla le miserere catholique ; enfin il mourut en disant cette parole de Job : « Je sais que mon rédempteur vit. » C'était le 17 novembre 1592. Le roi, d'après Messenius, avait vécu cinquante-cinq ans, onze mois, quatorze jours et douze heures.