‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 84 sur 142 · ARRIVÉE DE CHARLES A STOCKHOLM · texte numérisé non relu

ARRIVÉE DE CHARLES A STOCKHOLM

Jean III, comme son père Gustave I*', succomba^ lentement au mal dont il était atteint; sa mort était prévue depuis longtemps, mais non pas le moment où elle devait arriver, Charles était à Nykôping, quand l'état de son frère devint désespéré. Averti par des amis officieux, il se mit en route ; mais, n'ayant pas reçu de nouveaux messages, il s'arrêta à Sôdertelje, où il avait quelques affaires privées. Il était là, à portée des nouvelles qu'il attendait avec impatience, quand le moment suprême arriva. En sa qualité de régent du royaume^ il aurait dû se trouver auprès du roi expirant, recevoir son dernier soupir, et connaître ses dernières volontés. Le devoir de la reine et de ses conseillers était de l'appeler aux premiers symptômes de mort. Mais Charles était redouté; on le tint éloigné tant qu'on put; il ne fut averti que le deuxième jour après la catastrophe. La reine avait proBté du temps où elle était seule pour enlever tout ce qui était à sa convenance. Charles, en voyant ce pillage, entra en fureur; il voulait faire rendre gorge à la reine, qui lui présenta des lettres de son mari la dispensant de fournir aucun compte. Clas Bjelke, Jôran Pozse, maître Jouas, le pasteur qui l'avait assisté, et maître Simon, l'apothicaire qui l'avait soigné, encoururent la colère du prince, qui les chassa du palais. La reine reçut le même ordre, mais elle refusa de sortir tant que le corps de son époux ne serait pas enlevé.

Gunnila et son entourage n'avaient songé qu'à dépouiller le défunt, qui, par une coupable négligence, avait été laissé dans la modeste chambre et dans le lit où il avait rendu le dernier soupir. Charles fît couvrir le corps de vêtements magnifiques et ordonna de le trans-

378 JEAN ni. [imHll

porter dans un des salons d'apparat du palais; il envoya ensuite un courrier à Gracovie avertir Sigismond de la mort de son père , et l'engager de venir prendre possession du trône de Suède , sur lequel les lois du royaume l'appelaient à monter; il prit en même temps la direction des affaires jusqu'à l'arrivée du souverain. Il y a dans Jean deux personnes qu'il est utile de séparer, l'homme privé et le souverain; l'un qui fut excellent et l'autre médiocre. En effet, l'amour passionné qu'il avait voué à sa charmante et vertueuse compagne, les égards excessifs dont il n'a cessé de l'entourer jusqu'à sa mort, la confiance aveugle qu'il avait dans sa sagesse, et sa soumission absolue à toutes ses volontés, à tousses désirs, témoignent, sinon de la fermeté de son esprit et de la rectitude de son jugement, tout au moins de la bonté de son ccèur, lorsqu'il n'était pas sous le coup de la méfiance ou de la peur. Sa, tendresse pour ses enfants n'était pas moins vive que pour leur mère. Le regret d'être séparé de son cher Sigismond, la crainte de l'avoir mis à la merci des magnats polonais, a empoisonné et abrégé certainement les derniers jours qu'il était destiné à vivre. Ses rapports et ses procédés avec ses frères et sœurs, si ce n'est avec Charles dont il était jaloux et qu'il redoutait, furent excellents et montrent une grandeur d'âme et une hauteur de sentiments vraiment remarquables. Ses courtisans et ses serviteurs furent aussi le plus sou* vent comblés de ses bienfaits, et n'eurent à souffrir que de quelques emportements qu'il n'avait pas la force de comprimer, mais dont il était le premier à déplorer les excès. Comme souverain, il montra, au sujet de la liturgie, un grand mépris de la conscience

Page 1