‹ La Suède au XVIème siècleChapitre 85 sur 142 · PORTRAIT DU ROI · texte numérisé non relu

PORTRAIT DU ROI

humaine ; mais il faut tenir compte des idées de l'époque , et se rappeler que bien d'autres princes ne reconnaissaient pas mieux que lui à leurs sujets le droit d'adorer Dieu autrement qu'à leur façon. Son amour du faste, de la représentation, et sa manie de bâtir, l'entraînèrent dans des dépenses excessives et disproportionnées aux ressources du pays. Sa faiblesse et sa négligence encouragèrent le soldat à l'indiscipline^ et le fonctionnaire public à la concussion. Son avidité poussa les gens du fisc à commettre des actes de violence et de rapine , et sa méfiance le porta à des actes de cruauté. Malgré tout cela, grâce à l'habileté des conseillers qu'il avait eu le bon sens de choisir, et surtout grâce à l'intervention du duc de Sudermanie, dont la salutaire influence se faisait sentir même au moment où leurs rapports étaient les plus mauvais, il laissa le royaume dans un état moins déplorable qu'au moment où il l'avait pris, après le règne désastreux de son frère. Son amour excessif de la paix lui fit éviter tout conflit avec ses voisins; néanmoins il sut maintenir l'intégrité de la Suède, même en Esthonie, contre les convoitises des Danois,» des Polonais et des Russes.

Fryxel, dans sa belle histoire de Suède, tome IV, trace le portrait du roi Jean; il est, selon nous, siressemblant, que nous ne croyons pas pouvoir mieux terminer notre travail sur ce prince qu'en reproduisant les appréciations de cet illustre écrivain.

a Jean III réunit sur sa figure la bonté, la beauté et la majesté. Sur sa physionomie on voyait empreintes les marques d'une sombre distraction. Dans ces derniers temps il portait, comme jadis son père, la barbe

3S0 JEAN fil. LtW8|

longue , et elle lui descendait jusqu'à la ceinture. 11 était d'un caractère soucieux , méfiant et méditatif; il aimait la solitude , et trouyait dans la lecture des distractions à ses chagrins et à ses ennuis. Dans son extrême jeunesse, il évitait les jeux qui plaisent aux enfants ; et son père était souvent contraint de l'éloigner du travail^ et de l'exciter à prendre part aux plaisirs de ses camarades. Les démêlés qu'il eut avec le duc de Sudermanie, avec le clergé et avec les sénateurs, aigrirent son caractère de tout temps inquiet et méfiant ; les remords que lui causa le meurtre de son frère augmentèrent sa mélancolie naturelle. A la fin de ses jours il était insupportable à lui-même et aux autres.

« Jean 111 était instruit. II parlait parfaitement le polonais, l'allemand, l'italien et l'anglais. Le latin lui était aussi familier que le danois et le suédois. Il comprenait le grec et le français. Il avait fait de la théologie son étude favorite. Les Livres saints, les ouvrages des Pères de l'Église, et ceux de tous les théologiens du seizième siècle, avaient été lus et presque tous commentés par lui; son esprit, naturellement indécis et méticuleux, s'égara au milieu de toutes ces croyances, sans se fixer jamais à aucune. Né et élevé dans la religion luthérienne, il prit en Angleterre du goût pour les doctrines calvinistes^ et un instant inclina vers l'Église grecque. Sous l'influence de sa première femme, il embrassa le catholicisme, et, sous l'influence de sa seconde, il revint à la religion de son peuple.

« Jean avait hérité du goût de son père pour la musique. Les beaux chants de l'Église catholique contribuèrent à sa conversion. On chantait ou l'on jouait de

[i»9aj . OPINION DE FRYXËL SUR JEAN 111. 384

quelque instrument pendant ses repas. 11 aimait à bâ* tir et se plaisait dans la société de ses architectes. Le château de Borkholm, le palais de l'archevêque dans l'île d'Arnô, de même que les églises de Riddarholm, de Sainte-Claire, de Saint-Jacques et de Sainte-Marie, à Stockholm, furent commencés, sinon tous achevés, par lui. Il restaura et agrandit les palais d'Upsal et de Stockholm.

«Ayant son mariage, Jean avait eu de Catherine Hansdotter Natt-och-Dag trois enfants, à qui il donna le nom de Gyllenjelm et qu'il anoblit. Dans la suite, il n'eut plus de faiblesse de ce genre; son tempérament, sa piété et surtout son affection pour la reine Catherine, le maintinrent dans le devoir. Un mélange singulier de. dureté et de faiblesse, d'opiniâtreté et d'inconstance, d'indécision et de méfiance, forme le fond de son caractère. Il était aussi sujet à ces empor* tements héréditaires chez les Wasas. Dans les premières années de son règne, Jean se laissa conduire par la douce Catherine et par le sage Pontus de la Gardie. Plus tard il tomba sous la domination de courtisans perfides, vils et avides. Gustave Wasa recommandait toujours à ses enfants de s'entourer d'hommes capables et sans reproche, « parce que, disait-il, on vous accordera les qualités dont ils sont doués. » Par malheur Éric et Jean ne suivirent pas plus ces recommandations que bien d'autres aussi sages et aussi utiles. »

Qu'ajouter à ce portrait tracé de main de maître? rien du tout. Nous n'avons qu'à ratifier tous les jugements de l'écrivain, et à rendre hommage à sa sagacité et à son érudition.

REGNE DE SIGISMOND

REGNE DE SIGISMOND

Page 1