CHAPITRE XXllI
Synode d'IJpiial. — Arriirée de Siglsmoiid en Suède. Commeneement de «es démêlés avee Charles.
Charles avait été à peine instruit de la mort de Jean III qu'il avait pris la direction des affaires, en vertu du testament de son frère, de ses droits héréditaires et de la décision des États ; et il avait bien fait. C'était le seul homme en Suède qui, dans ces moments difficiles, eût assez d'autorité et assez de mérite pour faire rentrer et pour maintenir dans le devoir les membres de ces grandes familles féodales, qui comptaient toutes des rois parmi leurs aïeux; qui avaient gouverné le pays oligarchiquement pendant les cent vingt-six ans qu'avait duré l'Union de Calmar; dont Gustave Wasa avait pu faire ployer le front altier sous son bras de fer, mais qui lavaient relevé plus haut que jamais sous les règnes de l'insensé Éric XIV et du pusillanime Jean III. Ces hommes qui avaient pressenti
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que la domination du duc de Sudermanie serait bien différente de celle de ses frères n^avaient pas manqué, toutes les fois qu'il était intervenu dans la politique du pays, de lui faire de l'opposition, espérant, par des tracasseries , le dégoûter des affaires du royaume , et le décider à ne s'occuper que de l'administration du duché. Mais Charles à Nykôping était comme un aigle en cage, et le désappointement de tout ce monde fut grand , quand on le vit prendre le pouvoir avec tant de résolution; néanmoins, comme il était, avant tout , redouté , quoique beaucoup d'ambitions fussent froissées , beaucoup d'espérances déçues , toutes les passions restèrent enfouies dans le cœur, et l'ordre ne fut troublé nulle part.
Le premier acte {24 novembre) de Charles avait été de faire dresser un inventaire des biens laissés par son frère, et de le faire porter à son neveu à Cracovie par un homme de confiance (1). Quatre jours après (28 novembre), affectant de ne pas voir l'attitude hostile de la haute noblesse , il fit non-seulement sortir de prison les seigneurs incriminés (2), mais encore il les rétablit dans leurs fonctions et leurs dignités, et leur rendit leurs dotations. Cet acte habile et généreux attira dans son parti quelques membres des grandes familles, qui lui avaient été hostiles jusqu'à ce jour; mais le plus grand nombre, persistant dans ses anti-^ pathies, affecta de ne voir en lui qu'un fonctionnaire chargé de gouverner le royaume pendant Tabsence du roi, un premier ministre qui était leur supérieur plus
(i) Un Français, nommé Pierre de la Colle.
(2) Ces seigneurs étaient Hogenskild et Ture Bjelke, Gustave et Sten Baner et Éric Sparre.'
[i392J RÉVOLTE ET FUITE DU COMTE LEJONHUFVUD. 38lf
à cause de sa naissance que de sa position, et non un régent, c'est-à-dire un homme qui tenait le lieu et la place du roi, et à qui ils devaient le même respect, le même dévouement, la même soumission.
La perspicacité de Charles était si grande qu'elle lui donnait comme une intuition de l'avenir. Prévoyant que les Polonais ne voudraient consentir au départ du roi qu'après lui avoir imposé l'obligation de leur livrer l'Esthonie, et craignant que celui-ci dans son impatience ne se^ soumît à ces dures exigences, il avait écrit à tous les commandants des places fortes, situées dans cette province, de ne point oublier qu'ils les occupaient au nom des États de Suède, et que, lors même que Sigismond leur ordonnerait de les livrer aux Polonais, ils devaient, sous peine d'être accusés de haute trahison, les conserver à la patrie. Le comte Axel Lejonhufvud, homme léger et inquiet, qui s'était fait remarquer par son opposition violente au duc, prit prétexte de ces ordres étranges , mais justifiés par la gravité des circonstances présentes , pour déclarer que le duc restreignait et outrageait la puissance royale, pt, comme pour la défendre et la venger, il essaya de prendre, au nom de Sigismond, les châteaux d'ElIfs^ borg et de GuUberg. 11 échoua dans sa tentative et fut mandé à Stockholm, pour venir, devant le sénat, rendre compte de sa conduite. Le comte Axel prit, bien entendu, une route opposée; il accourut à la cour de Sigismond, pour qui il s'était compromis, et porta contre son adversaire les plus graves accusations. D'autres seigneurs, déjà brouillés avec le duc et qui connaissaient son caractère vindicatif et implacable , avaient suivi le «omte Lejonhufvud à Cracovie, et, en
reproduisant ses plaintes et ses soupçons, leur aTaient donné plus d'importance , et les avaient rendus plus vraisemblables.
Ces hommes inquiets et mécontents étaient occupés à déblatérer à la cour de Sigismond contre l'administrateur, lorsqu'y parut Olof Sverkersson, secrétaire du roi défunt. Il était envoyé par Charles pour remercier Sigismond des pleins pouvoirs qu'il lui avait octroyés après la mort de Jean et pour détruire le mauvais effet des calomnies d'Axel Lejonhufvud et d'Olof Stenbock. Le malheur voulut que cet émissaire ne fût qu'un misérable intrigant qui, voyant l'imminence d'une lutte entre les deux princes , ne chercha qu'à avoir un pied dans l'un et l'autre camp. En Suède, il avait capté la confiance du duc par un grand zèle et une grande affectation de dévouement; en Pologne, pour plaire au roi , dont l'irritation contre son oncle était trop vive pour être dissimulée , il combattît les accusations des mécontents d'une manière si étrange qu'il porta la conviction dans l'esprit de Sigismond où n'avait encore pénétré que le soupçon. Dès ce moment, celui-ci ne songea plus qu'à enlever à un parent perfide les moyens de lui nuire. Cependant il dissimula; il écrivit au régent une lettre flatteuse dans laquelle il le remerciait des services rendus , et recommandait aux États et au sénat de Suède de lui obéir sans réserve; mais, dans cette même lettre, il justifiait le comte Axel de sa levée de boucliers qu'il attribuait à un excès de zèle irréfléchi , et qui , à ce titre, était plutôt digne de blâme que de châtiment. A peine excusé, le coupable parut dans le royaume, porteur d'un sauf-conduit écrit de la main du roi, et se van-