J PRÉSENTATION DU POSTULATA NOBILIUM
L'accueil fait aux nobles fut bien différent de celui que les prêtres avaient reçu. L'on savait que Sigismond avait pris en Pologne, oîi le peuple était esclave et la bourgeoisie avilie , un grand goût pour la noblesse. * Voulant profiter de ces dispositions si favorables à sa caste, Éric Sparre (1), escorté des plus grands seigneurs du pays, après avoir salué son souverain, lui présenta son fameux Postulatanobilium, éloquent plaidoyer sorti de son habile et savante plume (2). Sigismond était évidemment sous le charme de cette œuvre écrite d'un style entraînant et avec une logique irrésistible, lorsque, au moment de son couronnement, étant en veine de libéralités, il accrut si démesurément tous les avantages dont jouissait déjà cette classe privilégiée. En attendant, il approuva non-seulement Tacte par lequel Charles avait rendu la liberté aux seigneurs, mais encore, par lettres patentes du 2 novembre 1593,
(1) Éric Sparre, alors vice-chancelier, fut nommé chancelier à a mort du vieux Nils Gyllensljerna.
(2) Après avoir protesté contre les prétentions de Sigismond à la monarchie absolue, prétentions qu'il disait être contraires à la saine raison, non moins qu'à la vieille loi de Suède et à la parole de Dieu , Fauteur déplorait les empiétements successifs de la couronne sur les immunités de toutes les classes des citoyens, de la noblesse surtout. Il exhumait les anciennes coi^tumes pour attaquer les prétentions non moins exorbitantes ni mieux fondées qu'elle cherchait à faire prévaloir sur les pêcheries et les cours des fleuves au détriment des propriétaires riverains, et sur les bois communaux au détriment des provinces et des villages. Il prouvait, pièces en mains, que les droits de la couronne sur les montagnes à filons ne remontaient pas seulement à 1485, et que sur les mines en exploitation elle avait dénaturé les anciennes coutumes, et profondément atteint les intérêts des propriétaires. Enfin il établissait que la noblesse et la royauté ont tant d'affinités qu'elles sont solidaires l'une de l'autre, et qu'une monarchie ne peut avoir de l'éclat et de la durée qu'en étant appuyée sur une noblesse riche, puissante, honorée, ayant les mêmes intérêts et partageant avec elle le fardeau des affaires, trop lourd pour une seule main, et qu'un souverain qui croirait élever sa puissance sur les ruines d'un pareil allié ne ferait qu'irriter le ciel et préparer la chute de sa dynastie.