MANIFESTATIONS HOSTILES DES ÉTATS
la garde de sa personne, un corps de troupes. Les Suédois n'aimaient pas à voir des soldats près du lieu de leurs délibérations. Gustave Baner détourna le roi de ce projet , en lui faisant observer que la ville , petite et mal approvisionnée , ne pourrait pas subvenir à la nourriture de tant de monde. Charles se rendit de son côté à Upsal ; il entra dans la ville, accompagné seulement de quelques gardes ; mais il avait eu la précaution de disséminer dans les villages voisins des défenseurs fidèles. ^
La translation des cendres du roi Jean des caveaux du château de Stockholm dans ceux de la cathédrale d'Upsal précéda Touverture de la diète. La fête, toute religieuse, se fit avec une grande pompe. Par malheur, elle fut troublée par des scènes de violence. La populace, indignée de voir un prince de TÉglise romaine en costume de gala mêlé au cortège qui se rendait à la cathédrale, le força, par des insultes et par des menaces, à sortir des rangs de la procession. Elle fut moins brutale envers les jésuites et les prêtres polonais qui accompagnaient le cardinal. Elle ne les expulsa pas de la cérémonie , mais elle leur défendit, sous- peine d'y être massacrés, de franchir le seuil de l'église.
L'esprit des membres de la diète ne différait pas de celui de la multitude, et, dès les premiers instants, Ton vit éclater ces sentiments de haine qui remplissaient tous les cœurs. Le synode d'Upsal, animé d'un sombre fanatisme, avait décidé qu'aucun catholique ne pourrait remplir un emploi public ; qu'un Suédois protestant , en devenant catholique ou en laissant élever ses enfants dans cette religion , perdrait sa qualité
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de citoyen ; que la messe ne pourrait être célébrée que dans la chapelle du roi à Stockholm et jamais ailleurs; puis venaient cent autres dispositions non moins violentes, non moins hostiles. Les États n'avaient d'autre pensée que de faire approuver ces décisions. Le pieux Sigismond au contraire s'était fait un cas de conscience de les repousser, comme autant d'impiétés que l'enfer seul avait pu inspirer. Par malheur, les États, qui avaient la conscience de leur force , déployèrent d'autant plus d'insistance qu'il leur opposait plus d'opiniâtreté. Le duc de Sudcrmanie, pressé par eux, alla relancer le roi dans son palais; et celui-ci, voyant dans son oncle l'instigateur de ces mesures, répondit en termes amers et peu mesurés. Aux reproches succédèrent les menaces, les injures. 11 parait même que, sans l'intervention des courtisans , l'administrateur et le roi, perdant toute dignité, en seraient venus aux mains, comme deux soldats de leur garde.
Cette scène violente indisposa les États qui, prenant fait et cause pour leur mandataire, déclarèrent qu'ils ne consentiraient au couronnement qu'après que leur demande aurait été satisfaite. Ces nouvelles menaces restèrent sans effet. Alors les Ëtats , fatigués de passer leur temps en délibérations inutiles, ^quittèrent la salle des séances et allèrent tumultueusement trouver dans son palais le roi, qui ne daignait plus paraître au milieu d'eux. Gomme devant cette manifestation il demeurait encore inflexible , les paysans osèrent , en sa présence, offrir la couronne au duc de ^udermanie. Le peuple, qui faisait cortège aux États, accueillit la proposition avec enthousiasme , et Charles fut acclamé par tout ce monde roi de Suède. Celui-ci eut le bon
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goût de prendre en riant un tel honneur, offert dans de telles conditions. Alors les bourgeois proposèrent à sa place le prince Jean qui était encore tout enfant ; et personne dans le tumulte n'éleva la voix pour soutenir, pour défendre Sigismond.
Le légat, témoin de cette scène des croisées du palais, comprit toute la gravité de la situation, et, voyant qu'il ne s'agissait plus que de la perte ou de la conservation d'une couronne, il conseilla au roi de céder à la violence, lui donnant de nouveau l'absolution pour toutes les fautes où ces fatales mais inévitables complaisances pourraient l'entraîner. Alors seulement Sigismond se rendit aux vœux de son peuple ; les États accueillirent cette nouvelle avec transport. Un Te Deum fut chanté aussitôt dans la cathédrale; et, le soir, la ville fut illuminée et pavoisée , comme s'il se fût agi du gain d'une victoire. Pour prouver que leur reconnaissance était égale à leur joie, les États fixèrent au lendemain (19 février) la cérémonie du couronnement. L'archevêque, qui par des flatteries d'un goût assez équivoque n'avait pas réussi à désarmer le roi, céda sa place à un autre prélat. Il lut les prières et fît un discours ; mais c'est des mains de Bellinus, évèque de Westeràs, que Sigismond reçut la vieille et glorieuse couronne de Suède.
On remarqua que, en prêtant serment, Sigismond tenait la main baissée, et qu'il ne la leva que sur l'observation que lui en fit le duc de Sudermanie. Celui-ci prêta serment à son tour, mais sans s'agenouiller, en déposant seulement son chapeau aux pieds du roi. Il fut confirmé dans ses droits et reçut de plus le.Dasland en garantie du remboursement des sommes qu'il
avait avancées à la couronne. Les fêtes, commencées la veille du couronnement, se prolongèrent au lendemain. De^ comédiens italiens jouèrent au palais un àpropos composé pour la circonstance. Le bruit courut que le duc de Sudermanie devait être massacré pendant la représentation; et celui-ci, averti par un Italien, nommé Strozzi, qui prétendait en avoir reçu la nouvelle de Rome, et par un Hollandais, qui se disait avoir été sondé pour faire le coup , jugea prudent de rester chez lui, entouré de ses gardes. Il est probable que ces précautions étaient inutiles, et qu'il n'eût pas couru plus de dangers en se rendant à ce divertissement. Sigismond avait l'âme trop noble pour tremper jamais dans un complot aussi odieux. Malaspina et les Polonais connaissaient assez les sentiments des Suédois pour être persuadés que le meurtre du duc aurait été le signal d'un massacre, auquel ni le roi, ni la reine, ni aucun catholique de sa suite n'aurait pu échapper.
C'est en plein air que se tint la dernière séance (23 février). Les États, ayant prêté serment de fidélité, prirent congé du roi qui les convoqua à Stockholm pour délibérer sur la forme de gouvernement qui devait être adoptée pendant son absence. Charles, qui, dans tout le cours des débats, s'était trouvé en opposition avec la cour, y était vu de mauvais œil. Craignant quelque affront ou quelque piège, il partit pour Nykôping avec son épouse et sa suite, en même temps que les simples députés, voulant indiquer par là qu'il n'était venu à Upsal que pour remplir ses devoirs de citoyen. Sigismond ne devait pas être mieux à l'aise dans cette ville peuplée de prêtres luthériens. Dès