AVANTAGES ACCORDÉS AUX CATHOLIQUES
qu'il eut mis la main aux dernières affaires , il retourna à Stockholm (8 mars).
Sigismond était un esprit étroit, timoré eU passionnément catholique. Il était honteux de sa conduite ; il ne pouvait supporter la pensée d'être le persécuteur d'une Église qu'il croyait être seule en possession de la vérité. Aussi à peine se trôuva-t-il hors d'Upsal et délivré de la pression des États qu'il ne songea qu'à réparer une coupable défaillance. Son premier acte, à Stockholm, fut de nommer, au mépris de la loi (1 ), gouverneur de la ville, Éric Brahe, le seul sénateur qui fût catholique , et d'acheter une grande maison , bâtie en pierres , qu'il transforma en église ; il rouvrit la chapelle de Drottningholm, fermée depuis son départ pour la Pologne, fit décorer magnifiquement celle du château , ordonna la restauration dés deux couvents de Wadstena, ramassa quelques religieuses et quelques moines qu'il y installa avec grande pompe, et fit célébrer à Stockholm toutes les cérémonies que TÉglise romaine consacre à la semaine sainte. Le jeudi saint, lui et la reine lavèrent les pieds de douze pauvres qu'on avait ramassés dans les rues de la capitale. Le dimanche de Pâques, Éric Schepperus déclama contre cet usage hébraïque, et désigna par leurs noms à l'indignation publique ces malheureux mendiants qui, pour s'être prêtés aux caprices de leur souverain , furent chassés de toutes les portes et coururent grand risque de mourir de faim.
La noblesse , à part de rares exceptions , n'avait cessé d'être hostile au duc et dès lors favorable au roi.
(1) C'était une fonction nouvelle. Jusqu'à ce jour, la ville avait été gouvernée par les magistrats que les notables avaient élus.
C'est en maDière de récompense que Sigismond remit sous les yeux de son conseil le Postulata nobilium, qu'Éric Sparre lui avait présenté au moment de son arrivée. Cette célèbre brochure , qui résumait toutes les craintes, toutes les espérances, toutes les aspirations de la caste qui dominait alors et dirigeait le monde, était faite avec un art infini et devait produire une vive impression sur Tespril d'un homme tel que Sigismond, qui semblait tenir autant à sa qualité de gentilhomme qu'à son titre de roi. Il était subjugué par cette puissante dialectique lorsqu'il déclara qu'à l'avenir les emplois élevés dans la magistrature et dans la chancellerie, les charges de cour, les grades supérieurs dans l'armée et les gouvernements des provinces, seraient exclusivement réservés à des nobles, qui, dans aucune circonstance, ne pourraient avoir des roturiers pour supérieurs, ni même pour égaux. 11 accompagna ces distinctions honorifiques d'opulentes dotations, et le style des lettres d'investiture prouve l'importance que la noblesse avait à ses yeux. 11 était ordonné aux habitants de ces fiefs d'avoir pour leurs seigneurs les mêmes égards que pour le roi et de leur prêter, comme à lui, serment d'obéissance et de fidélité. Le roi ne devait gouverner le royaume qu'avec le conseil du sénat, et personne ne pouvait être admis dans son sein, sans le consentement de ses membres. Ces déférences excessives pour les classes élevées accrurent encore parmi elles le nombre des partisans de Sigismond, qui affecta de se faire appeler le roi des nobles par opposition à Charles, qu'on désignait à la cour, non sans une pointe d'ironie, sous le titre de roi des paysans. Nous avons vu que , en prenant congé des Étals à
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Upsal, Sigismond leur avait donné rendez-vous à Stockholm. Us y furent bientôt après convoqués et entrèrent en séance, le lendemain des fêtes de la Pentecôte. Charles , mécontent des procédés de la cour, malgré l'appel qui lui fut adressé, resta enfermé dans les murs de Nykôping. Deux questions d'une grande importance y furent agitées. D'abord la trêve que Jean III avait signée à Riga avec les Moscovites et que Charles, après la mort de son frère, avait désiré renouveler allait expirer. Il importait de décider si l'on devait la prolonger, ou bien entrer en campagne contre ces formidables ennemis. Ensuite Sigismond allait retourner en Pologne , et il s'agissait de savoir comment et par qui la Suède serait administrée pendant son absence. Une irritation, une méfiance réciproques animaient, l'un contre l'autre, les deux partis, que séparait de plus une insigne mauvaise foi. Quant à la question moscovite , Sigismond opinait pour la guerre, parce que les Suédois, occupés au dehors, porteraient moins d'attention aux affaires intérieures. Les États, au contraire, qui éprouvaient le besoin de réserver toutes leurs forces pour la lutte intérieure qui se préparait, voulaient la paix avant tout et à tout prix. Le désaccord n'était pas moindre au sujet du mode de gouvernement à choisir pendant l'absence du roi. La marotte de Sigismond était de gouverner lui-même , au moyen d'un conseil de ministres attachés à sa personne, l'accompagnant dans toutes ses courses, et envoyant du point où il serait ses ordres à des agents qui les exécuteraient en Suède.
Le sénat avait , dès le principe , repoussé ce projet qu!il avait déclaré impraticable et contraire à la con-
stitution du pays; mais, s'étant depuis ravisé, il approuvait aujourd'hui ce mode de gouvernemenl si favorable à Tambition de plusieurs de ses membres, et, pour le faire accepter des divers ordres de la diète, il citait l'exemple du sénat danois qui avait administré le royaume pendant la minorité de Christian IV d'une manière si favorable au bonheur du peuple et aux intérêts du prince. Les États, que le duc de Sudermanie dirigeait de Nykôping, furent d'un avis contraire; ses amis présentèrent même en son nom et appuyèrent un mémoire où il protestait contre les prétentions du roi et des sénateurs, qu'il trouvait également inconstitutionnelles, et soutenait que , sa qualité de prince héréditaire assurant à lui seul la couronne ou la régence, dans le cas où le trône deviendrait vacant, fût-ce par la mort, par la déchéance, par l'abdication ou par l'absence du roi , fût-ce temporairement ou pour toujours , il ne céderait ses droits à personne, et que, les tenant de Dieu , il les défendrait au contraire contre qui que ce fût , tant qu'une goutte de sang coulerait dans ses veines.
Le duc de Sudermanie avait beau invoquer le vieux droit de Suède et les anciens usages, il avait tort. Car, après tout, Sigismond était roi, et pouvait, pendant son absence, déléguer à ceux qui lui inspiraient le plus de confiance le pouvoir dont il était investi et qu'il devait transmettre à ses enfants. Les droits réels de Charles n'existaient que dans l'avenir 'et "dépendaient d'une éventualité bien incertaine , puisque , étant assez âgé pour être le père du roi, il n'était pas probable qu'il lui survécût* Cependant personne, pas même l'habile Éric Sparre, n'osa mettre au néant les