BAPTÊME DE LA PRINCESSE CATHERINE
prétentions du duc, qui, parlant aux passions et ayant pour lui lopinion publique, était devenu Thomme indispensable à tous , même à ceux que des diversités d'opinions et des rivalités d'ambition séparaient de lui. Sigismond seul, que ses échecs n'avaient pu éclairer, croyait toujours être aidé par la Providence dans les moments critiques, et conservait intacte cette opiniâtreté qui ne fait japaais défaut aux natures sincèrement convaincues et assurées d'être en possession de la vérité.
Danë de pareilles conditions, les États ne pouvaient que perdre leur temps ; et non-seulement ils le perdaient , mais çncore leurs séances, qui se passaient en reproches et en récriminations , donnaient lieu à des scènes scandaleuses. La situation , déjà mauvaise , fut aggravée par la présence d'un second légat, accouru pour féliciter la reine Anne sur son heureuse délivrance (1), et de qui la malencontreuse arrivée coïncida avec celle dés soldats que Jacques de Weyer était allé recruter en Pologne. Ceux-ci évidemment étaient en nombre insuffisant pour opprimer un pays tel que la Suède; mais on ne raisonne plus, dès que les passions sont en jeu. D'ailleurs la conduite insolente, agressive de ces mercenaires ne donnait que trop de consistance aux craintes que leur présence avait fait naître. Le roi, toujours prêt à faire une sainte folie, fit célébrer 9 ec pompe le baptême de son enfant, dont l'empereur Rodolphe fut le parrain, et qui, en l'honneur de sa grand'mère, reçut le nom de Catherine. Sous prétexte de protéger les deux légats que persoitne
(1) Elle avait accouché d'une fille.
ne menaçait, les Polonais se rendirent à l'église en bandes tumultueuses et armés jusqu'aux dents. Il parait même qu'ils insultèrent des pasteurs que le hasard ou la curiosité avait mis sur le passage du cortège. La diète , se croyant à la merci de ces forcenés, fît accourir, pour la défendre , une troupe de montagnards dalécarliens. Des collisions éclatèrent entre ces gardes du corps d'un nouveau genre et ceux de Sigismond. Les bourgeois de Stockholm prirent fait et cause pour leurs compatriotes, et vinrent, tout armés, prendre place dans leurs rangs. Les femmes, plus passionnées que les hommes, enlevèrent les pavés des rues et les portèrent à leurs greniers, d'où elles les jetaient sur les gens du roi.
Comme il arrive toujours aux esprits obtus, quand Sigismond vit le mal, il était irrémédiable. L'exaspération du peuple était telle que la fuite seule pouvait sauver et la dignité du roi et les jours de ses courtisans. Il ramassa donc tout son monde à la hâte, et, l'ayant fait monter avec lui à bord d'une flotte qu'on lui avait amenée de Dantzig, il quitta précipitamment le port de Stockholm, espérant que l'incendie qu'il avait si imprudemment allumé périrait après lui, faute d'aliments.
Sigismond n'avait cru quitter la capitale que momentanément , pour se soustraire aux fureurs d'une piopulation en révolte. Il s'était retiré dans l'archipel qui avoisine les côtes de Suède. Mais, à bord, il était encore moins à Taise et faisait moins de besogne que dans son palais. Son absence avait surexcité l'audace des mutins qui n'avait plus de bornes. Les prêtres sur^ toiit déblatéraient contre le roi et contre la cour du