FORTUNE NATIONALE
des Tillas, des établissements industriels, etc., ainsi que les chutes d'eau. La valeur de ces biens fut taxée en 1898 à 2,298*7 millions de couronnes. En y ajoutant la Taleur absorbée par les contributions dues à TÉtat et à la commune, environ 50 millions de couronnes, on arrive à une somme totale de 2,348*7 millions de couronnes. Sur un point au moins, cette évaluation est trop basse, et c'est relativement aux chutes d'eau du Norrland, lesquelles ne sont nullement portées à leur juste valeur, mais sûrement trop bas de plusieurs dizaines de millions — d'après les valeurs actuelles. Quant à leur valeur future, il est impossible de la prévoir.
c) Le montant de la valeur du bétail^ calculé sommairement de la même manière que dans le mémoire de M. Fahlbeoe, est évalué à environ 465 millions de couronnes.
d) Le matériel inanimé de l'agriealtare. Le calcul est basé sur la supposition que tout le matériel, tant vivant qu'inanimé, s'élève à 180 couronnes par hectare de terre cultivée. En retranchant de cette somme la valeur du bétail, on aura, pour le matériel inanimé, le montant d'environ 163 millions de couronnes.
é) Marehandlses, machines, ustensiles, etc., ainsi que biens mobiliers personnels. L'évaluation de ces biens est très délicate et ne saurait être faite qu'en prenant pour base les sommes des assurances contre incendie. La somme totale des biens assurés s'élevait à la fin de l'année 1897 à environ 6,432 millions de couronnes. Dans cette somme, les biens assurés sans distinction (immeubles et meubles) représentaient un total de 3,403 millions de couronnes, les immeubles seuls 1,896 millions et les meubles seuls 1,077 millions de couronnes, à quoi il faudra ajouter les assurances contre les épizooties, montant à environ 56 millions de couronnes. En répartissant les assurances non spécifiées (3,403 millions de couronnes) en parties égales sur les meubles et les immeubles, — répartition qui correspond à peu près aux chiffres trouvés auparavant, — on arrivera à un total d'environ 2,835 millions de couronnes pour les meubles assurés. Si l'on en retranche la somme totale de la valeur du bétail et du matériel inanimé de l'agriculture, savoir 628 millions de couronnes, le montant des articles restants des biens mobiliers s'élèverait à environ 2,207 millions de couronnes.
f) Mines et autres gîtes métallifères de quelque importance (non compris les biens immeubles des mines). Selon la grandeur de l'exploitation pendant Tannée 1898 (environ 2*3 millions de tonnes), et calculée d'après un prix net présumé de 2 couronnes par tonne, la valeur actuelle des mines de fer, capitalisée k 6 %, pourra être portée à 76*7 millions de couronnes. En y ajoutant la somme de 15 millions de couronnes, valeur approximative des autres gîtes métallifères exploités, on arrive à la somme totale de 91*7 millions de couronnes.
g) Pêehes et pêcheries. Le montant de la valeur des pêches et pêcheries non comprises dans l'estimation des immeubles ruraux, pourra, d'après le revenu des dernières années (7 millions de couronnes), être évalué approximativement à 45 millions de couronnes.
h) Moyens de eommanieation. En dehors des voies comprises dans Tévaluation des immeubles, les moyens de communication pourront être évalués comme sait: canaux 15 millions, voies ferrées 715 millions, tramways 3 millions, télégraphes et téléphones 17*5 millions, phares et fanaux 10*2 millions; somme totale 760*7 millions de couronnes. Pour les canaux, nous avons donné le revenu net, capitalisé èi 4t %; relativement aux voies ferrées (rapportant, à l'heure actuelle, un intérêt de 4 à 5 ^ du capital employé), nous avons pris les frais de construction, et pour les télégraphes et téléphones, ainsi que pour les phares et fanaux, également les frais de construction.
t) Marine marchande. En adoptant comme prix moyen par tonneau: pour les voiliers de plus de 20 tonneaux, 80 couronnes; pour les bateaux à vapeur de
pins de 20 tonneaux faisant le trafic étranger, 250 couronnes, et pour les bateaux à vapeur du même tonnage faisant le trafic des ports du pays, 450 couronnes, on arrive à un total (pour Tannée 1897) de 91 millions de couronnes, somme i laquelle il faudra ajouter environ 5 millions pour les petits bateaux à vapeur et voiliers et les allèges; en tout 96 millions de couronnes. )'
k) Stock de monnaies et lingots monétaires. Suivant les rapports des banques du 31 déc. 1898 et le rapport de la Monnaie concernant la totalité de monnayage jusqu'à cette époque, le montant de ces articles pourra être évalué approximativement à 68*5 millions de couronnes.
l) Créances à l'étranger. D'après les rapports des banques, la somme calculable des créances à l'étranger s'élevait, à la fin de l'année 1898, à 98 millions de couronnes. Il est impossible d'évaluer les biens que possèdent des particnlien à l'étranger, comme obligations, immeubles, ainsi que des créances de transport.
m) Objets non compris dans les évaluations ci-dessus données. Faute de matériel nécessaire pour une telle estimation, n'entreront pas en ligne de compte les biens meubles de l'État, tels que: objets d'art, munitions de guerre, bâtiments de la marine et fortifications.
Dettes extérieures. Selon les renseignements donnés par les intéressés, la dette en obligations s'élevait, à la fin de l'année 1898, à environ 460 millions de couronnes, et, à la même époque, la dette des banques montait à 50 millions de couronnes. Il faut y ajouter les lettres de change suédoises en possession des étrangers et qui s'élèvent sûrement à la même somme que celles de l'étranger entre les mains des Suédois, savoir 40 millions de couronnes; de pins, les biens des étrangers en Suède, biens qui pourront être évalués approximativement à 20 millions de couronnes. Le montant des billets de banque suédois et des créances de transport à l'étranger doit nécessairement se soustraire à toute évalnation. La somme totale calculable de la dette extérieure et des biens des étrangers en Suède s'élevait donc, à la fin de l'année 1898, à 670 millions de couronnes.
En réunissant les articles spécifiés plus haut et en les comparant à l'évaluation analogue établie pour l'année 1885 (laquelle on a fait accorder avec les méthodes d'appréciation employées pour 1898, dans les points où elles ne sont pas d'accord), on aura le résultat que démontre
le tableau ci-dessous.
En 1885.' En 1898.
Biens fonciers 3,092,900,COO conr. 3,100»100,000 coor.
Autres immenbJes 1,458,500,000
Bétail 441,000,000
Matériel inanimé de ragricnltnre 139,000,000
Marchandises, machines, biens mobiliers personnels, etc 1,3^0,000,000
Mines et antres gîtes métallifères importants 43,100,000
Pêches et pêcheries 36,500,000
Moyens de communication 442,200,000
Marine marchande 79,400,000
Stock de monnaies et lingots monétaires 43,700,000
Créances à l'étranger 50^000,000
Total 7,206,300,000 conr. 9,443,700,000 conr. A retrancher: Dettes extérienres 664,000,000 > 570,ti00,000 »
Totaux, net 6,542,300,000 cour. 8,873,70O,0M conr.
' Les chiffres officiels sur les biens fonciers ont été corrigés et augmentés pour les six gouvernements du Nord de la Suéde de la même manière que pour Tan 1^98. La valfiir invisible absorbée par les contributions (en 18i^8, 180 mill. de cour) fut évaluée, en 18fô, à 334 millions; la grande différence est due à rabaissement des impôts fonciers. — Ensuite, le chef des marchandises, machines, biens mobiliers, etc., qui était réduit de 250 mill. de couronnes, a été ramené ici aux chiffres officiels des assurances contre incendie.
FORTUNE NATIONALB. 13
Pendant ces treize ans, la fortune nationale s'est donc accrue de 6,542 millions de couronnes à 8,874 millions, savoir une augmentation de 2,332 millions de couronnes. En considérant que, à la fin de l'année 1885, le cliiffre des habitants était de 4,683,000 et que, à la fin de Tamiée 1898, il était de 6,063,000, on peut facilement constater que, à la première de ces époques, il revenait à chaque habitant 1,397 couronnes et à la dernière jusqu'à 1,753 couronnes.
C'est là en effet un accroissement considérable en un si court espace de temps. Il faudra, à se sujet, surtout remarquer l'augmentation immense de la valeur des biens meubles, au nombre desquels on doit compter tant les articles de consommation que les capitaux circulants (marchandises, machines, stock de monnaies, etc.). Au point de vue des capitaux fixes, on constate un accroissement considérable de bâtiments et d'usines («autres immeubles»), tandis que pour les propriétés rurales, il y a en une stagnation, due à la longue crise agricole. En revanche, la progression des bâtiments et des usines, ainsi que des biens meubles, est une preuve irrécusable du développement rapide de l'industrialisme pendant ces années et de l'amas considérable des capitaux. Il faut anssi prendre note de l'augmentation des créances à l'étranger et de l'abaissement de la dette extérieure, ce qui tient surtout à ce que, d'un côté, l'État a affecté, ces derniers temps, une partie de ses revenus aux constructions des chemins de fer, — au lieu de recourir à la voie des emprunts comme on le faisait autrefois, — et que, de l'autre côté, la caisse nationale d'épargne postale, fondée en 1884, a racheté à l'étranger une partie importante des obligations suédoises. Ces deux faits, l'un autant que l'autre, fournissent encore une preuve de l'amas considérable des capitaux pendant cette période.
Cependant, si important qu'ait été l'accroissement du capital suédois ces dernières années et si important qu'il soit en ce moment, il ne suffit pas pour satisfaire aux besoins, croissant dans une mesure plus rapide encore. Le nouvel esprit d'entreprise qui s'est manifesté chez le peuple suédois, exige des capitaux plus considérables que ceux qu'il possède lui-même ou qu'il pourra créer en peu de temps, pour exploiter les richesses que recèlent encore les montagnes ou qui s'écoulent sans profit dans les chutes d'eau. La Suède sera quelque temps encore obligée à recourir à la voie des emprunts et de s'adresser à d'autres pays plus riches, afin d'obtenir les fonds nécessaires pour bien utiliser les ressources que lui offre la nature. Or, quand on aura atteint ce but et qu'on pourra exploiter tout ce qui actuellement n'est que peu ou point utilisé, alors on ne dira pas: la Suède pauvre, — et en effet, ce nom ne lui convient déjà plus, — mais on dira: la riche Suède.
Le moderne développement industriel de la Suède est de date récente. La superficie immense du pays relativement au nombre des habitants, sa situation éloignée des grandes voies de commerce, son climat dur, la longueur de ses nuits d'hiver et d'autres éléments encore ont long-
temps entravé Tépanoiiissement de son commerce et de son industrie. Les moyens perfectionnés de communication des temps modernes ont cependant raccourci les distances entre les régions les plus écartées, et ont mis tout le pays en relations fréquentes avec le re'ste du monde. Les lignes des télégraphes et des téléphones l'enveloppent de leurs filets, lesquels, au moyen de câbles sous-marins, communiquent avec les lignes continentales. Des voies ferrées relient les champs de blé de la Scanie et les régions rocheuses de la Laponie, les côtes de la Bothnie et rOcéan atlantique, tandis que de rapides bateaux à vapeur entretiennent des communications régulières avec les pays voisins. Les systèmes perfectionnés d'éclairage (le gaz, la lumière électrique) ont aidé à contre-balancer l'effet reprimant qu'exercent sur le travail les ténèbres de l'hiver. Grâce à ces circonstances nouvelles, l'assiduité et l'esprit d'entreprise du peuple ont pris un nouvel essor, et ces efforts ont déjà été richement récompensés. Or, une plus grande récompense leur est réservée quand l'ère de l'électricité aura pris la place de celui de la vapeur, et tout porte à présumer que le siècle naissant portera le nom de l'électricité, comme le siècle qui vient de s'écouler a porté celui de la vapeur. Alors, la Suède trouvera dans ses nombreuses et puissantes chutes d'eau sa propre force motrice qui lui a essentiellement fait défaut jusqu'ici, et la terre rendra en abondance les richesses qu'elle recèle dans son sein.