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AGRICULTURE ET ÉLEVAGE

Dans ce qui précède, nous avons montré qu'aujourd'hui encore 66 % ou plus de la moitié de la population entière de la Suède vivent de Tagriculture et de l'élevage du bétail. Ainsi ces branches de l'industrie sont-elles, à ce point de vue au moins, aussi importantes que toutes les autres ensemble. Relativement parlant, il n'y a à présent que deux pays dans toute l'Europe occidentale où l'agriculture joue un plus grand rôle qu'en Suède, et ces pays sont les deux Etats, nos voisins, le Danemark et la Finlande.

11 y a déjà bientôt mille ans que la Suède centrale et méridionale était habitée à peu près snr la même étendue qu'aujourd'hui, ce qui est démontré par le fait que la plupart des villages et des fermes, situés dans ces régions, portent des noms tirés des temps antérieurs au christianisme. Cela ne veut pas dire pourtant que l'étendue de la terre cultivée n'ait point subi de changements depuis lors; au contraire, elle s'est bien agrandie dans le cours des temps et surtout pendant le siècle qui touche maintenant à sa fin.

Au point de vue technique, l'agriculture de la Suède, vue en grand, avait déjà atteint au moyen âge un degré de développement où elle est restée jusque dans le 19™« siècle. Pendant l'époque dite cde la liberté» (1718/72), époque très riche en idées et expériences nouvelles dans notre pays, on s'appliqua beaueonp aux améliorations en général et de même au développement de l'agricaltnre, et il parut pendant cette période toute une littérature agricole, remarquablement riche. A cette époque naquit le suédois J.-G. Walleriua, qui fut, à proprement parler, le créateur de la chimie agricole. Pourtant il faut ajouter qne les encouragements et les sacrifices en argent de la part de l'État pendant cette période furent généralement faits en faveur de l'industrie et de l'exploitation des mines. L'agriculture, au contraire, ne fut alors jamais considérée comme très lucrative. Et du reste les améliorations ne furent guère adoptées que par les cgens de condition» et non point par les paysans, car ceux-ci n'avaient ni le temps ni les moyens d'en tirer profit. Du reste, le système de la distribution du sol qui dominait alors dans notre pays, rendait impossible tout progrès important.

Mais, avec l'introduction des partages du sol (skiftesverket), l'agricultnre de la Suède est entrée dans une nouvelle phase de développement. On a commencé au milieu du 18™* siècle, mais ce n'est que dans le 19™** que ce système a été entièrement réalisé. L'ancienne répartition de la terre n'était pas mauvaise en ce sens que la terre appartenait à un trop petit nombre de propriétaires; au contraire, nous pouvons noter comme une chose caractéristique pour la Suède que la plus grande partie du pays a toujours été possédée par de petits cultivateurs. De remarquables exceptions à cette règle ne se rencontrent que

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dans certaines régions, et surtout en Scanie, province qui longtemps a dépaodn du Danemark. Mais le désavantage était dans la situation de chaque propriété, car les lots séparés étaient petits et nombreux. P. e. on pourrait indiquer des cis où il y avait dans un seul village 5,600 petits lots distribués entre 20 propriétaires seulement Le territoire cultivé de chaque village était divisé en plusieurs clos (g&rden), desquels chacun des propriétaires, habitant le village, avait sa paît ou son «lopin» (teg), comme on disait. Ces lopins formaient de longues et étroites bandes de terre, souvent si étroites qu'on ne pouvait pas y tourner avec une voiture sans entrer dans le domaine de son voisin, et il s'ensuivit naturellement que la culture se faisait avec beaucoup de difficultés. Les lopins ne pouvant pas être séparés par des clôtures, tous les paysans du village étaient forcés de semer, de moissonner et d'envoyer le bétail au pâturage simultanément. I^es droits et les devoirs mutuels des voisins devaient être réglés à l'aide d'un grand nombre de lois détaillées qui causaient naturellement de nombreuses difficultés et disputes, et rendaient vains les efforts des propriétaires particuliers pour améliorer la calture de leurs terres.

Pour faire cesser cet état de choses ont été promulguées en 1749, en 1757 et en 1762 des lois sur le partage par grandes portions (storskifte), système par lequel le chiffre des lots devait être réduit à quatre portions consistant en terre arable, quatre en prés et une en terrain boisé, soit neuf portions, au maximum, pour chaque ferme. Il en résultait que, pour chaque propriétaire, la terre qui devait lui appartenir, pouvait être tout à fait détachée de celles des antres propriétaires du village et ne faire qu'un lot. Mais ordinairement le partage par grandes portions n'excluait point tout à fait le morcellement en lopins et les désavantage de ce système. L'un des principaux de ces inconvénients consistait dans l'impossibilité pour le propriétaire d'abandonner le système d'assolements biennal et triennal, qui était passé en usage.

Vers 1780, le propriétaire Maclean à Svaneholm en Scanie avait fait partager ses biens, d'une étendue de 3,400 hectares, de manière que 73 métairies et € fermes y attenantes fussent séparées de la ferme principale. En même temps, il y introduisit le système de rotation. Bientôt les effets de ce procédé se manifestèrent d'une manière si convaincante que le partage unique (enskifte), ce qoi veut dire le droit du particulier de faire détacher, en un lot, si possible, sa terre des autres propriétaires du village, fut reconnu par les ordonnances de 1803, de 1804, de 1807 et de 1812. Mais à partir de 1827, on ne s'arrêta pins dans cette voie, mais on alla jusqu'au bout par l'introduction du partage Ûgci (laga skifte). Aussitôt qu'un seul propriétaire demandait qu'on fît un partage de terre, tous les autres étaient forcés de s'y soumettre, soit que la propriété eftt subi le partage en grandes portions ou non. Toute la terre arable (champs et prés) d'un propriétaire devait aussi être mise ensemble autant que cela éttit possible, même s'il fallait que quelques villageois fussent forcés de déplacer lean demeures. Puis le sol fut classé selon le degré de sa fertilité, de façon que cM qui recevait une terre moins fertile en obtînt d'autant plus.

Ces règlements suscitèrent, en maint endroit, un fort mécontenterait Le gouvernement se vit même forcé d'abroger la loi sur le partage légal pour ce qni concerne le Gotland. Par cet incident, l'introduction de ce système fut remise dans cette île jusqu'en 1870, tandis que, dans les autres parties du royaume, les partages en général commencèrent vers 1830 ou 1840. Actuellement cette grande œuvre est achevée sur 70 % des terres suédoises et reste à faire sur les 5 9^ Quant aux autres 25 %, aucun partage n'a été jugé nécessaire.

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