Partie de Stockholm, en hiver
Photo. Fb. 6. ELBMMnro, Stockholm.
Les forêts se composent de pins (Pinus silvestris L.) et de sapins communs (Picea excelsa Link), souvent fortement mélangés de bouleaux odorants (Betula odorata Bechst.) dans les parties avoisinant la région du bonleau, ainsi que sur d'autres points ravagés par des incendies plus ou moins récents. A côté des forêts de conifères de différents types, les marais tourbeux, et en dessous de la limite marine ^ les >associations de rocher» déterminent le caractère du paysage.
A l'exception des bassins des fleuves de Torneâ, Luleâ, Piteâ et Skellefteâ, ainsi que de quelques autres localités, le sapin commun constitue la limite des conifères, et s'étend, sous la forme d'une zone étroite, le long de la région du bouleau. Dans les parties occidentales de la Laponie méridionale et du Jemtland, cette zone s'élargit en une
C.-à-d. les contrées aatrefois submergées par la mer glaciale.
région de sapins large de plusieurs myriamètres. On rencontre en outre fréquemment de grandes bandes de sapins le long de la ligne de faîte entre les grandes eaux mentionnées. Elles sont caractérisées par Taltemance de marais tourbeux et de forêts de sapins, soit moussues soit paludifiées. Le long des grands cours d'eau se présentent ordinairement des districts de pins, dans les dépressions ou le long des petits cours d'eau desquels on rencontre toutefois partiellement le sapin. Tandis que l'intérieur du pays offre des forêts de pins ou de sapins pures, les forêts de ces essences mêlées caractérisent la région côtière, et l'importance en augmente vers le sud. Un trait caractéristique du pays en dessous de la limite marine est l'alternance des forêts de conifères, des marais tourbeux et des associations de rocher.
Les régions cultivées n'ont dans la règle leur principale extension que le long des grands cours d'eau au-dessous de la limite marine.
Les forêts de conifères proviennent en général de brûlées. Le bouleau s'y présente le plus souvent le premier, mais il est toujours tôt ou tard remplacé par les conifères. De cette façon se forment ordinairement en premier lieu des forêts de pins pures aux tapis de licbens de renne (Cladonia rangiferina L.) avec de petites tacbes de mousses. Ces forêts s'appellent des brut/ères de pins (tallhedar). Les taches de mousses de celles-ci s'étendent successivement, et finissent par former un tapis compact donnant naissance à des forêts de pins moussues. Le sapin trouve une excellente coucbe germinative dans la mousse. Il forme promptement des sous-bois dans les forêts de pin, joue bientôt un rôle tout aussi grand que ce conifère {forêts mélangées), et finit par l'expulser totalement (forêts
Chutes de Tànnforsen (Jemtland), en été.
VÉGÉTATION
de sapins moussues), La couverture du sol se modifie simultanément. A la mousse, qui 8e composait originairement d*Hylocomium parietinum L., avec taches sporadiques de Dicranum, vient se mêler le type Hylocomium proliferum L., qui finit par dominer. Dans les bruyères de pins, Tairelle rouge joue le rôle principal dans les parties septentrionales et la bruyère commune (Calluna yulgaris Salisb.) dans les parties méridionales de cette région. A ces deux types se mêlent les airelles myrtilles (Myrtillus nigra Gil.), les camarines à fruits noirs (Empetrum nigrum L.), les busseroles ou raisins d'ours (Arctostapbylus uva ursi Spreng.), la canche flexueuse (Aira flexuosa L.), la trientale européenne (Trientalis europsea L.) etc. Dans les forêts de pins moussues, la bruyère et la busserole disparaissent successivement, tandis que les autres types, comme les airelles rouges et surtout 1^ airelles myrtilles, s'y maintiennent et finissent en partie par y jouer le rôle principal. Plus tard surviennent encore d'autres types: dans les forêts moussues de pins, la linnée boréale, la luzule à larges feuilles (Luzula pilosa Willd.), la smilacine à deux feuilles (Majantbemum bifolium Scbmidt), le mélampyre des forêts et celui des prés (Melampjrum sylvaticum L. et pratense L.), et dans les forêts de sapins, le polystic à petites pointes (Polysticbum spinulosum L.) et le polypode cilié (Polypodium Phegopteris L.) etc. ^
Les forêts paludijiées sont de nature variable, et proviennent des types précédents. Ici, des plantes ^paludifiantes», c.-à-d. conservant l'humidité, ont plus ou moins remplacé le tapis végétal qui recouvrait précédemment le sol. H suffira de signaler parmi ces plantes le poïytric commun (Polytrichum commune L.), des variétés de sphaignes, le carex globulaire (Carex globularis L.), le prêle des bois (Equisetum silvaticum L.) et la plupart des végétaux qui caractérisent les marais bois^, comme le lédon des marais (Ledum palustre L.), l'airelle fangeuse (Myrtillus oliginosa Drej.) et la linaigrette engaînée (Ëriophorum vaginatum L.).
Chutes de Tdnnforsen, en hiver.
On peut citer comme types particuliers de forêts, bien que d'une faible extension, les forêts de sapins très clair-semées, avec un tapis de verdure formé de cancbe flexueuse (Aira ilexuosa L.)* et les forêts de sapins ricbes en plantes herbacées. Les autres essences répandues sur toute la région des .conifères, comme le tremble (Populus tremula), le sorbier des oiseaux (Sorbus aucuparia), le merisier à grappes (Prunus padus L.) et Taune blanc (Alnus incana Willd.), ne jouent qu'un rôle secondaire, de même que, dans les parties méridionales de la région, le tilleul (Tilia europaea L.), Terme des montagnes (Ulmus montana Witb.), Térable platanoïde (Acer platanoides L.) et le coudrier (Corylus Avellana L.). Dans les régions côtières se montre en outre le bouleau verruqueux (Betula verrucosa £hrb.) et dans la partie méridionale du pays l'aune glutineux (Alnus glutinosa Gœrtn.).
Les rives des fleuves sont fréquemment couvertes de broussailles de saules, caractérisés par les espèces Salix glauca L., S. lapponum L., S. pbylicifolia Sm. et S. njgricans Sm. Les deux premières habitent surtout les régions élevées, et diminuent graduellement vers les côtes jusqu'au moment où elles disparaissent pour céder la place aux deux dernières.
Les marais tourbeux offrent par endroits une très grande extension. Dans les parties intérieures et septentrionales, ils sont plus uniformes, ont une couche de mousses blanches assez faiblement développée, et sont caractérisés surtout par des variétés de carex et de linaigrette, de jonc gazonnant (Scirpus cœspitosus) et de molinie bleue (Molinia cserulea Mœnch.), ainsi que par les ronces de marais (Kubus Ghamœmorus L.), tandis que le bouleau nain et l'airelle fangeuse etc. sont moins fréquents. Plus au sud, les marais sont plus variés et le tapis de mousses blanches plus puissant. Ce sont des hauts marais typiques, auxquels le bouleau nain ou la bruyère avec la linaigrette et la ronce de marais impriment leur cachet spécial, et qui souvent sont bordés d'une étroite ceinture de Carex.
Les \&C9 possèdent un grand nombre d'espèces, mais la bordure de hautes herbes manque, ou bien elle est faiblement développée.
Les TtassociationH de rochers se présentent partout où la roche affleure, c.-à-d. principalement en dessous de la limite marine. Elles se distinguent dans les forêts de conifères par leur tapis de lichens de renne parsemé çà et là de croûtes de lichens alternant avec des taches de bruyère, tandis que dans les endroits plus ouverts le lichen de renne est remplacé par des mousses et la bruyère par un tapis de gazon.
La région dn chêne s'étend entre celle des conifères et la limite de l'extension continue du hêtre, qui suit à peu près une ligne tirée du Bchuslân central à VernanËs (Smâland).
Cette région comprend les districts forestiers dont de petites parties seulement sont livrées à la culture, de même que de vastes districts de plaines en grande partie cultivées (les plaines siluriennes ou celles en dessous de la limite marine). Dans les premiers, les forêts de conifères alternent avec les marais tourbeux, et en dessous de la limite marine, avec les associations de rocher, comme dans la région précédente. Dans les seconds, les marais tourbeux sont souvent remplacés par des marais lacustres; c'est ici que les associations de plantes distinguant plus particulièrement la région du chêne, les forêts de cet arbre, les prairies boisées et les forêts de conifères riches en espèces herbacées ont leur principale extension.
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, Le cachet original de la végétation ayant été modifié en grande partie par la culture, la région du chêne se distingue actuellement moins par des caractères spéciaux que par la présence commune de grandes quantités de tjrpes qui manquent complètement, ou bien ne se rencontrent que rarement dans la région des conifères, tels que le frêne, l'érable platanoïde, l'orme, le tilleul, l'alisier suédois, le coudrier, le prunellier, le camérisier des haies (Lonicera xylosteum L.), le nerprun purgatif (Rhamnus cathartica L.) etc.
Les forêts de conifères sont généralement des forêts de pin et de sapin mélangées, avec la même végétation caractéristique que celle décrite pour la région précédente, à cette différence près que de nouvelles espèces végétales sont survenues. De fortes coupes ont néanmoins fréquemment transformé les forêts de conifères en pâturages avec peuplements clair-semés de conifères et de bouleaux, et se distinguant par un nombre un peu plus grand de plantes herbacées que dans les forêts normales de conifères. Les forêts de chêne sont caractérisées par leurs peuplements de chêne pédoncule (Quercus pedunculata Ehrh.) mélangés de frêne commun (Fraxinus excelsior L.) et d'orme des montagnes (Ulmus montana L.) etc., et par leurs sous-bois de coudriers (Coryllus avellana L.), d'aubépines (Cratsegus oxyacantha L.), de diverses variétés de roses sauvages, de prunelliers (Prunus spinosa L.), accompagnés d'une abondante quantité de plantes herbacées. Les prairies boisées se font remarquer par des groupes clair-semés d'une foule d'arbres à feuilles, tels que le chêne, le frêne, l'érable platanoïde, le tilleul à petites feuilles, le tremble, le bouleau, l'alisier suédois (Sorbus suecica L.) et de rares buissons de coudrier, d'aubépine, de prunelliers, de roses sauvages etc., par un riche tapis de graminées et d'autres plantes. Les bois de conifères riches en plantes herbacées se distinguent par l'absence d'airelles rouges, d'airelles myrtilles et de canche. Les marais tourbeux sont analogues à ceux de la partie méridionale de la région des conifères. Les marais lacustres se distinguent par leur épais tapis de cypéracées avec des herbes parsemées, et par l'absence de mousses blanches.
Les lacs sont fréquemment entourés d'une riche ceinture de hautes herbes composée de roseaux à balais (Phragmites communis Trin.), de scirpes des étangs (Scirpus lacustris L.) et de massettes à feuilles étroites (Typha angustifolia L.) etc. A une petite distance du rivage se montre une zone de plantes à feuilles nageantes, formée par des nénuphars blancs et jaunes (Nymphsea, Nuphar) et des potamots nageants (Potamogeton natans L.) etc.-, après quoi viennent les plantes qui ne montrent que leurs fleurs au-dessus de l'eau, on qui sont complètement submergées.
La région da hêtre occupe la partie méridionale du pays avec les îles d'Oland et de Gotland, bien que le hêtre n'y croisse pas spontanément.
La limite sud-ouest de l'extension continue du sapin à l'état spontané, qui, des environs de Gothembourg, traverse le Halland à 5 à 10 km. de la limite est, puis la Scanie septentrionale vers l'extrémité sud du lac Immeln, et se rend de là au Blekinge méridional, divise la région du hêtre en deux parties bien distinctes. A l'exception de bouquets épars de hêtres qui diminuent d'ailleurs vers le nord, la végétation de la région septentrionale porte le même cachet que celle de la région du chêne. Dans la partie méridionale de la région, le paysage reçoit son caractère typique des vastes cultures qui s'y rencontrent, des bois de hêtres, à un certain degré des marais habités par l'aune
La Suède. L 4
gluant, et enfin des grandes bruyères recouvrant les parties occidentales. Vers les côtes, de nombreux champs de sables mouvants donnent au paysage un caractère très particulier.
Un lac dans la forêt {Dalécarlie).
Photo. €rÔKTA FLORHAX,
Stockholm.
Les forêts de hêtre sont en général très épaisses. Le sol est couvert de leurs feuilles, et sauf sur les pierres revêtues de mousse, on ne rencontre que quelques plantes isolées, telles que Tanémone des forêts (Anémone nemorosa), l'oxalis oseille (Oxalis acetosella), le polypode dryopteris, la canche ilexueuse etc. On ne voit qu'exceptionnellement des forêts de hêtre peu denses avec un tapis d'airelles myrtilles. Les bruyères tirent leur origine de forêts de chênes et de hêtres détruites par des incendies ou par des coupes imprudentes, ou aussi de terrains jadis cultivés. Elles se distinguent par leurs épaisses bruyères entremêlées d'airelles rouges, de busseroles, de bruyères quaternées (Erica Tetralix L.), de fétuques (Festuca ovina L.), de canches et, dans la partie sud-ouest, de genêts à fleurs velues (Genista pilosa L.) etc. La couverture du sol varie suivant la phase de développement de la bruyère. D'abord cette couverture ne se compose que de rares espèces de Cladonia et de Polytrichum que remplace plus tard un tapis de lichens de renne et de mousses du genre Hylocomium. On rencontre aussi des bruyères paludifiées couvertes de mousses blanches et de myrte bâtard ou piment royal (Myrica Gale L.). La bruyère se transforme de nouveau, quoique lentement, en forêt. Les champs de sable mouvant ont une zone de dune d'élyme et d'avoine des sables (Elymus arenarius L. et Psamma arenaria R. & S.). En dedans de cette zone, le long des côtes de l'est et du sud, se présentent immédiatement des cultures forestières, tandis que sur les côtes de l'ouest, une zone de lande couverte de lichen de renne, de carex des sables, de bruyère et de busserole sépare les dunes d'avec la forêt.
FAUNB. 51
En comparaison d'antres pays dans les mêmes conditions climatologiqnes, la végétation de la Snède, de même qne celle de toute la péninsule Scandinave et de la Finlande, se distingue principalement par les grandes lignes générales suivantes.
La région alpine est caractérisée par la lande alpine pauvre en espèces; on n'y trouve rien de ce qui rappelle p. ex. les pâturages de la grande chaîne des Alpes suisses avec leur flore exubérante. La présence d'une région de bouleau est remarquable par le fait que dans d'autres pays la limite des forêts est en général formée par les conifères. Les forêts de conifères ne sont formées chez nous que par le pin et le sapin commun, tandis que celles d'autres pays possèdent en outre des espèces de mélèze (Larix), de sapin argenté ou avet (Abies) et le cembro (Pinus Cembra L.). L'alternance régulière de forêts de conifères, de marais tourbeux et d'associations de rocher qui caractérise de grandes parties de la Suède, n'a que rarement son analogie dans d'autres contrées, et forme avec l'abondance des associations d'eau douce le trait le plus saillant de notre végétation.
Ces particularités sont en corrélation étroite avec le sol et l'histoire de l'évolution de la végétation. Les montagnes sont composées de roches généralement pauvres en .calcaire, et la plus grande partie du pays au pied et en dessous de la chaîne alpine forme une région de roches primitives très accidentée. La flore y a immigré après l'époque glaciaire. Durant cette immigration, un certain nombre d'espèces, comme p. ex- le sapin, n'ont pas encore eu le temps d'atteindre la limite climatologique de cet arbre, et d'autres, telles que les conifères mentionnés ci-dessus, n'ont pas pénétré jusqu'ici spontanément dans nos régions.