ESPRIT DU PEUPLE
tère saédois. Le rôle que notre peuple a joué dans l'histoire* vis-à-vis des antres peuples en porte un témoignage irrécusable.
L'histoire a pea d'exemples à citer, si même elle 'en a aucun, pareil à celui de la Suède faisant de la Finlande conquise une nation sœur, une égale, lui communiquant toute sa culture, et se chargeant littéralement de son éducation, de même que, dans la yie privée, l'aîné fait l'éducation d'un frère plus jeune. Ce fait est à peu près exceptionnel dans l'histoire des relations entre les peuples. Partout où les Suédois ont jadis étendu leur pouvoir : dans les provinces baltiques, eu Poméranie et ailleurs, on garde encore le souvenir d'un régime de droiture et d'humanité, qui jamais pour son propre avantage n'a essayé d'opprtmer, mais bien au contraire de développer et d'élever autant que possible. Un petit exemple caractéristique à cet égard nous est fourni par l'unique colonie que les Suédois ont fondée sur un continent étranger, la >Nouvelle Suède», établie vers le milieu du 17™' siècle dans la Pensylvanie actuelle. Seuls de tous les peuples européens, les Suédois vivaient dans une parfaite concorde avec les aborigènes, et dans tous leurs rapports avec ceux-ci, ils se laissaient guider par les principes de l'humanité et de la justice. Aussi les habitants de la Nouvelle Suède étaient-ils toujours uniquement nommés >nos frères blancs» par les Indiens.
Même dans sa patrie, le Suédois aime à pratiquer ce noble amour de la droiture et de l'équité, qui est l'un des fondements les plus solides de la société, et qui bien des fois sert de correctif à un ordre social imparfait en lui-même. Sans la connaissance de ce fait, il arrive souvent qu'on juge plus désavantageusement qu'il ne le mérite, l'état social de la Suède dans les temps anciens comme dans les temps modernes. La répugnance marquée du Suédois pour l'affirmation brutale du droit est une preuve de cette même humanité. Nulle autre part qu'en Suède on ne rencontre d'aussi faibles sympathies pour la revendication unilatérale d'un droit juridique au détriment de l'équité.
Un autre trait caractéristique du peuple suédois est une faculté ér organisation très développée, ce qui explique assurément en grande partie la stabilité dont notre système social a fait preuve pendant des siècles. Une qualité connexe est la faculté rare de savoir se subordonner sans rien abandonner de sa dignité personnelle, et le pouvoir tout aussi prononcé de commander sans morgue et sans arrogance. On voit bien des fois de nos jours, dans les pays lointains, de jeunes ingénieurs suédois, en qualité de chefs de travail, commander des centaines même des milliers d'ouvriers, avec le calme, la vigueur et la justice qui font de l'obéissance une chose toute naturelle, et non un joug, ce qui amène à la fois les meilleurs rapports entre le chef et le subordonné, aussi bien que les meilleurs résultats du travail.
Il est bien connu que le Suédois apprécie fort les manières courtoises et affables et qu'il est on ne peut plus hospitalier. Dans les occasions solenneUes, le Suédois aime l'éclat et la pompe, et sacrifie parfois un peu trop à la rhétorique. Il est impossible de lui nier un certain penchant pour l'attitude théâtrale, mais cette disposition, il faut le dire, est toute superficielle et ne se fait sentir que dans les occasions de peu d'importance. Notre histoire démontre suffisamment qu'a l'heure du danger le Suédois a toujours su accomplir son devoir simplement et sans ostentation et que, de tout temps, il a fait" preuve d'une noble abn égation et d'un dévouement héroïque.
Le trait le plus saillant du caractère suédois et celui qui en donne, pour ainsi dire la clef, c'est son grand amour de la nature. C'est ce sentiment qui a créé' nos grands naturalistes, nos inventeurs et nos explorateurs; c'est aussi à cet amour que nous devons nos charmantes mélodies populaires et le chant suédois, et c'est encore lui qui a donné à l'imagination du Suédois son cachet particulier.
L'amour que porte le Suédois pour la nature provient de ce que son pays est tout particulièrement propre à lui inspirer ce sentiment. En général, la nature suédoise n'est pas d'une majesté imposante (mais non plus ni rude ni accablante) comme celle de la- Norvège; elle n'amollit pas comme fait souvent celle des pays plus riches, elle n'est pas morne et désolée comme celle de la steppe; c'est une union toute particulière de fraîcheur et de beauté idyllique, attrayante dans le vrai sens du mot. Le sentiment de ces charmes est le même chez les riches comme chez les humbles, quoique se manifestant d'une manière différente. Or, cet amour de la nature, se révélant parfois dans une certaine rudesse et une fougue indomptable, explique d'ailleurs suffisamment la santé robuste -et la force indestructible, — tant de fois mises à l'épreuve, — de la nation suédoise; c'est encore lui qui contrebalance l'insouciance et la légèreté, avec lesquelles le Suédois aime souvent à gaspiller ses forces tant physiques qu'intellectuelles. En effet, cette insouciance est la plus grande faiblesse de notre peuple. On ne saurait nier, d'un autre côté, que l'histoire ne trahisse souvent la présence d'une plus grande force vitale chez des peuples ayant un caractère pareil que chez les nations qui se consument dans leurs efforts exclusifs d'acquérir et de conserver.
Comme on l'a signalé plus d'une fois dans le cours de cet ouvrage, le royaume de Suède est le plus ancien de l'Europe, et aussi loin que remonte le témoignage de l'histoire, il n'a jamais porté le joug d'un peuple étranger, de même que, par suite de sa situation loin de l'Europe <îentrale, il lui a été permis dans son travail de développement social de se maintenir à un degré rare indépendant d'éléments étrangers. La Suède n'a connu ni le féodalisme héréditaire ni le servage des basses classes; dans sa législation elle n'a que peu ressenti l'influence du droit romain; moins profondément que tout autre peuple elle a subi le joug de l'Eglise romaine; et enfin, ce n'est qu'à de courtes périodes qu'elle a fait connaissance avec la monarchie absolue. Si l'on ajoute à tout cela que notre peuple a maintenu son origine arienne plus pure que peut-être aucun autre peuple, on devrait s'attendre à trouver en Suède une culture éminemment originale^ côte à côte cependant avec la stagnation qu'un pareil développement isolé amène souvent.
Une connaissance plus intime de notre peuple modifie promptement cette manière de voir. L'originalité de notre système social est indiscutable, mais elle n'est cependant pas si saillante qu'on serait tenté de le croire, ou bien elle se cache beaucoup plus qu'elle ne s'affirme. Par contre, la stagnation redoutée ne se fait sentir nulle part, sauf peut-être dans un certain conservatisme social que la Suède possède en commun avec l'Angleterre.
Le fait que l'isolement n'a pas porté tous les fruits ni en bien ni en mal auxquels on pouvait s'attendre, s'explique sans nul doute par