CLASSES SOCIALES
Vintérét inné chejs les Suédois pour tout ce qui est étranger, lequel est en intime connexion avec la force imaginative du caractère suédois. Cet intérêt, qui dans tous les temps a rendu le Suédois disposé à. surfaire la valeur de tout ce qui vient de rétranger, et à déprécier ce qu'il possède lui même, a souvent été fatal à notre peuple, en entravant le développement complet de son individualité. Néanmoins on ne saurait douter que c'est le vif intérêt pour tout ce qui est humain, qui a sauvegardé notre peuple de la pétrification intellectuelle, et qui a éloigné les dangers qu'un isolement prononcé aurait pu amener.
Par cette raison, le peuple suédois offre l'image d'un homme qui n'aurait pas encore atteint le plein développement de ses plus grandes aptitudes, mais qui cependant aurait conservé la santé corporelle et spirituelle qui comporte le gage le plus sûr d'un long et heureux avenir.
Classes sociales.
L'histoire sociale de la Suède offre un intérêt considérable par son développement sur une base germanique pure, indépendante de la culture romaine et des principes du droit romain qui ont exercé une si puissante influence sur le continent de l'Europe.
La plus ancieime société suédoise ne coimaissait pas d'autre distinction légale que celle entre les hommes libres et les serfs. Elle n'en possédait pas moins des familles riches et puissantes, jouissant d une influence héréditaire et constituant par conséquent un noyau d'où sortit la classe de la noblesse. L'introduction du christianisme donna lieu à la formation d'une seconde aristocratie, celle du dergé catholique, avec ses prétentions à une situation légale particulière. Le treizième siècle fut celui de la cristallisation des conditions sociales du pays. L'antique servage fut aboli, quoiqu'il ne disparût complètement qu'au commencement du siècle suivant. D'un autre côté, les nouveaux états ou ordres du pays furent reconnus par la loi. L'organisation de VÉgliae catholique ayant été complétée par le.synpde de Skeninge en 1248, ses fonctionnaires et ses serviteurs formèrent ensuite une classe richement privilégiée. Environ 40 ans plus tard, on voit apparaître une aristocratie laïque légalement reconnue, en ce que tous ceux qui s'obligèrent à faire à leurs frais le service militaire à cheval, furent déclarés exonérés de tous les impôts ordinaires. L'entrée dans cette noblesse était par conséquent ouverte à chacun, et ce corps constituait ainsi, à proprement parler, plutôt une aristocratie de richesse qu'une aristocratie de naissance. Les conditions spéciales de ces temps faisaient toutefois que la naissance et la richesse coïncidaient d'ordinaire, et en thèse générale on peut considérer la noblesse héréditaire comme établie. Les miles commencèrent presque simultanément à se séparer des campagnes comme sociétés particulières avec leurs lois spéciales.
Pendant les temps si troublés et souvent anarchiques du 14"« siècle, l'aristocratie accapara à peu près la totalité du pouvoir social, et tenta l'application des principes féodaux de l'époque. Les paysans suédois s'en affranchirent par leur levée d'armes sous Engelbrekt (1434) contre Éric XIII. Le vigoureux mouvement national qui suivit pendant les longues guerres de l'Union contre le Danemark, donna aux paysans suédois une importance dont l'histoire de l'époque n'ofire rien d'analogue, pas même en Suisse, où les paysans surent défendre aussi leur liberté, mais n'exercèrent aucune influence sur les affaires de l'Empire.
126 n. LE PEUPLB SUÉDOIS.
En Suède, au contraire, pendant tV époque de la grandeur des paysans^ (1434/1543), les populations des campagnes unies à la partie de la noblesse restée nationale furent en réalité la classe dominante du royaume. Quand, à cette époque, la Diète suédoise (Riksdag) commença à revêtir des formes plus stables, la participation des paysans à la représentation nationale était naturellement donnée.
La puissance indisciplinée des paysans fut brisée enfin par Gustave Vasa, mais la situation légale et sociale en était cependant à jamais assurée. La réforme religieuse effectuée par ce roi et la sécularisation des biens ecclésiastiques renveraèrent V ariatoaratie reliaieuae. Le clergé protestant obtint plusieurs privil^es, il est vrai, et devint lun des quatre ordres du Riksdag. Son pouvoir et sa richesse n'étaient cependant plus les mêmes que ceux de ses prédécesseurs catholiques, et pendant les siècles suivants, le clergé se mit toujours du côté des classes populaires dans leurs luttes contre la noblesse.
Ce dernier ordre finit par devenir expressément déclaré héréditaire en I6269 et acquit, pendant les luttes dynastiques de la famille des Vasa, une influence croissante à laquelle les grandes et glorieuses guerres de la Suède au 17™* siècle donnèrent son plein développement. ^V époque de la grandeur de la noblesse* était maintenant venue, non moins remarquable en son genre que celle des paysans dans les siècles antérieurs. Il suffira de mentionner les noms célèbres d'Axel Oxenstierna, du grand homme d'État Johan Gyllenstiema et du régénérateur de la Finlande, Per Brahe. En général, presque tout ce que la Suède possédait alors de grand et de brillant appartenait à la noblesse, circonstance qui trouve son explication naturelle dans le nombre prodigieux des anoblissements, n est cependant juste de reconnaître, comme appréciation générale, que la noblesse d'autres pays possède à peine une histoire aussi belle que celle de la noblesse suédoise, si riche en mérites réels et relativement si pauvre en empiétements sur les autres classes sociales.
Cette dernière circonstance n'empêcha cependant pas la position de la noblesse de devenir excessivement gênante pour les autres ordres, vu spécialement la continuation de sa franchise de la plupart des impôts ordinaires qui pesaient d'autant plus sur les autres habitants du pays. Le péril était surtout imminent pour les populations agricoles qui, comme trois siècles auparavant, étaient menacées de ruine sociale et économique. Cette fois-ci, le secours vint du pouvoir royal et du Riksdag (dans lequel la noblesse resta en minorité contre le clergé, la bourgeoisie et les paysans). Après trente ans de lutte (1660/82), Charles XI réussit à faire passer la résolution du retrait à la couronne^ c-àrd. à l'État, de la foule de terres et revenus du domaine que la reine Christine surtout avait données, vendus ou affermées à la noblesse. Cette c réduction» fut exécutée par le roi dans une si grande extension, qu'elle fait époque dans l'histoire de la propriété du sol suédois. La majeure partie des terres qui avaient fait retour au domaine, passèrent par achat aux paysans propriétaires, et cette classe obtint de la sorte une situation économique dont les effets se font encore vigoureusement sentir dans la vie politique de la Suède. Quant à la noblesse, dans le sein de laquelle, à l'époque de sa grandeur, il s'était produit une différence considérable entre la haute et la petite noblesse, cet ordre resta, après la «grande réduction», comme une classe nombreuse, mais relativement pauvre, forcée en grande partie de chercher pour vivre des emplois au service de l'État.
La grande réduction de Charles XI ne mit pas fin aux luttes des ordres en Suède. Elles se ravivèrent au 18°*® siècle, dans lequel ces luttes portèrent sur les privilèges de la noblesse, principalement sur son droit exclusif aux hautes charges de l'État et sur sa possession de la terre privilégiée. Il est à remarquer que l'ancienne franchise de certains impôts avait maintenant passé à la terre comme telle. H se fit de nouveau une réforme sociale, cette fois-ci gr&ce à Gustave m (1789), qui, au prix de la suppression d'une partie des privilèges