LA STATISTIQUE OFFICIELLE
Le Bureau central snédoîs est le plus ancien service de ce genre qui ait été créé dans le monde entier: en effet, ce même burean, sons le titre de Commission statistique des taheïles (Statistiska Tabellkommissionen), peut faire remonter son origine jusqu'à 1756; il est vrai que ladite commission n'avait à s'occuper que de la statistique de la population. Elle prit son titre actuel en Tannée 1858, après quoi son champ d'axîtion s'est beaucoup élai^gi, comme on l'a vu plus haut. L'organisation actuelle date de 1879. Le chef du Bureau, qui porte le titre de directeur en chef, est seul à prendre les décisions. Le travail est distribué entre trois sections, ayant chacune pour chef un premier actuaire; il y a en outre un bibliothécaire et un archiviste. Le budget total affecté à ce service (sans parler des locaux) s'élève actuellement à environ 80,000 couronnes par an.
Maison du Bureau central de statistique. Photo. K. Si-
Ancien palais d*Axel Oxenstierna.
1>KNBLAIIH j:r.
Le Bureau central continue à pub}icr la statistique démographique suédoise, si bien connue et si hautement appréciée dans l'histoire de cette science. Déjà la loi ecclésiastisque de 1686 enjoignait au clergé de tenir des registres réguliers des habitants, en même temps que des listes des mariages, des naissances et des décès; lorsque, après des essais préparatoires, qui remontent jusqu'à 1721, on commença, en 1749, à traiter méthodiquement la statistique, on pouvait de cette %on compter sur des traditions vieilles de soixante ans déjà. Ainsi s'explique c« fait, en apparence incompréhensible, à savoir que la statistique suédoise »naquit adulte». Aujourd'hui encore, les renseignements fournis par le clergé constituent presque la source unique de la démographie. Quant à la mise en œuvre, elle a reçu à partir de 1860 une modification importante, consistant en ce que désormais les renseigrements de preiiière main venant des paroisses ne sont plus four-
180 m. LA CONSTITUTION ET L'ADMINISTRATION DB LA SUÈDE.
njs BOUS la forme de tableaux tout prêts, mais sous la forme de liâtes nominales, dont la centralisation et la mise en œuvre appartiennent au Bureau central.
En Suède, — et dans la Finlande, qui est pour la Suède une nation-fille, — les recensements eux aussi sont toujours fondés sur les listes fournies par les pasteurs, alors que dans les autres pays ce service est confié à des recenseurs spéciaux qui, au jour du recensement, se répandent par tout le pays. La méthode suédoise paraît en général bien extraordinaire aux savants étrangers, et sa valeur a été souvent mise en doute par des personnes qui n'ont pas eu roccasion d'apprécier la sûreté et la régularité* remarquables de l'administration suédoise. C'est ce qui est arrivé par exemple au célèbre statisticien allemand G. von Mayr dans son grand ouvrage cStatistik und Gesellscbaftslehre», qui restera sans doute pendant longtemps un livre capital pour la science qu'il traite. Puisqu'il en est ainsi, il est à propos, dans un manuel statistique sur la Suède, de répondre à cette critique, en peu de mots.
Voici le raisonnement qui motive l'opinion de M. von Mayr sur l'insuffisance de la méthode suédoise: c'est que, avec ce système de listes courantes, les additions, — par le fait des naissances et des immigrations, — se sont toujours montrées plus faciles à enregistrer complètement que les radiations, — par le fait des décès ou des émigrations: d'où il suit que les chiffres de population ainsi obtenus doivent être trop élevés. A l'appui de sa théorie, M. von Mayr cite les chiffres relatifs à la population de la Suède dans l'âge de la vieillesse, qu'il trouve invraisemblables en eux-mêmes, et prouvant que dans les registres subsistent un grand nombre de vieillards qui depuis longtemps sont morts ou passés à l'étranger. Qu'il en soit ainsi, cela est encore prouvé, d'après M. von Mayr, par la statistique suédoise de la mortalité qui donne pour les âges en question des chiffres extraordinairement favorables, — uniquement pour cette raison que, d'après son avis, la population de ces âges est donnée trop forte.
La faiblesse de cette critique saute aux yeux d'un Suédois compétent. Sans doute les radiations sont moins faciles à surveiller que les additions, surtout depuis le commencement du mouvement de l'émigration; mais c'est là un fait qui n'a pas échappé aux représentants de la statistique suédoise; au contraire, voilà déjà plus de trente ans qu'on a cherché à remédier à ce défaut en prescrivant de rayer des listes les ^introuvables», autrement dit ceux qui ont disparu de leurs pays d'origine, et cette prescription a été si efficace que la nouvelle loi de 1894 a même dû se préoccuper d'en modérer les effets. Nous croyons que tous les statisticiens suédois sont d'accord pour reconnaître que nos recensements donnent plutôt des chiffres trop faibles que des chiffres trop élevés.
Si la catégorie des personnes âgées est pour le moment si abondamment représentée dans notre population, c'est là un fait que nous avons déjà expliqué tout au long (p. 100). Les chiffres suédois ne sont pas inadmissibles en soi: des chiffres encore plus élevés ont été fournis, pour les âges en question, par la Norvège, pays qui pourtant recense sa population d'après le système qui, selon M. von Mayr, est le seul bon. Et la même objection pourrait s'appliquer aux idées de M. von Mayr sur la mortalité suédoise, dont il trouve les chiffres ridiculement faibles pour les âges avancés. La mortalité en Suède est, dans son ensemble, un peu plus faible qu'en Norvège, mais c'est précisément le contraire dans les âges dont nous parlons. S'il en est ainsi, on ne peut plus prétendre que les chiffres de la mortalité suédoise soient insoutenables en soi.
Parlons enfin du grand abaissement de la mortalité en Suède dans les groupes des personnes âgées, abaissement qui paraît également invraisemblable à M. von Mayr. Mais d'abord il n'est pas si extraordinaire que ce savant veut bien le dire (cf. tabl. 20 et 21). Ajoutons à cela qu'un abaissement important dans les susdits chiffres avait été depuis longtemps entrevu, nous dirions même prédit. La raison en est que les âges en question commencent maintenant à être atteints
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par la génération qui la première a été appelée dès Tenfance à participer aux bienfaits de la vaccination. Dès lors, cette génération a contenu en elle une plus grande force vitale d'âge en âge, si on la compare aux générations précédentes, et nous assistons maintenant au même phénomène dans les âges qui se rapprochent des limites naturelles de la vie humaine.
Pour montrer combien nos statisticiens sont persuadés de la supériorité de notre système, étant données les conditions particulières à la Suède, nous pourrions citer le fait suivant Dans le dernier recensement on a renoncé, pour la ville de Gothembourg, à la méthode en usage dans toute l'Europe, méthode q(!i'une législation spéciale pour cette ville avait imposée autrefois au Bureau statistique: une enquête faite à ce sujet avait clairement démontré que la méthode suédoise donnerait de meilleurs résultats. Pour les mêmes raisons que Gothembourg, la ville de Stockholm est encore obligée de compter sa population à peu près comme dans les autres pays en dehors de la Suède; mais ici encore, on vient de proposer une modification qui permettra d'introduire la méthode suédoise dans le seul endroit de notre pays où elle ne soit pas encore en vigueur.
Nous venons d'essayer, dans les lignes précédentes, de défendre notre système de recensement en nous plaçant au point de vue de la valeur des totaux généraux. Du reste, quant à l'authenticité des données fournies, surtout en ce qui concerne l'âge et l'état civil, tout le monde reconnaît qu'elle est plus solidement assurée en Suède que partout ailleurs, et cela est tout naturel, puisque chez nous ces données sont tirées de documents officiels, tandis que dans les autres pays elles sont fournies par les habitants eux-mêmes. Sur un point seulement, nos matériaux sont de qualité inférieure, c'est-à-dire en ce qui concerne la désignation des professions. Cependant, même dans les autres pays se répand de plus en plus cette idée que la question des professions ne peut pas être résolue d'une façon satisfaisante dans les recensements généraux, mais qu'on doit recourir pour ce but à des recensements spéciaux.
C'est là naturellement une question d'argent. Pour ce qui est des frais occasionnés par les recensements généraux, la méthode suédoise est absolument incomparable, puisque chez nous tous les matériaux nécessaires sont fournis gratuitement par le clergé.
Disons enfin que les recensements de la population suédoise ont eu lieu, tous les trois ans, de 1751 à 1775, puis tous les cinq ans jusqu'en 1860, et à la fin tous les dix ans (en 1870, en 1880 et en 1890), toujours à la date du 31 décembre. En outre, depuis 1860, le clergé fournit tous les ans un état du chiffre de la population, opération qui est rendue possible par l'existence des registres courants; ce système a donné de si bons résultats, que, en ce qui concerne les droits politiques, qui sont fondés chez nous sur le chiffre de la population, ces statistiques annuelles ont été considérées d'emblée comme faisant foi.
Quant aux autres branches de la statistique suédoise, nous fournissons làdessus quelques renseignements rapides en traitant des diverses matières faisant l'objet de cette statistique.
Cartes officielles.
A) Cartes gëodésiques. La cartographie géodésique, géographique, hydrographique et militaire de la Suède appartenait jadis exclusivement au corps des arpenteurs géomètres, dont le premier chef reçut ses instructions en 1628. L'activité des arpenteurs géomètres s'est toutefois successivement réduite à la cartographie géodésique, tandis que les autres branches ont été confiées à des institutions spéciales.
L'activité ordinaire du corps des arpenteurs géomètres vise la délimitation légale des terres (laga skiften), c.-à-d. une nouvelle délimitation des terres de chaque propriété en champs, prairies, forêts, etc., et s'effectue en majeure partie aux frais des propriétaires fonciers. En Norrland, où cette délimitation se fait comme dans les autres parties du pays, il a en outre été organisé une espèce spéciale d'opérations d'arpentage, r«afvittring> ou départition, dont l'objet est de distraire des forêts de l'Etat certains terrains en faveur des propriétaires privés, et qui va se terminer. La grande délimitation (storskifte) qui a eu lieu en Dalécarlie, et qui constitue une espèce d'intermédiaire entre la délimitation légale et la départition, a été terminée en 1893. (Pour ces diverses espèces d'opérations d'arpentage, voir plus loin, sous la division de l'Agriculture.)
L'échelle la plus commune des cartes géodésiqaes est celle de 1: 4,000, mais celles de 1: 2,000 et de 1: 8,000 sont aussi légales.
Les originaux des cartes géodésiques et les descriptions les accompagnant sont déposés aux bureaux géodésiques des gouyemements; il en est remis une copie au propriétaire de la terre et une autre au Bureau général géodésique de l'État, à Stockholm. La grande collection de ces cartes manuscrites, laquelle s'est amassée de toutes les parties du pays pendant la longue période de 270 ans, correspond, a peu de chose près, à ce que dans d'autres pays on appelle le cadastre. Il y a cependant lieu de faire observer que la confection des cartes géodésiques étant tout à fait facultative pour les propriétaires fonciers, ces cartes manquent encore, ou ne sont représentées que par des exemplaires vieillis pour une foule de propriétés. Les livres terriens ou les registres de toutes les propriétés terriennes, indiquant leur grandeur en «mantal» (hommées) ou en d'autres vieilles bases d'impôts, sont conservés, pour toutes les terres du pays, au Collège de la chambre des finances (Kammarkollegium), et en outre, pour les gouvernements, aux archives des préfectures.
B) L'Atlas général dn pays (Sikets allm&nna kartverk) est une fusion, effectuée en 1894, de deux atlas distincts et encore existants, l'Atlas économique et l'Atlas topographique, ressortissant en commun depuis 1873 sous le chef de la section topographique de l'état-major général. Le personnel se compose d'officiers de l'état-major et de l'armée, ainsi que de fonctionnaires civils.
Le chef de la section topographique et ceux des Atlas géologique et nautique, ainsi que quelques autres personnes, forment, avec le chef de l'état-major général comme président, la Commission des travaux cartographiques publics, qui constitue une espèce de direction supérieure pour tous les atlas mentionnés.
La projection de l'Atlas général du royaume est, pour la Suède du sud et la Suède centrale, dont les feuilles sont rectangulaires, la projection dite conique croissante, et pour la Suède du nord, dont les feuilles sont limitées par des méridiens et des parallèles, la projection polyédrique. Sur les feuilles rectangulaires, les méridiens forment des lignes droites, mais les parallèles deviennent des cercles concentriques. Le méridien moyen adopte est celui qui passe par 5' à l'ouest de l'observatoire de Stockholm.