MOUVEMENTS SOCIAUX ET HUMANITAIRES
L'une des caractéristiques de notre époque dans presque tous les pays civilisés, ce sont les mouvements profonds tendant à réformer, — ou à renverser, — la société, et différant de ceux des autres époques en ce qu'ils ont pénétré jusque dans les masses. Dans notre pays, avec sa forte instruction populaire, avec sa liberté politique, vieille de plusieurs siècles, ces mouvements ont pris une grande force, et s'il est vrai qu'ici, — comme il nous arrive souvent de le faire dans d'autres parties de cet exposé, — nous devons constater que ces mouvements ont revêtu une forme quelque peu étrange, ce fait témoigne du moins une fois de plus que le développement de notre peuple continue à se faire sur bien des points d'une façon originale et nationale.
Parmi ces courants sociaux, le plus puissant dans la plupart des autres pays (mais encore relativement faible chez nous) est celui du socialisme; nous décrirons les phases du mouvement ouvrier dans un chapitre du tome II de ce livre. Les autres questions sociales de ce genre dont notre pays s'est occupé avec le plus d'intérêt, sont: les questions religieuses, la question féministe, et la lutte contre ValcooUsme, Chacune de ces questions mérite d'attirer notre attention, et demande au moins un bref exposé.
252 ni. LA CONSTITUTION ET L'ADMINISTRATION DE LA SUÈDE.
Les mouTemeiits religieux.
Aussi bien lorsqu'il s'est détaché du paganisme que lorsqu'il s'est | détaché du catholicisme, le peuple suédois a évolué graduellement vers { la croyance nouvelle, et cela en subissant une pression extérieure extra- I ordinairement faible soit de la part des autres nations, soit de la part de ses propres autorités. C'est par là que s'explique dans une grande mesure pourquoi le sentiment religieux est si profondément ancré dans nos masses populaires, phénomène qui d'ailleurs est parfaitement en harmonie avec le caractère suédois, fortement lyrique et imprégné de mysticisme. Après avoir marché pendant des siècles, au point de vue religieux, dans les lisières de l'Église, notre peuple s'est éveillé dans ce siècle à une vie religieuse en partie indépendante des institutions de la religion d'Etat, — à vrai dire sous l'influence considérable de l'Angleterre et de l'Amérique.
Au point de vue général et humain, l'importance de la fermentation religieuse actuelle, qu'on peut faire remonter au second quart de ce siècle, — et il est assez remarquable qu'elle coïncide ainsi avec la réaction contre l'alcoolisme, — réside tout d'abord dans le fait que pour la première fois dans notre histoire, au moins dans les quatre derniers siècles, un puissant mouvement social est parti des entrailles même dn peuple. Ce qui est particulier à la Suède, c'est que ce mouvement a commencé dans le domaine des questions religieuses, et non pas dans celui des questions politiques et sociales. Mais, une fois éveillé, ce mouvement en viendra sans doute à prendre d'autres formés aussi que la forme religieuse, — ce qui du reste a déjà commencé.
La place nous manque ici pour entrer dans les détails. Il faut nous contenter de signaler la manifestation extérieure du réveil religieux, à savoir la fondation, de tous côtés dans le pays, de centaines, et même de milliers, de nouveau locaux destinés au culte, et cela pour plusieurs millions de couronnes, et aussi l'emploi d'autres millions, ou mieux dizaines de millions, pour envoyer des prédicateurs et des missionnaires aussi bien en Suède même qu'à l'étranger, pour venir on aide aussi aux malades et aux pauvres. Est-il besoin de faire remarquer la valeur et l'importance de ce mouvement idéaliste comme force éducatrice du peuple? Aussi au point de vue politique et social, un véritable réveil s'est produit; même au point de vue économique, le mouvement dont nous parlons a eu d'importantes conséquences, en développant le goût du travail, le go&t de l'épargne, la vigilance économique. On peut constater que dans les parties religieuses de la population règne maintenant en général un haut degré de bien-être.
En ce qui concerne V organisation extérieure de l'action reb'gieuse actuelle, disons que les cinq sociétés les plus nombreuses sont: V Institution évangélique nationale (Evangeliska fosterlandsstiftelsen), la Ligue suédoise des missim (autrement dit les disciples du célèbre Waldenstrôm), V Armée du salut^ la secte des baptistes^ et celle des méthodistes. L'Institution évangélique nationale, qni est la plus ancienne de toutes et qui a exercé une influence extraordinairement étendue, est en communion d'idées avec la religion d'État; quant aux antres sociétés, elles s^écartent plus ou moins de l'Église officielle, tant au point de vue