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LA QUESTION FÉMINISTE

des doctrines qu'au point de vue du culte et de l'organisation. Plusieurs des nombreuses petites sectes américaines et anglaises sont représentées chez nous, même celle des mormons, qui, — chose assez étrange, — a fait pas peu de prosélytes dans les nations scandinayes.

Les mouYements religieux de notre pays ont eu encore une autre mission à remplir, en ce qu'ils constituent un lien entre la Suède et la population suédoise imigrée en Amérique, Dans aucun autre cas, ce rapport avec le vieux pays natal n'est aussi puissant que dans celui-ci. Les Suédois américains sont divisés en plusieurs communions. La religion luthérienne est toujours celle qui, de toutes, a le plus de fidèles: elle a comme tête le synode dit «Augustanasynoden», qui embrasse plus de 600 églises avec un total de 135,000 membres. Les dépenses ordinaires du synode doivent s'élever annuellement à près de 2 millions de couronnes. Immédiatement après les luthériens viennent, quant au nombre, les baptistes et les méthodistes.

Même avec les peuples européens, nos plus proches voisins, la Suède est en relations assez actives sur le territoire religieux. Les ministres missionnaires suédois exercent en Norvège une activité importante, et aussi un certain échange a lieu avec la Finlande. Il s'est beaucoup répandu, parmi les Finnois de la Snède septentrionale et en Finlande, une tendance religieuse caractéristique, qui a pris le nom de son fondateur, célèbre aussi comme savant, le pasteur suédois i.-Zr. Lastadius (1800/61).

La qnestion fëininiste.

Dans la campagne entreprise pour raméliôration du sort de la femme, la Suède vient an premier rang parmi les nations européennes. Si l'on en cherche la cause, on la trouve en partie dans ce fait qu'en Suède la femme a, depuis les temps les plus reculés, joui d'un respect plus grand que dans beaucoup d'autres pays; mais sans doute il faut y joindre aussi cette circonstance, déjà signalée, que la supériorité numérique des femmes a toujours été singulièrement forte chez nous, d'où il est résulté que la question des moyens d'existence de la femme seule a de bonne heure été dans notre pays une question d'actualité.

Bien que, dès les époques anciennes, la loi et les mœurs aient été d'accord pour assurer, dans la mesure du possible, la situation de la femme, les réformes décisives sont l'œuvre même de notre siècle. Dès 1845, la femme suédoise est en possession des mêmes droits d'héritage que l'homme, et en 1863 la femme non mariée a été déclarée majeure, d'abord à 25 ans révolus et puis, en 1884, à 21 ans, c'est-à-dire au même âge que l'homme. La veuve est majeure, quel que soit son âge.

La situation de la femme mariée est moins favorable. Elle reste toujours mineure, et le mari possède en général le droit de gestion sur les biens de sa femme. Cependant la loi de 1874 a considérablement limité ce droit en accordant à la femme, au moyen d'un contrat (fôrord) passé avant le mariage, le droit d'administrer elle-même la totalité ou une partie de ses biens; elle peut aussi jouir du même droit en ce qui concerne les biens qui, sous certaines conditions, peuvent lui survenir par héritage ou par donation, ou sur ceux qu'elle peut acquérir par son travail personnel. De même la loi de 1898 a limité à certains égards le droit du mari de disposer des propriétés immobilières apparte-

254 III. LA CONSTITUTION ET l'aDMINISTRATION DE LA SUÈDE.

nant à sa femme, elle a aussi délimité la responsabilité de la femme vis-à-vis des dettes contractées par le mari pendant le mariage, et de plus on a facilité à la femme les moyens d'obtenir la séparation de biens et par conséquent le droit de disposer elle-même de ses propres biens.

Dans notre siècle, un grand changement s'est opéré en ce sens que le champ d'activité laissé au travail de la femme s'est agrandi L'activité de la femme, qui autrefois trouvait un ample domaine dans les multiples occupations de la vie domestique, a diminué de valeur dans ce domaine, — de jour en jour plus étroit, — à mesure que le développement de l'industrie a permis de produire les mêmes travaux à meilleur marché dans les fabriques. Trouver à cette activité devenue libre un autre emploi, tel a été le problème qui a passé de plus en plus au premier plan. En ce qui concerne les femmes des classes inférieures, la solution a été assez facile, puisque justement les fabriques leur ont oflFert des emplois. Mais pour ce qui est des classes supérieures, il fallait évidemment une éducation spéciale pour entrer en possession du nouveau champ d'activité, et, dans les cinquante dernières années, la préparation s'est faite sur une grande échelle.

Un grand nombre de lycées de jeunes filles ont été fondés par l'initiative privée, avec l'aide de l'État, qui y a ajouté une assez forte subvention annuelle. L'État lui-même entretient une École normale supérieure pour la formation des instructrices destinées à ces établissements, et des écoles normales pour la formation d'instructrices pour les écoles primaires. Des écoles professionelles (slOjdskolor), entretenues par l'État et la commune, se trouvent dans presque toutes les villes un peu considérables du pays.

Depuis 1856 les femmes sont admises à l'Académie de Musique et depuis 1866 à l'Académie des Beaux- Arts. En 1870 on leur a ouvert les universités; depuis 1873 elles sont admises aux examens universitaires (sauf ceux de théologie), et de 1871 à 1898 506 femmes, en tout, ont passé leur baccalauréat. Actuellement nous avons en Suède 3 femmes docteurs es lettres, 1 femme docteur es sciences, 1 1 femmes docteurs en médecine et 1 femme docteur en droit, qui revêt la charge de maître de conférences à l'université d'Uppsala. Les femmes sont depuis 1864 admises à l'Institut central de gymnastique à Stockholm. Elles ont des situations dans les administrations des postes et des télégraphes depuis 1863, et dans celle des chemins de fer depuis 1869. Dans les banques, dans les emplois de caissiers, le nombre des femmes augmente dans de grandes proportions, et dans l'enseignement primaire les institutrices forment une majorité qui s'accroît sans cesse. Dans les dernières années on a déployé une grande activité pour former de bonnes infirmières.

La femme non mariée et même — sous certaines conditions — la femme mariée possède le droit d'exercer le commerce et l'industrie, de se livrer à toute espèce de métiers, et aucune loi ne limite son droit à participer au travail des fabriques et des professions manuelles.

Un fait particulier à la Suède, c'est le droit que possède la femme de prendre part aux votes municipaux. Depuis les temps les plus reculés déjà la femme propriétaire de terres possédait ce droit de vote, qui cependant alors était de peu d'importance; depuis 1862, les femmes majeures non mariées et les veuves ont le droit de vote aux mêmes conditions que les hommes. Toutefois, comme les femmes mariées sont exclues et que le nombre des voix est en proportion de l'impôt.

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