LA QUESTION FÉMINISTE
rinfluence de la femme aux affaires communales ne sera que peu considérable. Néanmoins, tel qu'il est, ce droit est un privilège que la femme suédoise ne partage en Europe qu'avec la femme anglaise et la femme finlandaise.
Par leur participation aux élections municipales les femmes se trouvent aussi participer indirectement à l'élection des membres de la première Chambre du Riksdag. Depuis 1889 elles peuvent être élues membres des conseils scolaires et des directions communales de l'assistance publique, ce qui ne laisse pas d'être un droit des plus importants. Dans les associations privées de toutes sortes, les femmes sont de plus en plus admises comme membres des directions.
En outre, la femme suédoise développe une grande activité dans ce qu'on appelle les œuvres féminines aussi bien que dans tout ce qui a rapport à la bienfaisance; témoin les sociétés suivants: la Société pour l'organisation de la bienfaisance, les ouvroirs pour les enfants pauvres, les sociétés de travail, les sociétés pour la moralité publique, les écoles des ménagères, les amis du travail manuel, et d'autres encore.
Pour arriver à tous ces résultats remarquables, à toutes ces conquêtes de la «question féministe», les femmes ellesmêmes ont beaucoup contribué par leur efforts, par une activité énergique et multiple. Pendant les années 1873/96 la Société pour la protection des biens de la femme mariée a beaucoup fait pour améliorer la situation de la femme mariée et donner un appui légal à ces droits.
De même V Union nationale des femmes suédoises (en rapport avec l'Union internationale des femmes) travaille pour les intérêts de la femme suédoise, et à cette Union se sont jointes 12 unions de femmes dans notre pays.
Pour le moment la grande activité se concentre de plus en plus dans une dissociation féminine: la Ligue de Fredrika Bremei\ ainsi appelée du nom de la célèbre romancière qui a été une des premières dans notre pays à plaider la cause de l'émancipation de la femme. Cette ligue, fondffe en 1884, s'est donné pour programme de travailler à un développement sain et tranquille de l'activité féminine, ayant pour but d'élever la femme aussi bien au point de vue moral et intellectuel qu'au point de vue social et économique. La ligue compte actuellement près de 1,600 membres et exerce une action multiple et étendue. A la fin de 1B97 elle possédait, sous forme de bourses pour les femmes se livrant soit aux étud^ soit à des métiers, la somme de 201,165 couronnes. La ligue publie aussi une revue, intitulée Dagny.
Fredrika Bremer.
La statistique générale nous permet de juger de la situation de la femme suédoise, et l'idée que nous en donne cette statistique est en somme fort avantageuse. Avant tout, un témoignage précieux noua est fourni par ce fait que la durée de la vie de la femme suédoise est la plus longue qu'on ait observée dans aucun pays; et il faut remarquer en particulier, que la mortalité dans notre population féminine est très faible précisément aux périodes les plus actives de la vie. Nous avons de même déjà montré (p. 133) que la fréquence de la criminalité chez la femme suédoise, non seulement a baissé d'une façon générale, mais qu'elle a baissé dans des proportions plus grandes que chez l'homme. D'autre part on ne peut nier que, pendant ces dernières années, la démographie n'ait aussi offert certains symptômes moins favorables, chose dont il sera donné quelques détails au chapitre sur les femmes ouvrières.
Quant à la question du salaire il est vrai qu'il reste encore chez nous, comme dans d'autres pays, plus bas pour le travail de la femme que pour celui de l'homme; toutefois on a déjà commencé à le hausser. Ainsi de 1865 à 1897 le salaire d'un ouvrier des champs a augmenté de 62 %y tandis que celui d'une fille de ferme a augmenté de 85 %.
MoaTement anti-alcoolique.
C'est dans la seconde moitié du 18™« siècle que la consommation de VeaU'de-vie commença à prendre en Suède des proportions considérables. La cause principale de ce fait doit être attribuée à la mesure prise en 1775, qui faisait de la fabrication de l'eau-de-vie un monopole de l'Etat; afin de réaliser de plus grands bénéfices, on excitait formellement le public à consommer ce produit pernicieux. A partir de ce moment, le c fleuve d'eau-de-vie > commença à monter d'une façon efl^ayante; la suppression du monopole, en 1798. ne réussit pas à l'endiguer, car après cette date la fabrication de Talcool fut permise à quiconque possédait une terre. L'abus de l'alcool atteignit son maximum aux environs de 1830; dans cette période la consommation doit avoir été d'au moins 20 litres d'alcool pur par an pour chaque habitant, c'est-à-dire à peu près six fois plus grande que de nos jours. Mais c'est aussi à cette époque que commença la lutte contre Valcoolisme, lutte qui a déjà donné de si bons résultats et qui, tout considéré, est une des plus belles pages de notre histoire pendant le siècle qui finit.
La latte contre l'alcoolisme a en Suède une longue histoire. En ce qui concerne la nature et les effets des boissons spiritueuses, notre grand Linné (mort en 1778) a TU bien plus loin que son siècle, et il est clair qu'il a très bien compris la lutte contre l'alcoolisme comme un devoir à la fois social et moral. Mais le mouvement anti-alcoolique ne prit une signification pratique qu'avec Peter WieaeUfven (né en 1800, mort en 1877 comme curé doyen de Gothembourg). Wieselgren est, parmi les apôtres de la tempérance dans tous les pays, l'un de ceux qui ont eu le plus de prestige et le plus de succès. A la suite de la campagne éner-
MOUVEMENT A NTI- ALCOOLIQUE.
giqoe menée par lui, on vit se fonder un grand nombre de sociétés de tempérance, qui en 1837 eurent ponr centre la Société suédme de tempérance; grâce aa travail de Wieselgren comme conférencier populaire et comme publiciste, il réussit à créer un mouvement d'opinion^ qui, déjà avant la modification de la loi, se manifesta par nne diminution sensible de l'alcoolisme, et enfin cette lutte, poursuivie presque sans interruption pendant trente ans, aboutit aux réformes de 1855^ qui marquent la plus grande victoire que le mouvement ponr la tempérance ait remportée dans notre pays.
— Parmi les combattants qui luttèrent à côté de Wieselgren, il faut signaler le grand chimiste Berzelius, et surtout Magnus Huss (1807/90), auteur de l'cAlcoholismus chronicus», travail qui fit époque et qui en 1854 fut couronné par TÂcadémie des sciences de France.
Peter Wieselgren.
La législation de 1855 sur les eaax-de-yie^ laquelle reste encore, malgré quelques modifications, la base des lois actuelles sur cette matière, tendait à la répression de Tintempérance par une série de restrictions portant sur la fabrication comme sur la vente des eaux-devie. Sur ces deux points, la liberté avait été jusque-là à peu près illimitée, et on en avait fait un usage excessif.
Pour ce qui est de la fabrication de Teau-de-vie^ on chercha à la transformer en article de grande industrie^ impossible à fabriquer autrement que sur une grande échelle. Pour atteindre ce but, on le frappa d'un impôt de fabrication très élevé, correspondant, en monnaie française, à environ 51 fr. par hectolitre d*alcool pur; dès 1857, cet impôt fut élevé à 64 fr., puis à 75 fr. en 1867, et à 85 fr. en 1871, ensuite à 106 fr. en 1879; depuis 1882, il était de 111 fr., et enfin il arriva à 139 fr. en 1888. En outre, on fixa la fabrication minima à environ 4 hectolitres d'alcool
^ Dans la ié^iation soédoise, on entend par eaa-de-vie des bolBsons de plas de 25 % d'tlcooL
La Siuide. L
258 Iir. LA CONSTITUTION ET l'aDMINISTRATION DE LA SUÈDE.
Consommation annuelle de Veau-Je^vie, par habitant
Litres k fiO % d'alcool.
Environ 1830.
40 litres. 1
11*88 litres.