LES OUVROIRS POUR ENFANTS PAUVRES
Soéde 2^2
Nonrégc 58
Danemark 49
Islande 2
Finlande 6:i
Angleterre 2%
Écoase 47
Irlande 5
Pays-Bas 36
Belgique 3
Allemagne 23
Autriche 26
Hongrie 17
Espagne 1
Russie 32
Roumanie 3
Serbie 1
Bulgarie 9
Suisse 3 États-Unis 59
France 3 i Canada 1
Italie 16 Brésil 1
Rép. Argentine
Chili
Uruguay
Japon
Indes Britanniques.
Egypte
Cap
Abyssinie
En Suède, le travail manuel est enseigné surtout aux enfants de 10 à 14 ans, et c'est pourquoi l'enseignement à Nft&s a été limité aux travaux du bois comme aux plus convenables pour des élèves de cet âge. Dans quelques écoles publiques suédoises, on enseigne aussi les travaux avec du papier et du métal, le tournage et la sculpture en bois.
Le travail manuel pédagogique revendique sa place, dans les écoles comme un facteur de l'éducation générale. Le but où il tend n'est pas de former des artisans, mais de contribuer au développement moral et physique des élèves en leur enseignant l'ordre, l'attention, la continuité dans le travail, en habituant leurs yeux à voir et leurs mains à travailler, enfin et surtout en constituant, à côté de la gymnastique, un contrepoids salutaire à la pédagogie purement livresque. L'enseignement du «slôjd» a pour devise » qualité et non quantité»; aussi n'exiget-il pas de l'enfant une grande somme de travail, mais en revanche le soin le plus minutieux et la conscience la plus scrupuleuse dans l'exécution, résultat auquel on parvient en commençant lentement par des modèles simples pour arriver peu à peu, par une progression méthodique et continue, à des travaux plus difficiles. Cette progression méthodique est basée sur ce qu'on appelle les c séries d'exercices». On entend par là le maniement du matériel (avec un ou plusieurs outils) suivant un mode spécial et avec un but déterminé en vue. Ou peut naturellement imaginer un nombre illimité d'exercices de ce genre; la série de Nft&s en contient 88. Ces modèles doivent présenter, en même temps qu'une forme esthétique, une utilité pratique; et, pour resserrer le lien qui unit l'école à la famille, on n'exécute guère que des objets qui peuvent être utiles à la maison, et on exclut les articles de pur luxe.
Le travail manuel veut aussi apprendre à l'enfant à compter sur lui-même, et chercher à éveiller ses facultés de réflexion et d'observation. £n plaçant la pratique avant la théorie, l'enfant apprend à penser par lui-même tout en exécutant lui-même son travail. Le maître doit aussi avoir soin de ne rien exécuter du travail de Télève.
Le dessin va de compagnie avec le travail manuel. Les maîtres doivent d'abord apprendre les premiers principes du dessin: ils les mettent ensuite en pratique en faisant des esquisses de modèles de «slOjd».
Comme le but principal de tout l'enseignement est le développement personnel de l'individu, on évite toute émulation artificielle, tout concours entre les élèves.
Tels sont, en résumé, les principes généraux de la méthode suédoise du «slôjd». Comme nous l'avons dit plus haut, on ne la suit pas partout rigoureusement dans tous ses détails; mais elle est toujours la même dans ses traits principaux, aussi bien en Suède que dans les pays étrangers où elle a été importée.
Les ourroirs pour enfants panrres.
Cette institution (arbetsstugor fôr bam), fondée en 1886 par initiative privée, reçoit des subventions de la commune. Le but en est: 1^) de prendre soin des enfants les plus pauvres ou de ceux dont les parents, occupés dans les fabriques ou ailleurs, ne peuvent les surveiller. Les enfants sont ainsi sauvés des tentations de la me et du danger d'aller mendier pendant les heures libres de l'école pri-
284 IV. l'ensbignembnt et la culture intellectuelle en suède.
maire; 2**) d'inspirer de bonne heure aux enfants Tamour du travail, de leur donner une habilité manuelle, et de leur enseigner des ouvrages qui plus tard seront utiles pour gagner leur vie. Comme récompense de leur travail, on donne un repas. — L'âge des élèves est de 7 à 14 ans. Les maîtres de primaire choissent les enfants parmi leurs élèves les plus pauvres ou ceux qne leurs parents négligent.
i'Il y a actuellement à Stockholm 12 ouvroirs, fréquentés par environ 1,500 Le nombre des élèves dans chaque ouvroir varie de 60 à 200. Les (de 7 à 10 ans) travaillent de 11 à 1 h. et y dînent. Les grands (de 10 ans) y viennent de 5 à 6 h. du soir trois fois par semaine et y soupent. >eertaîn nombre d'enfants restent à Touvroir de 1 à 7V« b. du soiri Ils y
font leur devoirs, travaillent aux différents métiers et y soupent. La plupart des ouvroirs sont dirigés gratuitement par les femmes de la classe nais il y a aussi des institutrices et, pour les métiers, des artisans habiles. [Xes frais sont très modiques. Malgré les dépenses pour le salaire des inet des artisans, les dépenses pour les matériaux, pour Téclairage, et la nourriture des enfants, le prix moyen par enfant et par an ne qu'a 14 couronnes.
^Une partie des enfants emportent du travail à la maison, et on leur paye ee travail; ils inscrivent ce revenu dans un petit livret d'épargne.
ouvroirs reçoivent à leur fondation pour frais d'installation une somme
à 1,000 couronnes de l'Institution à la mémoire de Lars Hierta (Lars
minne). L'entretien est défrayé par des subventions annuelles de la com-
par des dons et par la vente des ouvrages des élèves. Le conseil municipal
bolm leur alloue actuellement une somme de 15,000 couronnes par an,
paroisses leur donnent généralement le local gratuitement.
L'enseignement comprend des ouvrages en copeaux, en rafia, en bois découpé sde, en fer, la sculpture en bois, la couture, le tissage, la menuiserie, la la vannerie, la cordonnerie, etc.
|]JLe résultat de près de quatorze ans d'expérience a prouvé que ces institu-
i sont d'une grande valeur sociale j^out prévenir la démoralisation des enfants;
L'Ioiit enfant de 7 à 14 ans, — mais pas après cet âge, — acquiert une
habilité manuelle, * peut même devenir très adroit et affine sa faculté
vation. L'intelligence des enfants s'éveille, leur caractère se forme, le
de l'école devient plus facile. L'aptitude au travail et l'amour du travail,
de bonne heure, ont sauvé un très grand nombre d'enfants, même ceux
•les parents étaient mauvais.
On a établi des ouvroirs aussi dans les villes de province, p. ex. à Gothem-
(2), JOnkôping (2), Uppsala (2), Eskilstuna, Malmô, Norrkôping, Testeras,
Jl, Ostersund, etc. Le nombre total de ces instituts s'élève maintenant à 37.
Écoles pour enfants anormaux.
Écoles de sourds-muets. A la même époque où l'abbé de l'Épée en et Heinicke en Allemagne fondaient l'enseignement des sourds-muets, c'estvers 1760, un homme nommé Alrraham Argillander accomplissait dans la Dde, alors suédoise, une œuvre semblable, sans avoir la moindre connaissance 'ft eelle des deux autres, et inventait une méthode qui dans ses traits généraux est d'accord avec celle de Heinicke et avec la méthode actuelle dite »méthode d'articulation» (talmetod). Après une période intermédiaire marquée par quelques essais isolés, l'enseignement régulier des sourds-muets fut créé en Suède par Pierre- Ar on
286 rv. l'enseignement et la culture intellectuelle en suède.
Borg en 1808. Jusqu'à Tannée 1864, cet enseignement, — joint à celui dfâ aveugles, — fut concentré dans l'institut fondé par Borg à Stockholm, et qui devint vite une institution de l'État. Il fonctionnait d'une façon générale d'après les principes de l'école française. Entre 1864 et 1889, l'initiative privée créa un grand nombre d'établissements nouveaux, et on s'efforça d'étendre l'enseignement à tous les jeunes sourds-muets; en même temps on travaillait avec zèle à introduire la méthode d'articulation. Avec la loi du 31 mai 18H9 commence enfin une nouvelle période, pendant laquelle notre pays, au point de vue de l'enseignement des sourdsmuets, se place au premier rang parmi les nations de l'Europe.
L'école de sourds-muets à Venersborg.
Cette loi fait de l'enseignement des sourds-muets une institution d'utilité publique^ dont l'entretien revient aux conseils généraux, et aussi en partie à l'État, qui lui accorde d'importantes subventions et exerce un certain droit de surveillance. De plus, cet enseignement est obligatoire. L'âge scolaire commence à sept ans, et les études se poursuivent pendant huit ans à partir de l'entrée à l'école. L'enseignement privé est soumis au contrôle de la direction de l'école publique.
En ce qui concerne l'enseignement officiel des sourds-muets, la Suède est divisée en sept districts^ possédant chacun leur direction spéciale, et au moins une école. La réglementation de détail est laissée à l'initiative de chaque district: système qui favorise un développement général, en créant une émulation féconde. Cependant, pour certaines questions pratiques, on a senti le besoin d'une plus grande unité, et des projets ont été émis par des représentants des différentes directions; ces projets ont surtout en vue l'organisation du corps enseignant, le traitement des maîtres, leurs pensions de retraite.
Il y a dans chaque école une année préparatoire, pendant laquelle on examine les enfants pour savoir s'ils pourront passer dans la section réservée à la méthode d^ articulation^ dont l'enseignement est le but principal de l'école, et qui forme
rélève à parler et en même temps à lire sur les lèvres des autres la langue parlée. L^ autres élèves sont placés dans les sections où Ton applique la méthode d'écriture, qui apprend «l'alphabet manuel» et l'écriture, ou bien la méthode des signes, qui comprend la mimique, complétée plus ou moins par l'écriture et l'alphabet manuel. Quant aux enfants que l'on forme d'après la méthode d'articulation, on les subdivise eux-mêmes en groupes formés par des élèves d'égale force: et c'est là une règle qui est un des fondements de l'enseignement des sourds-muets en Suède.
Les éa>les de sourds-muets sont de vastes établissements, contenant en général une centaine d'élèves ou plus, avec des bâtiments tout neufs et assez coûteux (ils représentent en tout une valeur supérieure à 2 millions de couronnes), avec un excellent matériel d'enseignement. Dans quatre districts, l'école n'occupe qu'un seul édifice; dans un district, les trois divisions de l'école ont chacune leurs locaux spéciaux, et enfin deux districts ont distribué dans différentes villes les différentes divisions. Dans cinq districts, l'école tout entière est organisée en internat, c'està-dire que les élèves jouissent à la fois du logement et de la nourriture dans l'école; dans an district, l'école est moitié internat, moitié externat, et un district pratique exclusivement le système de l'externat.
L'enseignement, qui est commun aux deux sexes (c'est là un trait caractéristique de l'enseignement des sourds-muets dans les pays germaniques et angloaméricains), emploie quarante semaines par an et* comprend les iHatières ordinaires d» écoles primaires. En outre, les garçons font du travail manuel, apprennent les métiers de tailleur, de cordonnier; les filles reçoivent des leçons de couture, de tfasage, d'économie domestique, et aussi (dans une école) de cuisine. Certaines éooks enseignent aux garçons comme aux filles le jardinage.
Les anciens élèves ont le droit, autant que cela est possible, de revenir visiter l'éooie pendant quelque temps tous les ans; et une école a tenté de former avec ces élèyes un cours de perfectionnement, qui a fort bien réussi et a été accueilli avec reconnaissance par les sourds-muets.
Des anciennes écoles privées il ne subsiste plus que deux, dont l'une reçoit des sourds-muets idiots qui sont susceptibles d'éducation. Le nombre total des iïhes 4ans les écoles publiques et privées s'élevait en 1899 à 860, sur lesquels 669 apprenaient la méthode d'articulation, 142 la méthode d'écriture ou combinée, et 49 la méthode des signes. Le nombre des classes était de 111, celui des maîtres de 122, dont 54 hommes et 68 femmes. Ces maîtres sont formés dans un séminaire à l'école de Manilla à Stockholm: cette école est l'ancien établissement de Borg, devenue aiyourd'hui une école de district.
Pour les sourds-muets trop âgés il y a encore deux établissements contenant environ 60 élèves. Par suite de l'application de plus en plus régulière de la loi sur l'enseignement obligatoire, ces établissements deviendront peu à peu superflus. Les dépenses nécessitées par l'enseignement et l'entretien des sourds-muets se sont élevées en 1898 à environ 550,000 couronnes. Dans ce chiffre, l'État entre pour une part de 260 couronnes par élève: le reste est payé par les conseils généraux. D'après la loi, les conseils généraux peuvent aussi exiger des parents ou des tuteurs (ou bien de l'assistance publique) une contribution annuelle de 50 à 100 couronnes par élève; mais plusieurs des conseils généraux se sont abstenus d'oser de ce droit.
Les maîtres attachés à ces écoles ont fondé en 1877 V Association suédoise des maîtres de sourds^muets, qui est probablement la plus ancienne de ce genre en Europe. L'association publie depuis 1880 une revue spéciale, qui en 1899 est arrivée à constituer un organe général pour les écoles de sourds-muets des trois pays Scandinaves.
Les sourds-muets eux-mêmes, après leur sortie de l'école, forment parfois des associations, sociétés de secours mutuels qui sont en même temps une source
288 IV. l'enseignement et la culture intellectuelle en suèdr.
de distractions pour eux; la principale de ces sociétés, celle de Stockholni) dispose de fonds considérables.
Le nombre total des sourds-muets en Suède s'élevait, lors du recensement de 1890, au chiffre de 5,307, soit à 110*9 pour cent mille habitants: c'est en somme un chiffre très élevé. £t même dans ces derniers temps on a pu constater une augmentation, bien qu'à peu près insignifiante.
Élèi^es d'une école de sourds-muetSy à leur admission.
Pour les sourds-muets aveugles, il y a une petite école à Yenersborg, unique en ce genre du monde entier. Cette institution fut ouverte en 1886 par M™* E. Anrep-Nordin, qui la dirige encore. Depuis le commencement, le nombre des élèves a été de 28, et le nombre actuel est de 14, dont 6 seulement sont des aveugles sourds-muets, et les autres, aveugles avec complication d'autres infirmités (parmi lesquels aussi des idiots aveugles). La méthode employée dans l'instruction de ces enfants est ce qu'on appelle la méthode d'écriture, faisant usage de l'alphabet des sourds-muets et de l'écriture en relief. Deux de ces enfants ont fait preuve d'intelligence à un très haut degré, et ont admirablement profité de l'enseignement. L'asile-école reçoit présentement de l'État une subvention annuelle de 6,000 couronnnes.
Écoles pour les aveugles. L'enseignement des aveugles en Suède date de 1807, c'est-à-dire de l'époque où Pierre- Aron Borg (dont il a été question plus haut à propos des sourds-muets) expérimenta cette éducation spéciale sur une dame reçue dans sa famille. En 1808 il fut en état d'ouvrir l'institut dont nous avons parlé ci-dessus, et qui, à partir de 1812, reçut une subvention de l'État. Mais cette subvention fut bien vite reconnue insuffisante, et c'est pourquoi l'enseignement des
aveogles dut être interrompu, pour ne reprendre qu'en 1846, c'est-à-diré au moment où une section spéciale pour les aveugles commença de fonctionner à côté de Imstitut des sourds-muets. Mais le fait même de cette réunion était un obstacle à l'éducation des aveugles aussi bien qu'à celle des sourds-muets, et constituait an désavantage surtout pour les aveugles qui de plus en plus devaient céder le pas à la section des sourds-muets, de beaucoup plus nombreuse. Enfin, en 1879, on enleva à l'institut de Manilla l'enseignement des aveugles pour le confier à un établissement spécial, V Institut des aveugles. Établi d'abord à Stockholm, cet institut fut transféré en 1888 dans ses nouveaux locaux à Tomteboda. Mais il ne pouvait contenir à lui tout seul tous les aveugles (au nombre de 200) en âge scolaire (de 7 à 17 ans). Pour leur donner Tinstruction préliminaire, on avait besoin de deux écoUs préparatoires. On en fonda une à VexjO en 1884; l'autre, annexée à l'institut, a commencé de fonctionner en 1899. Les écoles préparatoires sont aménagées pour recevoir chacune 40 élèves, et l'institut, pour en recevoir 100 au moins. Pour ceux qui ont perdu la vue à un âge plus avancé, il existe depuis 1884 une école professionnelle y établie à Kristinehamn. On y enseigne gratuitement la lecture, l'écriture, ainsi que certains métiers, tels que la confection des brosses, la vannerie, mais les élèves doivent payer eux-mêmes leur entretien.
D'après la loi et le règlement sur les établissements d'aveugles, — tous deux du 29 mai 1896, — l'enseignement des aveugles est déclaré obligatoire à partir de l'année 1899. Les écoles préparatoires prennent les enfants âgés de 7 ans, et les gardent pendant 4 ans pour les préparer à entrer à l'institut, où s'achève leur instruction. Si l'enfant est mal doué, il peut rester deux ans de plus à l'école préparatoire et y terminer son instruction. L'enseignement de ces écoles préparatoires porte sur l'instruction religieuse, l'enseignement intuitif, la langue materndle, l'écriture, le calcul, le chant, la gymnastique, des travaux pratiques, et aoBil le modeli^e et le travail manuel. L'institut reçoit les enfants qui ont profité d'une façon satisfaisante de l'école préparatoire, et aussi les enfants jusqu'à 14 ans qaï sont devenus aveugles après leur neuvième année. Pour les premiers, la dorée des études est de six ans, pour les seconds, de huit ans. Le programme des études à l'institut est le même qu'à l'école préparatoire: on y ajoute la géométrie, la géographie, l'histoire, les sciences naturelles, des métiers manuels (vannerie, fabrication des brosses, corderie, menuiserie), la musique et l'accord des pianos. L'année scolaire, dans les écoles comme à l'institut, comprend 40 semaines.
Pour chaque enfant admis à l'école préparatoire ou à l'institut, le conseil général accorde un crédit annuel de 300 couronnes, tout en ayant le droit d'exiger ane subvention du répondant de l'enfant ou des communes. On a organisé à l'institut un cours de stagiaires (profârskurs) pour ceux qui veulent devenir professeurs d'aveugles; les stagiaires jouissent pendant leur temps d'études de bourses données par l'État. Vimpression de textes pour aveugles est favorisée par l'État d'une subvention annuelle de 2,500 couronnes. Presque tous ces textes s'impriment maintenant avec les caractères pointillés de Braille.
Les dépenses annuelles de l'État pour l'enseignement des aveugles s'élèvent actuellement à environ 83,000 couronnes, les frais de bâtiments mis à part.
Cette sollicitude de l'État pour l'éducation des aveugles n'exclut nullement la bienfaisance privée: celle-ci agit surtout en faveur de ceux qui sont sortis des écoles, ou bien de ceux qui pendant leur jeune âge n'ont pas été en état de recevoir d'instruction. Il y a pour cette catégorie d'aveugles des établissements spéciaux: l'asile de travail pour aveugles, à Stockholm (depuis 1870), l'école pour Wles aveugles non mineures, à Uppsala (depuis 1884), et l'asile des vieilles femmes aveugles, près de Stockholm (depuis 1888). En 1885 fut fondée In, Société pour la protection des aveugles (Fôreningen fôr blindas vâl), qui poursuit entre autres buts celui de favoriser le travail personnel des aveugles en leur fournissant des
290 rv. l'enseignement et la culture intellectuelle en suède.
livres atîles, des instroments de travail, en écoulant les produits fabriqués par eux, etc. Pour cette dernière œuvre, la société a organisé une salle de ventes à Stockholm.
Le recensement de 1890 a donné pour le nombre total des aveugles le chiffre de 3,948, sur lesquels 1,992 au-dessus de soixante ans. La proportion d» aveugles (82*5 pour cent mille hab.) a considérablement diminué dans ces derniers temps, par suite de l'amélioration des services médicaux.
Élèves sourds muets aveugles à Vécole de Venersborg (voir page 288).
Écoles pour idiots. Parmi les enfants anormaux, les idiots ont été dans notre pays les derniers à recevoir un enseignement. La première école d'idiots fut organisée en 1864 à SkOfde; elle était privée. Maintenant il y a 34 établissements, tous des internats: les uns sont des écoles (pour les enfants éducables), les autres des ouvroirs (pour les élèves sortis des écoles), les autres des asiles (pour les idiots non éducables). Ces établissements sont entretenus pardes sociétés, par les conseils généraux et par des particuliers; l'État ajoute une subvention de 250 couronnes pour chaque enfant éducable instruit dans les écoles, et de 100 couronnes pour chaque élève des ouvroirs. Le nombre total des pensionnaires de ces établissements était de 813 à la fin de 1897. Comme dans notre pays on préfère le système de petits établissements, aucun d'entre eux n'a un nombre d'élèves supérieur à 80 environ. La plupart des établissements sont dirigés par des femmes; l'enseignement est aussi donné par des femmes, excepté la gymnastique et le travail manuel du bois; en effet, en Suède on a considéré que la femme, par son caractère plus doux et plus patient, était mieux faite que l'homme pour un genre d'enseignement qui exige précisément la douceur et la patience.
Les écoles sont diyisées en trois classes on années, avec une classe préliminaire qui dnre deux ans et qui est destinée à juger du degré d'aptitude de l'enfant à recevoir une éducation. Les programmes sont les mêmes que dans les écoles primaires: langue suédoise, religion, histoire et géographie de Suède, sciences naturelles, écriture, calcul, dessin, chant, gymnastique, et dans la plupart des écoles, on enseigne aussi les ouvrages de femmes, le travail manuel avec hois, la vannerie, la fabrication des brosses, la cordonnerie, la reliure, le jardinage. On peut rappeler id qne la Suède est le premier pays où le travail manuel ait été employé dans on but pédagogique. Ce système a été appliqué aussi, — et avec un grand succès, — dans l'éducation des idiots: presque toujours cet enseignement pratique a trouvé chez eux un terrain favorable, et c'est là un excellent moyen de développement pour leur intelligence.
On a fondé des ouvroirs spécialement pour les idiots, car on a trouvé que ceux qui sortaient des écoles, malgré leur habileté manuelle, ne pouvaient supporter la compagnie humiliante de camarades de travail normalement doués. Les ouvroirs de ce genre pour hommes sont ordinairement installés à la campagne, où les pensionnaires s'exercent, avec beaucoup de succès, à l'agriculture et au jardinage. Bien dirigés, ils se montrent capables de faire d'une façon tout-à-fait satisfaisante les gros travaux de la campagne et de soigner le bétail. Les ouvroirs pour femmes sont d'ordinaire établis dans les villes, et là les élèves contribuent à payer leur entretien à l'aide de travaux de tapisserie et de tissage, que beaucoup exécutent avec nne grande habileté, et aussi de travaux de piqûre, de couture, de dentellerie, etc.
D y a an asile presque dans chaque école. Cependant il faut reconniutre que jnsiinMci la Suède s'est peu occupée de cette partie de l'organisation.
Ponr améliorer le personnel enseignant dans les maisons d'idiots, on a fondé en 1878 à l'école pour les enfants faibles d'esprit, à Stockholm, un séminaire, qui comprend actuellement huit places d'élèves; ceux-ci suivent pendant deux ans on cours à la fois théorique et pratique. Le séminaire reçoit de l'État une subvention annuelle de 9,500 couronnes.
Le nombre total des idiots en Suède, d'après le recensement de 1890, était de 7,619, soit 159 pour cent mille habitants. Il se peut cependant que ce chiffre soit un peu trop fort.
Écxiles de travail pour inyaUiles, L'idée d'établir des écoles de travail pour invalides pénétra en Suède en 1884, et fut suggérée à la suite d'une visite d'nn médecin suédois, le docteur Carlander de Gothembourg, au congrès de médecine de Copenhague la même année. L'Association pour la protection des invalides et estropiés avait alors d'une part organisé une exposition des travaux de ses élèves, et avait d'autre part donné aux membres du congrès l'occasion de voir travailler les invalides. L'école était la seule de son espèce dans le monde entier, et s'était associé une clinique gratuite pour invalides.
A Gothembourg se fonda, dès le 3 mars 1885, l'Association de secours aux invalides, avec à peu près le même plan et les mêmes statuts que son modèle de Danemark. On réunit des fonds, et l'école fut ouverte le 5 octobre de la même année. Le nombre des élèves, depuis l'ouverture de l'école jusqu'à la fin de 1897, a atteint 135. Dans ce nombre, 23 étaient complètement manchots et 27 paralysés de l'un ou de l'autre bras par suite de maladies. Les autres avaient différentes infirmités qui avaient rendu leur embauchage difficile. L'école est instituée pour rendre les invalides aptes à quelque travail. On enseigne la menuiserie, le tournage, la cordonnerie, la vannerie, la brosserie et la sculpture sur bois aux élèves-hommes, la couture et la broderie, le marquage, le tissage et le tricotage aux élèves-femmes. Dès qu'un travail est prêt pour la vente, l'élève en reçoit son salaire complet. L'école retient seulement les frais de matériel et endosse
292 IV. l'enseignement et la culture intellectuelle en suède.
le risque si le* travail n'est pas vendu. Les élèves les plus pauvres reçoivent gratuitement le dîner à l'école. Bains libres. Six semaines de villégiature dans les colonies de vacances scolaires pour les plus malades. Le conseil général da gouv. de GOteborg och Bohus, depuis 1885, et celui du gouv. d'Elfsborg, depuis
1896, ont voté pour un nombre fixe d'invalides de leur gouvernement les */s des frais de leur instruction et de leur entretien, si la commune ou un particulier paye le reste. Le temps d'études fini, l'école procure, dans la mesure da possible, des places aux élèves-hommes chez des industriels, et cherche aussi pour les femmes du travail indépendant. Tous sont pourvus des outils nécessaires à leur métier (les lingères reçoivent une machine à coudre). En 1890 a été organisé une polyclinique orthopédique (ouverte deux fois la semaine), oh les soins médicaux et les bandages nécessaires sont donnés gratuitement. Le capital de l'école s'éleva, à la fin de 1897, à 187,994 couronnes. — A KarUkrona s'ouvrit en 1886, sur l'initiative d'un particulier, une petite école pour invalides. Un capital fut réuni, qui à la fin de 1897 s'élevait à 7,623 couronnes. Le nombre des élèves, à la même date, était de 31.
En 1887 on fonda la Société de secours aux invalides de Scanie, et la même année on ouvrit une école de travail à Hel^ngborg avec une mise de fonds de 15,386 couronnes. En 1890 fut construit «Eget Hem> (le Foyer), destiné à loger 40 internes (faute de ressources suffisantes, on n'a pas encore pu recoToir ce nombre). Le nombre d'élèves a, depuis l'ouverture de l'école jusqu'à la fin de
1897, atteint 116. La société a directement reçu une subvention du gouv. de Malmôhus (1,500 couronnes) et du gouv. de Kristianstad (300 couronnes). Le capital s'est élevé, à la fin de 1897, à 60,325 couronnes.
En 1891 fut fondée l'Association pour le soutien des estropiés et invalides à Stockholm, En 1892 s'ouvrit son école de travail. Les fonds réunis atteignaient 20,000 couronnes, et s'élevèrent à la fin de 1897 à 82,368 couronnes. Le nombre d'élèves, depuis l'ouverture de l'école jusqu'à la fin de 1897, a été de 91. Les élèves qui ont besoin d'un traitement orthopédique, le reçoivent à la polyclinique orthopédique de Stockholm. — Les écoles d'invalides de Helsingborg et de Stockholm ont, à très peu de chose près, les mêmes statuts, le même enseignement technique et travaillent sur le même plan que l'école de Gothembourg, dont nous avons parlé plus haut avec plus de détail.
Écoles populaires supérieures et instituts d'ouyriers.
Les écoles populaires supérieures (Folkhôgskolor) constituent une espèce particuKère d'établissements d'instruction, qui ne se trouve que dans les trois pays Scandinaves et dans la Finlande. Elles sont destinées à donner à la jeunesse adulte des classes inférieures une éducation patriotique, civique et pratique.
Le mouvement dont ces écoles sont sorties a son origine en Danemark, et dans le danger politique que le voisinage de l'Allemagne a créé à ce pays au milieu de notre siècle: le sentiment du danger amena les Danois à chercher tous les moyens pour porter à leur plus haut degré les forces intellectuelles de la nation. En Suède, ces écoles firent leur apparition après la publication des lois nouvelles, de 1862, sur l'administration communale, et de la nouvelle loi organique du Riksdag (1866), lois qui augmentaient considérablement l'importance politique des clas-