LA GYMNASTIQUE SUÉDOISE
Parmi la masse de mouvements usités en gymnastique,' se trouvent aussi un grand nombre d'exercices d'application. Il résulte de ce fait, de même que de l'ensemble des exercices, que si le choix des mouvements a été bien compris, c.-à.-d. s'il est d'accord avec les besoins de l'organisme, on acquiert, dans la mesure des dispositions individuelles, la santé, la force, ainsi que les aptitudes nécessaires à l'homme civilisé pour qn^il puisse faire face à la tâche qui l'attend dans la vie sociale. Conformément à toute sa manière de voir, Ling prescrivit, en outre, que des jeux gymnastiques serviraient de complément à la gymnastique proprement dite, plus sévère de formes et plus systématique, cil faut, disait-il, que tout soit imprégné de joie.> Mais il déconseille, en même temps, tout excès, en rappelant les différences de tempéraments dans les termes suivants: «C'est pour cela que toute cette émulation qu'on provoque entre gymnastes devient un obstacle au développement réel et ne favorise l'habileté que sur un point spécial, ou, en d'autres termes, la diversité.» Tout ce système de gymnastique est vraiment démocratique, dans le sens le meilleur et le plus complet de ce mot. Il est tout aussi applicable et prestjue aussi abordable pour le pauvre que pour le riche, pour le faible que pour le fort. Enfin, il convient également aux deux sexes.
Le but de la gymnastique pédagogique est de développer la santé et de transformer le corps en un instrument docile et courageux, toujours à la disposition de la volonté morale. De même que l'éducation morale doit, de préférence, viser à développer les bons penchants de r&me et à maîtriser les mauvais, de même l'éducation physique doit, par des exercices appropriés, provoquer l'harmonie, c.-à.-d. l'accord entre les facultés du corps, tandis que les défauts ou faiblesses sont corrigés et arrêtés dans leur développement. Dans la gymnastique pédagogique, il entre donc un élément purement correctif.
La gymnastique militaire, l'escrime, procède de la gymnastique pédagogique sur laquelle elle est basée; elle doit, dans ses formes de mouvement, s'appuyer sur les lois mécaniques et gymnastiques qui règlent l'emploi rationnel des forces disponibles sous le rapport de l'équilibre, de la rapidité et de l'endurance.
Les grandes espérances que Ling fondait sur l'Institut central de gymnastique, se réalisent d'une façon égale et sûre. Pendant les 90 ans de son existence, l'institut s'est développé dans une mesure notable. On y forme, sans exception, les professeurs de gymnastique, hommes et femmes, de tous les établissements d'enseignement du pays, par conséquent même ceux des établissements militaires. A cet effet, il existe un cours d'un an, un de deux ans et un de trois ans pour les hommes, ainsi qu'un cours de deux ans pour les femmes. Les trois années de cours servent de préparation l'une à l'autre; le cours de troisième année est exclusivement consacré à l'enseignement des matières nécessaires à la gymnastique médicale. En outre, il y a un cours d'une année destiné
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aux médecins. Le nombre des élèves de l'institut a, pendant ce temps, augmenté au point d'atteindre actuellement le chiffre d'environ 90; sur ce nombre, on compte 30 femmes.
Élèves-femmes de Vlnstitut central, au cours de gymnastique pédagogique.
Dans tous les établissements d'enseignement secondaire comptant 5 et 9 classes (au nombre de 68), il y a des salles de gymnastique bien éclairées et aérées, où les exercices sont dirigés par des professeurs sortis de l'Institut central. Aux termes des statuts scolaires, tout élève que le médecin a déclaré suffisamment fort, doit faire au moins une demi-heure de gymnastique chaque jour. Les élèves des 6™", 7™® et 8°*® classes doivent, en outre, avoir deux heures de leçon d'escrime par semaine.
Les 12 écoles normales d'instituteurs et d'institutrices primaires possèdent de même des professeurs de gymnastique diplômés à l'Institut central. Pendant les quatre années que dure le cours, ces professeurs enseignent également à leurs élèves à diriger la gymnastique dans les écoles primaires, où les exercices de gymnastique sont aussi obligatoires. — Dans les écoles populaires supérieures (folkhôgskolor), on a également commencé à introduire la gymnastique, malgré le caractère entièrement privé de ces établissements. Dix de ces établissements possèdent aujourd'hui des salles de gymnastique. £n outre, dans les grandes villes, des salles de gymnastique, dues à l'initiative privée, sont aménagées à l'usage des sociétés de gymnastique, ainsi que des personnes qui ne font partie d'aucune société organisée, parce qu'elles ne pratiquent cet exercice que comme une mesure d'hygiène.
LA GYMNASTIQUE MÉDICALE d'aPRÈS LE SYSTÈME DE LING. 333
Le même système est adopté dans l'armée et la marine pour toutes les écoles de recrues, de caporaux, de sous-officiers et d'officiers. ' Il faut ajouter, enfin, que partout en Suède c'est le système de lAng qui est suivi.
A l'étrangrer^ c'est surtout la gymnastique médicale qui s'est généralisée. La gymnastique pédagogique s'est, pourtant, frayé un chemin jusqu'en plusieurs autres pays, tels que la Norvège, le Danemark, l'Angleterre, la Suisse et l'AmérifBe, etc., bien qu'elle n'ait pas pris partout la même extension.
£n Norvège, les professeurs des établissements scolaires et de l'armée sont fispiés à l'École centrale de Christiania, fondée et développée à l'instar de l'Institut eMlral de Stockholm.
En Danemark, c'est surtout dans les écoles populaires supérieures et dans lit sociétés de tir libres, ainsi que dans la gymnastique privée, à Copenhague, que to fll^Btème de Ling a trouvé une grande application..
En Angleterre, une Suédoise, M™® Bergman-Ôsterherg, a fondé un institut dans le but de former des femmes-professeurs de gymnastique. Cet institut se trouve maintenant à Dartford Heath, C** de Kent; autrefois, M°*® B.-Osterberg eierçait sa profession à Londres, dans les écoles primaires, et plus tard dans son pcqire institut à Hampstead. De cet institut, aussi bien que de l'Institut centrd de Stockholm, sortent de nombreuses femmes-professeurs, qui vont enseigner la gymnastique dans divers établissements scolaires en Angleterre.
En Suisse, à Genève, la gymnastique de Ling a été introduite surtout par te professenr Jy Jentzer, qui a également traduit, à cet effet, le manuel le plus iiÉHê dans nos écoles primaires.
Dans les États-Unis (T Amérique, la gymnastique de Ling est fort répandue, pÊeb sartont à la c Normal School of Gymnastics», fondée par Mrs. Maiy Hemenmy à Boston. Cet établissement continue à être soutenu au moyen des fonds doBiiés à cet effet par Mrs. Hemenway. Une trentaine, environ, de professeurs des deux sexes sont diplômés chaque année dans cet institut, après un cours de deax ans. Des professeurs suédois partent également, chaque année, pour la gnmde république transatlantique.
La littérature relative à la gymnastique est assez limitée. Elle se borne à des prescriptions réglementaires, des manuels, des livres d'études et des articles occasionnels.
Depuis 1874, il existe une revue sur la matière, la Revue de gymnastique (Tidskrift 1 gymnastik). Cette revue publie, annuellement, deux livraisons, contenant, chacune, environ cinq feuilles, et constitue l'organe de la Société Scandinave des professeurs de gymnastique. Des articles en français, en allemand et en anglais y sont également insérés.
La Gymnastique médicale d'après le système de Ling.
La gynmastiqne médicale est désignée, dans tout le monde civilisé, sous le nom de gymnastique médicale suédoise (gymnastique suédoise pour malades), lorsqu'on veut faire ressortir qu'elle repose sur une base scientifique. La gymnastique médicale doit, en effet, son principal développement à des Suédois; en première ligne, aux médecins attachés à l'Institut central de gymnastique (voir ci-dessus) et à VInstitut de gymnastique orthopédique de Stockholm. Ce dernier institut a été fondé en 1822 par le D^ en médecine Nils Akerman, et reçoit, depuis 1827, ime subvention de l'État. C'est dans cet institut que la gymnas-
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tique orthopédique a reçu son principal développement; son usage y a été, en outre, combiné avec Temploi de bandages et appareils orthopédiques.
A côté des deux institutions d'État précitées, il convient de si» gnaler, comme constituant les progrès les plus éminents réalisés sur ce terrain, la création de la gymnastique médico-mécanique par le I> Gustave Zander (voir ci-dessous), en 1857, et celle de la gymnastique gynécologique par le commandant Thure Brandt, en 1861.
La gymnastique médicale à VInstitut central.
Depuis cette époque, la gymnastique médicale, suivant le système de Ling, est fréquemment désignée sous le nom de gymnastique manuelle.
Indépendamment de renseignement donné à l'Institut central de gymnastique, des cours de gymnastique médicale, de courte durée, sont professés, à l'usage des étudiants en médecine des facultés de Stockholm et d'Uppsala, par un professeur spécialement désigné à cet efPét.
Dans presque chaque ville et dans chaque station thermale ou balnéaire de Suède, il y a un institut de gymnastique médicale. Il résulte du rapport présenté à l'Administration des services médicaux qu'en 1897, 3,813 personnes, dont 1,016 sans frais, ont suivi le traitement
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gymnastique dans les principaux instituts de gymnastique médicale en Suède; le nombre des malades traités par la gymnastique dans les stations thermales et balnéaires s'élève, pour la même année, à 5,604.
Vers le milieu de la période de 1881/90, des médecins étrangers commencèrent à affluer à Stockholm pour étudier la gymnastique médicale: la plupart d'entre eux venaient d'Allemagne, d'Autriche, de Russie et d'Amérique; à partir de 1890, il en est également venu de Suisse, de France et d'Italie. Les pays Scandinaves s'étaient déjà assimilé notre expérience bien avant cette époque.
A mesure que la gymnastique médicale suédoise a été connue et appréciée à l'étranger, les gymnastes suédois ont pris pied dans presque tout le monde civilisé, particulièrement dans les grandes villes et les stations thermales et balnéaires d'Europe, mais souvent aussi en Amérique, parfois même en Asie.
A l'origine, la gymnastique médicale était employée surtout pour combattre les maladies des viscères et du système nerveux. Peu à peu, son usage s'étendit aussi aux affections articulaires et au traitement des difformités de toutes sortes. Enfin, en ces derniers temps, elle a été employée pour augmenter l'aptitude fonctionnelle à la suite de lésions externes et d'opérations chirurgicales, de même que pour réduire la durée de la convalescence après certaines fièvres.
Méthode de gymnastique médico-mécanique Zander.
Le D' Gustave Zander, de Stockholm, commença dès 1857 à ériger en système la méthode de gymnastique qui porte son nom. Son premier institut fut établi à Stockholm en 1865.
La méthode Zander a pour but de rendre possible, par l'intermédiaire d'appareils mécaniques appropriés, un exercice général des muscles, et de produire certains effets mécaniques sur l'organisme en son ensemble ou sur certaines parties. De même que la gymnastique manuelle, elle est basée sur la théorie de Ling, savoir que les modifi* cations morbides de l'organisme peuvent être réduites et éliminées par des exercices musculaires appropriés. Pour qu'un mouvement puisse produire quelque effet, il doit vaincre une certaine résistance qui, dans la gymnastique manuelle, est produite par la main exercée du gymnaste, et, dans la gymnastique mécanique^ par un poids mobile placé sur un levier gradué, de telle sorte que le degré de résistance à chaque phase du mouvement peut être mesuré ou évalué en chiffres. Chacun des appareils construits pour les différents groupes de muscles, peut donc être considéré comme une espèce de véritable dynamomètre, puisqu'il mesure la force du groupe de muscles en question. Si la résistance à vaincre est trop forte pour le muscle, ce dernier donne un mouvement tremblotant et inégal, qui prouve qu'on a, pour le moment, atteint le maximum de force.