‹ La suggestion dans l'artChapitre 49 sur 88 · Trad. Biichner et Dumont, Paris, i8-G2, t. I, p. /ioi · texte numérisé non relu

Trad. Biichner et Dumont, Paris, i8-G2, t. I, p. /ioi

souRjAU. — Suggestion. 14

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loppées, dans les comparaisons d'apparat, les poètes semblent préférer l'ordre inverse. Presque toujours ils mettent le terme figuré en première ligne ^. Ainsi présenté, il éveille la curiosité, la tient jusqu'au bout en suspens; on a besoin d'arriver à la seconde partie de la période pour en comprendre le sens ; au lieu que si l'idée principale nous est présentée d'abord, l'image qui viendra ensuite, n'étant pas attendue, fera l'effet d'un liorsd'œuvre. Cette méthode a encore un avantage auquel H. Spencer, dans sa Philosophie da style ^, attache une grande importance : c'est d'épargner au lecteur la peine de reconstruire une idée préconçue. En nous présentant ainsi le terme figuré avant le terme propre, le qualificatif avant la chose qualifiée, on prépare la représentation que l'on veut nous suggérer ; du premier coup elle pourra s'opérer dans les conditions voidues. — Cette question d'ordre n'a d'ailleurs d'intérêt que lorsqu'il s'écoule un intervalle de temps notable entre la conception des deux termes. Dans les comparaisons rapides, faites en quelques mots, peu importe qu'on donne le qualificatif avant ou après le qualifié. H. Spencer, dans toute sa théorie du style, raisonne trop comme si nous sui\ions les mots du doigt, les épelant syllabe à syllabe. Au courant de la lecture, notre œil embrasse d'un regard des groupes entiers de mots; ou bien nous lisons une, deux phrases d'un trait et n'en réalisons mentalement le sens qu'après coup. Dans une lecture ainsi conduite, si la comparaison est suffisamment brève, on peut dire que nous en voyons les deux termes à la fois, et la disposition matérielle des mots devient un élément négligeable.

La métaphore

On a défini la métaphore une figure de style qui consiste à changer la signification naturelle d'un mot en une autre. Cette définition a l'inconvénient d'en faire une simple opération ver-

1. En général, dans les morceaux littéraires où l'écrivain ménage un effet, les idées sont présentées à l'inverse de l'ordre dans lequel elles ont été trouvées. Le lecteur, ignorant que la pièce à été composée à rebours, s'étonne de l'aisance avec laquelle l'auteur résout l'intrigue dans laquelle il s'était en apparence engagé. Sur les divers avantages de ce procédé de composition, voir E. Poë, La genèse d'un poème, et Théodore de Banville, Petit traité de versijication française.

2 . Essais de morale, de science et d'esthétique, tr. Burdeau, 1. 1, p. 352. (F.Alcan.)

baie, et, qui pb-est, une opération très défectueuse; car on ne voit pas quel avantage il peut y avoir à parler d'un objet en termes qui ne lui conviennent pas. C'est une règle absolue, et dont l'écrivain ne peut se départir sous aucun prétexte, de toujours exprimer chacune de ses idées par le mot qui la rend avec le plus de précision. Dans une phrase métaphorique bien écrite, les mots ne perdent nullement leur sens propre; autrement ils ne suggéreraient aucune image.

On l'a définie encore une comparaison abrégée, dans laquelle on supprime les mots qui indiquent la similitude. La distinction est exacte, mais assez superficielle. Sans doute dans la métaphore on ne retrouve plus les tel. comme, ainsi que, de la comparaison. Mais, si on les supprime, ce n'est pas seulement pour aller plus vite ; c'est parce que ces expressions ne sont plus de circonstance. La métaphore n'est pas une façon plus ou moins concise de s'exprimer, mais l'expression pleinement développée d'un certain mode de pensée.

Laissons de côté les mots pour ne nous inquiéter que de l'opération mentale impliquée dans ces façons de parler.

La caractéristique de la métaphore, c'est d'exprimer dans une même phrase l'objet et l'image, le terme propre et le terme figuré ; de nous les représenter simultanément à l'état de combinaison. Elle correspond donc exactement à cette phase consécutive de la comparaison dans laquelle les deux images, d'abord conçues à part, se superposent et tendent à se fondre en une image composite.

La métaphore est d'un art bien plus raffiné que la comparaison, car l'analogie doit être plus suivie et plus étroite. Dans imc métaphore de quelque longueur, il faut multiplier les points de contact entre les deux termes mis en présence, et cela ne va pas sans quelque difficulté. «Le point le plus important de beaucoup, disait Aristotedans sa Poétique^, c'est de bien manier la métaphore. C'est la seule qualité qu'on ne puisse emprunter à autrui, et la marque d'un génie naturel: car faire des métaphores exactes, c'est saisir la ressemblance des choses. » C'est plus encore ; c'est les assembler réellement; c'est en former descomposés nouveaux, œuvre éminemment artistique. A propos

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