V. H. (Le petit roi de Galice
Si je me présente trop nettement l'image secondaire, c'est-àdire le troupeau poursuivi par im chien qui hurle, je ne verrai plus l'image principale, c'est-à-dire les nuages, blancs chassés dans le ciel et accrochés aux aspérités du roc. A vrai dire la métaphore môme m'échappera, puisqu'elle ne consiste ni dans l'une ni dans l'autre de ces deux images, mais dans leur fusion en image composite.
Soit encore une image destinée à rendre une émotion morale :
Reste, voici la nuit, et dans l'ombre croissante
Je sens rôder la peur ; — Ah! laisse que mon âme amère et bondissante
Déferle sur ton cœur.
Comtesse DE No AILLES.
Sans doute il nous serait facile, en lisant ces vers, d'évoquer la vision précise de la mer déferlant sur une grève. Mais on se rend compte que l'image, ainsi visualisée, perdrait sa valeur de symbole et son expression pathétique ; il ne faut pas qu'elle nous apparaisse distinctement, mais qu'elle se fonde dans le sentiment qu'elle exprime.
En général, les figures composites (pie suggère la métaphore, et qui résultent de la superposition momentanée de deux images, nous sembleraient passablement étranges si nous y regardions d'un peu près. Combien de métaphores poétiques supporteraient cette épreuve.^ Il est un art spécial, symboliste à outrance, qui peut nous apprendre ce que seraient de tels tableaux. On a pu admirer, aux devantures des librairies religieuses, ces images de sainteté, où l'artiste s'ingénie à figurer graphiquement de pieuses métaphores, fleurs de phraséologie mystique. Ainsi, pour traduire cette phrase « tous nos cœurs volent vers la croix », on représentera une croix rayonnante autour de laquelle voltigent des cœurs ailés; un d'eux est retombé sur le sol, et s'est cassé en deux morceaux : c'est un cœur brisé. Voilà à quoi l'on s'exposerait si l'on s'avisait de trop réaliser
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les images poétiques. Qu'on se figure par exemple, ainsi illustrées, les images que voici :
Le poète est semblable au prince des nuées, Qui hante la tempête et se rit de Varcher. Exilé sur le sol, au milieu îles huées. Ses ailes de géant Vempèchent de marcher.
Baudelaire
Quand le soleil s'est caché sous la nue, Devers mon trou je me trame en rampant, Et jusqu'au fond de ma peine inconnue.
Je me retire aussi froid qu'un serpent.
Th. Gautier.
Mon cœur gronde et bouillonne, et je s^ns lentement, Couvercle soulevé par un flot écumant, S'entrouvrir mon front plein de rcves!