III. — ■ LES PERSONNALITES FICTIVES
Lorsque nous sommes en présence d'objets réels, nous sommes gênés, pour nous mettre en eux, par leur évidente extériorité. Il n'en sera pas de même quand notre pensée se portera sur des personnages ou des objets imaginaires. Nous pouvons les modifier un peu, pour nous les rendre en quelque sorte plus assimilables. Nous ne sommes plus avertis de ce qu'il y a d'invraisemblable dans cette métempsychose par des perceptions vives qui nous rappellent au sentiment de la réalité. 11 ne me faut qu'un léger effort d'esprit pour me représenter, comme Y. de Laprade, la vie morale d'un chêne ^, ou, comme Y. Hugo, les sensations du caillou
Glacé du froid profond de la terre lugubre, Informe et châtié*!
Cette personnification me sera bien difficile si j'ai sous les yeux un arbre ou un tas de cailloux réel. Tout à l'heure, cherchant à me représenter les illusions de la contemplation rêveuse, je me figurais divers objets réels ; songeant au ruisseau qui coule, à la vague qui se déroule paresseusement sur la grève, à l'arbre qui frissonne au vent, je me disais : Si j'étais cela ! Et m'identifiant par un effort d'imagination à ces divers objets, je m'apparaissais à moi-même comme dispersé dans les objets extérieurs. Je pensais à l'aéronaute enlevé dans les airs, au couvreur qui manque de tomber de son toit, et je me voyais à leur place. Mais ces objets, ces personnages, je ne les avais pas sous les yeux en réalité. Avais-je grand mal à me mettre en eux, ne les contemplant qu'en moi 1}
En suivant cette idée, on serait amené à soupçonner une méprise dans les descriptions évidemment sincères que tant de