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L'Œuvre, Paris, i88C, p. ayS

cn.ViNdF.MEMS DE l'KUSONNAIJTÉ HOt»

inilieu d'une forte migraine, la Faustinsi fait tout à coup iiruplion dans ma cervelle, avec accompagnement de fièvre littéraire ^ » (^uaïul Beethoven composait, de temps à autre il était obligé de bassiner d'eau fraîche son front fumant. « Le docteur Tronchin, dit Grétry, me demandait comment je fais ma musique. — Mais comme on fait des vers... un tableau Je lis,

je relis vingt fois les paroles que je veux peindre avec des sons ; il me faut plusieurs jours pour échauffer ma tête; enfin je |)erds l'appétit, mes yeux s'enflamment, l'imagination se monte, alors je fais un opéra en trois semaines ou un mois-. » Yoic^ même un métaphysicien qui a recours à cet état d'obsession et de congestion cérébrale pour accomplir le travail intellectuel qu'il ne pourrait fournir à l'état normal. « Il y a une véritable rétrogradation dans mes facultés méditatives, écrit Maine de Biran. Je n'ai pas une forte prise sur les idées, elles m'échappent, et je me laisse distraire par les plus légères impressions. La manière dont j'ai travaillé jusqu'à présent est seule appropriée à mes dispositions organiques et intellectuelles : c'est de me renfermer dans un seul sujet et de lutter contre toutes les distractions, de faire un effort continuel, jusqu'à ce que je sois absorbé et que je n'aie pas d'autre idée, ni même d'autre désir que de me pénétrer de rnon sujet, que toutes mes facultés en soient diminuées sans partage, que je perde le sommeil et l'appétit en m'en occupant. Alors je suis capable de concevoir et de faire ; hors de là, je suis au-dessous du médiocre, parce que ma première prise est toujours lente, embarrassée et lâche ^. » Alors même ([ue l'obsession artistique n'atteint pas ce degré d'intensité morbide, elle est toujours un état de malaise et de souffrance. Tout le monde connaît ce sentiment pénible de tension cérébrale que l'on éprouve quand on continue malgré soi à chercher un nom perdu dans les profondeurs de la mémoire, ou la solution d'un problème irritant; on connaît encore ces insomnies' énervantes où la pensée se refuse le repos et >'obstine à travailler dans le corps endormi :

Je suis las, je suis mort, laisse-moi dormir! — Noti ! Est-ce que je dors, moi? dit l'idée implacable.

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