‹ La suggestion: ses applications à la pédiatrie et à l'éducation mentale desChapitre 3 sur 4 · PROCÉDÉ DE RÉVEIL · texte numérisé non relu

PROCÉDÉ DE RÉVEIL

Dans les premières séances, les enfants ont une tendance à se réveiller rapidement. Pour prolonger le sommeil, il est nécessaire de leur répéter de temps en temps : « Continuez à dormir. »

Mais ils ne tardent pas à acquérir l'habitude de l'hypno-

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tisme. Dans ce cas, ils dorment jusqu'à ce qu'on les réveille. Pour les réveiller complètement, il suffit de leur dire : « Allons, réveillez- vous ! » et de leur souffler légèrement sur les yeux.

Une recommandation que nous jugeons indispensable est la suivante : Avant • d'éveiller le sujet, il faut toujours lui affirmer qu'à son réveil il se trouvera très bien et n'éprouvera pas la moindre fatigue. Si l'on a pris cette précaution, l'enfant se réveille toujours en souriant et disposé à se laisser endormir de nouveau.

Parfois, il ne se souvient plus de ce qui lui a été dit pendant qu'il dormait et il n'a pas gardé la notion de ce qui se passait autour de lui. En général, à moins qu'on ne lui ait suggéré de ne pas garder le souvenir des paroles qu'il a entendues, il se souvient plus ou moins à son réveil. Mais, qu'il y ait souvenir, ou non, de ce qui s'est passé pendant l'hypnose, les suggestions ne s'en réalisent pas moins avec la même régularité et d'une façon aussi irrésistible.

Nous n'avons plus qu'à rappeler les faits qui permettent d'affirmer que la suggestion trouve des applications efficaces, non seulement en pédiatrie, mais aussi dans l'éducation mentale des enfants vicieux ou dégénérés.

L'honneur des premières tentatives de la suggestion en pédiatrie, revient sans conteste à M. Liébeault. Dès 1861, il appliquait le traitement suggestif, avec des résultats divers, à des enfants de 10 à 15 ans, atteints de vomissements nerveux, de chorée, d'imbécillité. Plus tard, il appelait l'attention des médecins sur la possibilité de guérir par la suggestion, une des infirmités les plus pénibles dont soient affectés les enfants, l'incontinence nocturne d'urine. Dans une sta-

tistique publiée en. 1886, il arrivait à un chiffre respectable de succès complets ou partiels, représenté par 84 0/0.

Depuis lors, j'ai eu l'occasion d'appliquer le procédé et les artifices conseillés par M. Liébeault à une trentaine d'enfants atteints, soit d'incontinence nocturrie d'urine, soit d'incontinence diurne de l'urine et des matières fécales. La proportion des guérisons a été environ de sept sur dix. M. Jules Janet, interne des hôpitaux, me disait récemment qu'il avait obtenu des résultats analogues dans le service de M. Guyon, à l'hôpital Necker. Les observations de plusieurs auteurs sont venues dans ces derniers temps confirmer les conclusions du docteur Liébeault.

M. Bernheim a pu, par une seule suggestion, enlever chez un jeune homme de dix-sept ans une incontinence nocturne datant de l'enfance. Il a observé comme nous qu'il suffit habituellement de une à trois séances pour assurer la guérison. Quelquefois il y a rechute après un certain nombre de jours, mais une nouvelle suggestion confirme la guérison.

Dans notre pratique personnelle, nous avons obtenu par la suggestion la guérison ou l'amélioration très notable d'un assez grand nombre de cas de tics nerveux, de bégaiement, de terreurs nocturnes, de chorée rythmique, d'onanisme irrésistible, de blépharospasme , d'attaques convulsives d'hystérie, de troubles purement fonctionnels du système nerveux. Par contre, nous n'avons obtenu aucun résultat appréciable dans le traitement de l'idiotie, du crétinisme, de la surdi-mutité. Nous croyons devoir réserver jusqu'à nouvel ordre notre opinion pour ce qui concerne le traitement par la suggestion de l'épilepsie confirmée chez les enfants.

Comme nous le disions plus haut, la guérison n'est souvent obtenue qu'à l'aide de certains artifices dont la pratique journalière apprend la maniement. C'est ainsi que dans le traitement de l'incontinence nocturne d'urine, il ne faut pas se borner à suggérer à l'enfant qu'il n'urinera plus au lit.

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Chez quelques-uns on n'arrivera à ce résultat qu'à la condition de lui suggérer de se réveiller chaque fois qu'il aura envie d'uriner et de se retenir jusqu'à ce qu'il ait pu satisfaire son besoin. Chez d'autres il faudra aller jusqu'à provoquer une insomnie passagère pendant laquelle l'enfant s'habituera pour ainsi dire à veiller sur la fonction de la mixtion.

Dans le traitement de la chorée, la pratique nous a appris que pour faire disparaître les mouvements choréiques, il était utile de faire exécuter à l'enfant, pendant l'hypnose, des exercices de gymnastique réguliers.

Nous avons pu guérir, par cet artifice, en une seule séance, une jeune fille de seize ans atteinte d'une chorée rythmique très intense. — Un jeune homme de quinze ans-, dont les secousses étaient tellement fortes qu'il ne pouvait tracer un signe sur le papier, immédiatement après son réveil, put, sur notre injonction, écrire d'une façon très lisible. Il fallut quelques séances pour le rétablir complètement, mais en même temps que son état physique s'améliorait, ses aptitudes intellectuelles, un instant éteintes, reprenaient, sous l'influence de quelques suggestions, toute leur vivacité.

Certaines habitudes vicieuses, rebelles aux suggestions ordinaires, céderont comme par enchantement si l'on a soin d'affirmer que désormais non-seulement le sujet ne sentira plus renaître en lui l'idée de son habitude, mais qu'il ne pourra même plus y succomber, alors même qu'il le voudrait.

A côté de nombreux succès, nous avons eu à enregistrer des insuccès, mais leur nombre était relativement restreint. D'ailleurs, quel traitement n'en compte pas? L'antipyrine guérit-elle toutes les migraines? Le salicylate de soude, tous les rhumatismes articulaires aigus? Le sulfate de quinine est-il toujours souverain dans les fièvres intermittentes ? La suspension améliore-t-elle tous les ataxiques?

Non, et il ne vient à l'esprit de personne l'idée de s'en étonner. Ce qu'il importe de proclamer bien haut, c'est que, par contre, l'emploi de la suggestion, entre les mains de

médecins expérimentés, n'a jamais donné lieu au moindre accident. Cependant quelques auteurs, inspirés par un esprit de parti pris évident, n'ont pas hésité à déclarer que cette médication avait pour effet de réveiller l'hystérie en puissance, et de provoquer l'éclosion de nouveaux symptômes.

Cette supposition serait légitime, s'ils ajoutaient que ces accidents seront imputables surtout aux médecins qui auront appliqué l'hypnotisme sans avoir l'expérience voulue, ou aux personnes qui se font un jeu d'endormir leurs semblables dans un but de curiosité malsaine. Mais, s'ils veulent généraliser, nous n'hésiterons pas à protester énergiquement contre ces imputations, qui ne reposent sur aucun fondement .

Pas plus entre nos mains qu'entre celles de MM. Liébeault, Bernheim, Beaunis, Grasset, Ladame, Forel, Van Renterghem, Wetterstrand, Moll e % t un grand nombre d'autres cliniciens éminents, l'hypnotisme n'a engendré l'hystérie. Il serait aussi injuste de dire que leurs hypnotisations faites dans un but curatif ont aggravé les troubles nerveux qu'ils avaient entrepris de traiter.

Exprimer de semblables insinuations, c'est avouer son incompétence et prouver qu'on ne sait pas ce que c'est que l'emploi de la suggestion.

Les résultats favorables obtenus plaident bien mieux en faveur de la méthode suggestive que nous ne pourrions le faire.

Nous ne croyons donc pas devoir insister sur ce point, nous réservant de répondre aux objections qui pourraient être soulevées dans le cours de la discussion.

Les applications à la pédiatrie doivent soulever peu d'objections, étant donné que le médecin a toujours le droit de

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recourir à la médication qu'il jugera à la fois la plus inoffensive et la plus efficace. Mais les applications à la pédagogie, au contraire, ont beaucoup plus de chances, en raison de leur caractère de nouveauté, de se heurter à des idées préconçues.

Certains esprits peuvent croire que les médecins sont tentés de pénétrer dans un domaine qui ne leur appartient pas. Pour dissiper leurs craintes, nous nous bornerons à retracer en quelques mots l'historique de la question :

En 1886, au Congrès de- l'Association française pour l'avancement des sciences, à Nancy, nous avons présenté une étude générale sur la suggestion envisagée au point de vue pédagogique. Dès ce moment, nous basant sur de nombreuses expériences qui nous avaient montré la valeur indiscutable de la suggestion hypnotique comme agent moralisateur, nous avions pu formuler quelques conclusions générales dont voici les principales (1) :

« Lorsqu'on aura, disions-nous, à se préoccuper de l'avenir d'enfants vicieux, impulsifs, récalcitrants, incapables de la moindre attention et de la moindre application, manifestant un penchant irrésistible vers les mauvais instincts, nous pensons qu'il n'y aura aucun inconvénient à provoquer l'hypnotisme chez ces créatures déshéritées.

« Pendant le sommeil hypnotique, les suggestions ont plus de prise. Elles ont un effet durable et profond. Il sera possible dans bien des cas, en les répétant autant que cela feera nécessaire, de développer la faculté d'attention chez ces êtres jusqu'alors incomplets, de corriger leurs mauvais instincts, et de ramener au bien des esprits qui s'en seraient écartés infailliblement. »

En terminant, nous déclarions que, autant il y aurait d'illogisme à pratiquer l'hypnotisme chez des sujets excellents, bien portants, autant il y aurait d'intérêt à l'appli-

(1) Bérillon. De la suggestion envisagée au point de vue pédagogique. Revue de l'Hypnotisme. Sept. 1886 et Comptes rendus de l'Association française pour ravancement des sciences Congrès de Nancy, 1885.

quer, comme moyen pédagogique, chez des sujets mauvais, vicieux ou malades. Nous nous empressions d'ajouter que l'emploi de ce procédé devrait être surtout réservé pour les cas où tous les autres moyens rationnels d'éducation auraient échoué, et qu'il ne devrait être appliqué que sous la direction de médecins compétents et exercés. Plusieurs pédagogues éminents avaient exprimé la crainte que la hardiesse de ces conclusions ne rencontrât, au sein de la section de pédagogie, une vive opposition. Il n'en fut rien, et nous eûmes la satisfaction de voir des hommes d'un esprit élevé comme MM. Liégeois, Liébeault, Ladame, Netter, appuyer notre proposition. Le président de la section, M. Félix Hément, inspecteur général de l'Université, comprenant tout le parti qu'il serait possible de tirer de l'emploi de la suggestion dans l'éducation des enfants vicieux et indisciplinés, avait été le premier à nous encourager à poursuivre nos études dans cette voie.

Après la discussion, la section de pédagogie, sur la proposition de M. le professeur Liégeois, déclara, par un vote unanime, que les conclusions, par nous formulées, étaient acceptables et que des expériences de suggestion hypnotique devaient être tentées, dans un but de moralisation et d'éducation, sur quelques-uns des enfants les plus notoirement vicieux et incorrigibles des écoles primaires, à l'égard desquels les pédagogues avouent leur complète impuissance.

Peu de temps après, M. le professeur Bernheim publiait une étude remarquable dans laquelle toutes les critiques formulées contre l'emploi de la suggestion comme moyen pédagogique étaient éloquemment réfutées (1). S'élevant avec raison contre cette terreur mystérieuse que l'hypnotisme inspire à certains des plus éclairés, il y démontrait notamment que le sommeil dit hypnotique ne diffère en rien du

(1) Bernheim. De La suggestion envisagée au point de vue pédagogique. Revue de l'Hypnotisme. Nov. 1886, i n année, p. 129.

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sommeil normal et que tous les phénomènes provoqués dans l'un peuvent l'être dans l'autre.

Daps l'un comme dans l'autre, en effet, toute idée qui arrive au cerveau tend à devenir acte,, sensation, mouvement ou image.

Plus récemment encore, M. le docteur Ladame (de Genève) réfutait avec vigueur toutes les objections soulevées par quelques philosophes routiniers contre l'application de la suggestion hypnotique à la pédagogie (1). « Remarquonsle bien, écrivait-il, les raisons plus ou moins spirituelles qui sont données, comme des arguments, contre l'emploi de l'hypnotisme en pédagogie, n'ont rien qui participe à lai vie pratique. Elles ne reposent sur rien. C'est de l'abstraction. C'est de la métaphysique. »

Et plus loin, répondant à ceux qui cherchaient à décourager les expérimentateurs en invoquant certain respect théorique de la liberté morale de l'enfant, il exprimait une pensée éminemment juste en disant :

« Certes, le problème de la responsabilité n'est pas là. La société est responsable de tous ces enfants qu'elle laisse se pefdre faute de vouloir les sauver. Ceux qui sont responsables, ce sont les égoïstes, les sceptiques, les blasés et les pessimistes qui laissent tout faire, tout détruire, tout périr, et qui, non contents de jouer ce rôle passif, si funeste dans la vie sociale, cherchent encore à paralyser les efforts de

tous ceux qui travaillent et qui agissent, de tous ceux qui ont foi au progrès et au bien. Vdilà de quel côté se trouve là responsabilité. »

M. le professeur Beaunis, frappé des résultats parvenus à sa Connaissance , s'était aussi rallié à la môme idée. Dans son livre remarquable Sur le somnambulisme provoqué, il déclare que, pour sa part, il est convaincu que l'hypnotisme deviendra un jour un puissant moyen de moralisation et d'éducation.

(1) Ladame. V Hypnotisme et la pédagogie. Revue de l'Hypnotisme. Mai et Juin 1887. t" année, p. 332 et p. 359.

Il y aurait injustice à ne pas rappeler les termes si judicieux dans lesquels M. Félix Hément, au Congrès de l'Association française, à Toulouse, en 1887, après une importante discussion à laquelle prenaient part MM. Perroud, recteur de l'académie, Compayrô et Bernheim, défendait de nouveau l'idée de l'application de la suggestion à la pédagogie.

« Autrefois, disait ce pédagogue autorisé, les esprits étaient attires vers l'hypnotisme par l'amour du merveilleux. Nous, au contraire, nous nous y intéressons parce que nous y voyons un cùté utile. Nous ne pouvons nier qu'il y ait des enfants qui rendent le rôle du pédagogue difficile. Faisons tous nos efforts pour les amender par la persuasion et surtout par notre patience . Mais si un jour nous reconnaissons qu'il n'y a pas d'autre moyen de les diriger dans la bonne voie, pourquoi ne les soumettrions-nous pas à quelques tentatives d'hypnotisme? Selon moi, dans cette œuvre, le concours de deux personnes sera nécessaire. Il y aura d'abord le médecin, qui mettra l'enfant dans les conditions voulues pour qu'il devienne suggestible, puis le pédagogue interviendra et, à cet enfant hypnotisé, il donnera les conseils qu'il lui dicterait étant éveillé. L'expérience a appris que dans ce cas, nos recommandations auront plus de prise, que nous pourrons développer l'attention de l'enfant, accroître son énergie morale, et môme le mettre dans l'impossibilité matérielle de céder à ses mauvais instincts.

« Nous en profiterons pour lui faire les suggestions les meilleures. Il n'y a rien là qui puisse choquer des esprits généreux. Lorsqu'on se trouve en présence d'esprits malades ou en voie de le devenir, il est indiqué de faire appel au concours de la médecine.

« Le pédagogue et le médecin se compléteront l'un l'autre dans la création d'une science nouvelle dont le vrai nom est Yorthopédie morale. »

Fort de ces encouragements, nous n'avons plus hésité à appliquer l'hypnotisme, dans un certain nombre de cas, au traitement d'enfants vicieux. Les observations nombreuses

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que nous avons recueillies dans les trois années qui viennent de s'écouler, démontrent la grande efficacité de la suggestion hypnotique, en même temps que sa complète innocuité, lorsqu'elle est appliquée avec le tact et la prudence qui sont indispensables dans des matières aussi délicates.

La méthode à laquelle nous avons eu constamment recours pour mettre les sujets dans l'état d'hypnotisme, est celle que les leçons de MM. les docteurs Liébeault et Bernheim nous ont enseignée : la méthode suggestive.

La première de toutes les applications à la pédagogie fut tentée fortuitement. Elle n'en fut pas moins concluante, et elle mérite d'être rappelée. On avait amené à la clinique du docteur Liébeault un enfant atteint d'une affection nerveuse. Il refusa de se laisser hypnotiser ; mais un frère du petit malade, collégien robuste et bien portant, qui l'accompagnait, offrit spontanément de se laisser hypnotiser, pour montrer qu'il n'avait pas peur.

Pendant qu'il dormait, la mère raconta au docteur Liébeault que son fils était toujours le dernier de sa classe parce qu'il se refusait obstinément à travailler. On profita de son sommeil pour lui suggérer de mettre plus d'application dans ses études, de travailler avec ardeur. Le résultat fut complet. Pendant six semaines, il donna l'exemple d'une assiduité et d'une application inaccoutumées, à tel point qu'il fut deux fois le premier de sa classe.

Dans un second cas, il s'agissait d'un enfant très arriéré, qui fut amené pour une incontinence d'urine. Ce malade n'avait jusqu'alors été accessible à aucune culture intellectuelle. On n'avait pu lui apprendre ni à lire, ni à compter. M. Liébeault le soumit à des suggestions répétées par lesquelles il s'efforça de développer chez lui la faculté d'attention tout à fait absente. Au bout de deux mois, le sujet, si déshérité, connaissait ses lettres et avait appris les quatre règles de l'arithmétique.

Depuis lors, M. Liébeault a eu l'occasion de faire de fréquentes applications de la suggestion à la pédagogie. D'un

ensemble de vingt-deux observations recueillies par lui dans une période de trois ans (1885-1888), il a obtenu dix guérisons, huit améliorations, quatre insuccès. Il a pu constater que la suggestion est également efficace pour faire disparaître le sentiment de la peur, celui de la colère, pour dissiper l'habitude de mensonge et anéantir certains appétits précoces et dépravés, et même pour exciter les facultés intellectuelles normales. Enfin, des esprits indociles ont trouvé dans les suggestions qui leur ont été appliquées, un frein, il est vrai incomplet, mais réel (1).

Bien que nous ayons été à même de vérifier la rigoureuse exactitude des faits annoncés par M. le docteur Liébeault, hâtons-nous de dire que nous n'avons pas cru devoir le suivre complètement dans la voie qu'il avait ouverte. Nous avons cru suffisant de limiter nos expériences au traitement des vices, des troubles mentaux, des instincts pervers, qui pourraient, dans un avenir prochain, placer l'enfant qui en est atteint, dans les conditions sociales les plus défavorables.

C'est ainsi que nous avons pu guérir par suggestion un certain nombre d'enfants qui présentaient des habitudes de mensonge irrésistible, de kleptomanie, de cruauté, d'onanisme, de paresse invincible, de malpropreté, d'indocilité, de pusillanimité. Les résultats complètement favorables enregistrés jusqu'à ce jour sont trop nombreux pour ne pas entraîner la conviction de tous ceux qui seraient tentés de les contrôler de bonne foi.

Pour faire comprendre par quel artifice on arrive à guérir un enfant atteint de la manie de voler des pièces de monnaie, par exemple, je vais vous donner un aperçu d'un procédé qui m'a toujours bien réussi. L'enfant étant mis dans un état de suggestibilité suffisant, je le fais approcher d'une table sur laquelle se trouve une pièce de monnaie :

(1) Liébeault. Emploi de la suggestion hypnotique dans V éducation des enfants et des adolescents. Revue de l'Hypnotisme. Janv. 1889,3 e année, p. 201.

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« Tu vois cette pièce, lui dis-je, tu as envie de la prendre. Eh bien, prends-la si tu le veux, et mets-la dans ta poche. » Il le fait. J'ajoute alors : « C'est ce que tu as l'habitude de faire ; mais tu vas remettre maintenant la pièce d'argent où tu Tas prise, et désormais tu agiras toujours ainsi. S'il t'arrive de succomber à la tentation, tu auras honte d'avoir volé, et tu t'empresseras de remettre l'objet volé à sa place. »

Au bout de quelques séances de cette gymnastique mentale, exécutée sous l'influence de la suggestion, l'enfant est généralement guéri pour toujours de sa mauvaise habitude.

Certains philosophes verront dans l'exécution de ces actes une diminution de la liberté morale de l'enfant. Nous pensons le contraire, et nous croyons que tout exercice de notre pensée, toute gymnastique de notre volonté, ont pour effet d'étendre les limites de notre activité volontaire.

Des procédés analogues pourront être employés efficacement dans le traitement de chaque cas spécial.

Nous pourrions nous arrêter davantage sur ce côté de la question ; mais rien ne prévaut contre un fait, et nous nous bornerons à dire aux sceptiques : « Voulez-vous être convaincus, il vous est facile de trouver dans votre entourage un enfant atteint d'incontinence nocturne d'urine, par exemple, ou de quelque habitude vicieuse*? Amenez-le à quelqu'un des disciples de l'École de Nancy, et, devant l'évidence des faits, vous vous rallierez à notre opinion. »

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