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qiiisitoire et pour cause. — Nous répondrons à toutes ces critiques, d'abord, qu'il nous importe fort peu que Ton écarte ou que Ton conserve Peau d'Ane. Théophile Gauthier y voyait « le chef-d'œuvre de Tesprit humain, quelque chose d'aussi grand dans son genre que V Iliade et V Enéide ; » M. Guichon de Grand-Pont, qui est cependant un arrière-neveu de Perrault, le trouve « trivial et répugnant » (1). Nos bébés, j'en suis sûr, y voient moins de malice, et nous doutons fort qu'il en ait perverti aucun. Nous doutons même que dans tous les contes, quels qu'ils soient, ils s'inquiètent beaucoup de leur moralité, ce dont on ne saurait les blâmer. Nous avouerons même, qu'on nous le pardonne, que les réflexions de M"® Thècle ne nous ont point scandalisé.
C'est qu'en effet les enfants voient dans les contes autre chose que ce que les pédants y cherchent : ils y voient avant tout des faits qui charment leur imagination et les captivent, qui donnent une forme ai leurs rêves et impriment l'essor à leurs facultés les ' plus utiles. Il est possible, sans doute, que ces contes, lorsqu'on eu abuse, favorisent le goût du romanesque et la superstition ; mais n'est-il pas à craindre, si on les condamne absolument, que l'on ^ ne tue du même coup « la foi et l'Idéal ? » Aussi concluerons-nous, avec un écrivain contemporain, en demandant qu'on laisse à l'enfant « ses amis surnaturels, les doux redresseurs de torts, dont la pensée lui
(1) Voy. BuUelin de la Société académique de Brest, 1889, pp. 61 et suivantes.
inspire une divine sécurité. Il aime à sentir le monde peuplé d'êtres puissants parmi lesquels il ne se, rencontre pas seulement de méchants loups et de vieilles Carabosses, mais aussi de bonnes fées et des animaux à l'esprit subtil qui jouent le rôle de justiciers. L'enfant s'aperçoit de bonne heure que la vie et les hommes sont injustes. Il se rassure en songeant avec confiance au coup de baguette qui va sauver l'innocence et confondre le méchant. A mesure que sa raison s'éveille et sous l'obsession d'un persistant désir de justice, son penchant enfantin pour le merveilleux se développe en sentiment religieux. Il a cessé de croire aux baguettes magiques ; il conserve l'habitude de regarder en haut (i). » Or, de toutes les suggestions, tant au point de vue utilitaire qu'au point de vue moral, celle qui produit un tel résultat n'est-elle pas appréciable? — Est-ce à dire maintenant que les contes bleus doivent occuper, dans l'éducation, la place principale, et qu'ils conviennent également à tous les âges? Nul maître ne Ta jamais pensé. En les défendant, c'est surtout la cause des tout petits que nous avons défendue, comme nous défendrions encore leurs jouets et leurs poupées, si quelque positiviste à outrance voulait les leur ravir.
Le terrain que les contes ont perdu, Yhisioire semble l'avoir gagné. Au progrès de l'histoire dont la place dans nos écoles s'élargit de plus en plus
[%) Arvède Harino, Revue des Deux Mondes^ décembre 1860.
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nous ne saurions trop applaudir, pourvu toutefois qu'elle soit bien comprise et enseignée. Nous savons quelle influence considérable ont exercée sur la jeunesse d'autrefois les œuvres historiques des aurions et notamment les Vies de Plularque^ trop onhlicos aujourd'hui ; mais nous savons aussi, parexpérîencci quelle impression produisent sur nos élèves le? li:iiiU faits de nos héros et le tableau des transformalions que chaque siècle introduit dans nos mœurs, détruisant un à un les préjugés et préparant le Irioiiiphe de la justice. C'est une sorte de moraleen adinn d'autant plus salutaire que la leçon s'y trouve dissimulée et que les préceptes y revêtent constamment une forme vivante et concrète. Mais, poiu" que l'histoire présente ces avantages, il faut qu\^Ile cesse d'être ce vain exercice de mémoire quelle a été si longtemps, cette sèche nomenclatuir de dates et de faits que beaucoup d'entre nous uni connue. « Plus j'étudie l'histoire politique, écril l'un de nos maîtres dont le témoignage ne saurait être suspect, plus petit me semble le nombre des faits qui doivent être retenus pour l'enseignement ; j> et M. La visse ajoute ces paroles qu'on ne saurait trop méditer : « Apportez donc à vos élèves de^s notions brèves, des réflexions simples, de rémolion. n Outre l'histoire proprement dite, le maître duil, enfin, enseigner à ses enfants quelques notions générales d^ histoire littéraire. Or, ici encore, ce qui importe, c'est de savoir se borner et de savoir oJiuisir, Défious-nous principalement de l'érudition t'I de
la critique : ni Tune ni Tautre ne sont à leur place ù l'école primaire. Notre but est avant tout d'émou voir nos élèves, d'exciter leur enthousiasme, de les rendre aptes à admirer les belles œuvres ; mais pour cela il est nécessaire que nous soyons capables nousy mômes de nous émouvoir, de nous enthousiasmer et d'admirer. Si notre cnseignementa inspiré le goût des saines lectures, nous aurons préparé, par là même, l'éclosion des pensées élevées et la pratique des vertus solides : nos efforts n'auront pas été superflus (i).
(i) Sur l'influence que peuvent exercer les lectures bien choisies, voy. Mes Paradis, de Richepin, les Iles d'or.
Béni soit le semeur dont le geste étendu
Sut me jeter, au vent de hasard des étrennes,
Les bons grains, bien triés de vénéneuses graines !
Bénis sois-tu, ô père, ô tendre ami perdu !
Ah ! les chers livres !...
Tout ce que j'ai de bon, de noble, me vient d'eux,
Et tout ce que je vaux si je vaux quelque chose.