CHAPITRE II
Différents sens du mot suggestion : Définition. — I. De l'auto-suggestion. — II. Ses causes : influence de l'organisme. — III. Influence de la sensibilité. — IV. Influence de l'imagination. — V. Influence de la volonté. — VI. Principaux effets de l'auto-suggestion sur nos facultés : Erreurs de mémoire et de jugement, délire de la persécution, maladies imaginaires, altérations de la personnalité.
Le terme de suggestion, qui ne s'employait guère autrefois que pour désigner les inspirations mauvaises (i), a pris de nos jours une extension beaucoup plus grande. Suivant un certain nombre d'écrivains, il conviendrait non seulement à toutes les inspirations, quelles qu'elles soient, mais encore à tous les phénomènes psychologiques, de telle sorte qu'on devrait l'appliquer « aussi bien à la simple perception qu'aux plus nobles créations artistiques et sociales (2). » On conçoit qu'en devenant ainsi
(1) Voy. Dictionnaire de V Académie française et Dictionnaire de M. Litiré.
(9/) Voy. Schmidkunz, Psycïiologie der Suggestion
général, ce terme ait perdu toute précision ; on conçoit également que les psychologues soucieux de la clarté dans le langage, condition indispensable de la clarté dans la pensée, aient élevé des protestations contre l'abus qu'on en a fait. Ces protestations sont d'autant plus légitimes que ce mot s'est substitué, sans besoin, à d'autres mots très clairs et compris de tous, sans apporter avec lui aucune lumière nouvelle, et qu'il ne sert souvent qu'à masquer l'ignorance de ceux qui l'utilisent comme ressource suprême, quand ils sont en présence de faits dont la cause leur est inconnue. Nous ne devons jamais oublier, en effet, qu'un mot, par lui-même, n'explique rien, et qu'il ne suffit pas de dénommer un objet pour en rendre compte. Le terme de suggestion n'aura donc vraiment une valeur scientifique que si l'on indique, comme le demande Wundt, <( les processus psychiques élémentaires qu'on entend parla unir et désigner (i). » C'est pourquoi ce même philosophe demande qu'on en restreigne le sens, et il nous semble l'avoir enfermé dans de justes limites quand il considère comme effets de suggestions <c les seuls états de conscience suscités en nous, qui sont assez forts pour résister, — momentanément du moins, — aux états de conscience contraires qui tendent à les détruire » ; aussi définironsnous à notre tour la suggestion : l'inspiration d*une croyance dont les vrais motifs nous échappent et qui, avec plus ou moins de force, tend d'elle-même k se
(0 Wundt, Hypnollsnie et suggestion^ pp. 7201 suiv. (Paris, F. Alcnn}.
réaliser (i), -— La suggestion ainsi définie ayanlTdcs" caractères différents suivant les causes qui la provoquent, étudions d'abord ceux qu'elle présente lorsqu'elle a sa cause en nous et mérite proprement le nom d' autosuggestion,
I. — Les phénomènes que nous désignons ici sous ce terme général sont parfois si surprenants et leur influence dans la vie est si grande que les moralistes, de bonne heure, se sont plu à nous les décrire. Pour en bien comprendre la nature et le caractère essentiel, examinons ce qui se passe en nous lorsqu'en rêvant nous fixons un instant nos regards sur les dessins d'un tissu, les fleurs d'un rideau, les arabesques d'un monument. Au premier abord, nulle différence entre la perception de ces objets et nos perceptions ordinaires, mais voici que bientôt, comme sous l'action invisible d'un magicien merveilleux, le spectacle se transforme : de nouvelles images surgissent devant nos yeux ; cette fleur représente un visage, ces points des yeux brillants... et l'illusion est parfois si forte que, plus tard, lorsque la perception première se renouvelle, les mêmes métamorphoses se reproduisent. Beaucoup, d'entre nous savent par expérience qu'il leur est impossible, même après une longue absence, de revoir tel rocher de leurs montagnes sans qu'aussitôt se dessine, devant leurs yeux, la silhouette du géant que leur imagination d'enfant y voyait au-
(i) M. Guyau définit également la suggestion « l'inlroduction d'une croyance pratique qui se réalise elle-même. » (/itiacation et hérédUé, p. 17; Paris, F. Alcan.)
Ircfois. Or, ces transformations que nos perceptions subissent, nos sentiments et nos idées peuvent également les subir. De même que, tout à l'heure, les lignes et les couleurs paraissaient abandonner leui destination primitive pour former une autre image de plus en plus précise, de mêfne nos idées, seraientelles différentes, vont s'adaptant de plus en pi as à des jugements qu'autrefois elles semblaient contredire. Alors se forment, par un travail plus ou moins rapide, mais d'ordinaire inconscient, des sentiments et des opinions qui se subordonnent toutes nos émotions et toutes nos pensées : ce sont autant de prismes à travers lesquels nous voyons les choses et dont se nuancent tous nos états de conscience. Par eux s'explique, le plus souvent, notre manière de concevoir et de comprendre la vie.
II. — Il est difficile de découvrir sous quelles influences précises nous sont suggérés ces sentiments et ces croyances, la conscience ne pouvant ici nous instruire ; nul doute cependant que beaucoup d'entre eux n'aient leur source dans l'état même de nos organes. L'expérience, en effet, nous prouve fréquemment que les moindres troubles dans nos fonctions organiques suffisent à changer le caractère de nos pensées et à ébranler nos résolutions les plus fermes : de là ces phénomènes de « réfraction morale » si bien décrits par Maine de Biran, ces passages subits de la gaîté à la tristesse, de l'enthousiasme à la défiance, de l'activé à l'inertie : les travaux qui nous occupaient brusquement nous déplaisent.
DE l'auto-suggestion 23
nos projets les mieux arrêtés nous paraissent de pures chimères, une voix tout à l'heure nous suggérait les moyens de les poursuivre, une autre maintenant nous suggère les raisons de les abandonner, et cependant leur valeur est la même. D'où vient ce changement? Peut-être simplement de la fatigue physique qui nous envahit, de la nourriture que nous avons prise, de l'air moins pur que nous respirons... Mais ces suggestions ne sont que passagères comme les causes qui les produisent ; tout autres sont celles qui proviennent de la nature de notre tempérament et de l'action latente et continue qu'il exerce sur nos facultés mentales. Suivant qu'il est sanguin, nerveux, lymphatique ou bilieux, nous nous sentons plus spécialement portés à la bienveillance et au plaisir, à la violence et à la tristesse, à la mollesse et à l'indifférence, à la malveillance et à la jalousie (i). La maladie et la santé influent sur tous nos jugements et nous prédisposent, soit au pessimisme qui exagère les défauts des hommes et des choses, soit à l'optimisme qui les atténue.
III. — Notre degré de sensibihté, la vivacité de nos passions, la prédominance en nous de tel ou tel penchant acquis ou inné ont des effets plus apparents encore, sinon plus durables; aussi sont-ils généralement mieux connus. Ne parlons-nous pas à chaque
(i) Voy. sur cette classification des caractères et des tempéraments qui n'a d'ailleurs rien de rigoureusement scientifique, les observations critiques de Muller, Physiologie^ trad. fr., t. II, p. 556.
instant des suggestions de Tégoïsme, de la colère, de l'amour et de la haine, des suggestions de l'amourpropre et de la vanité ? Ces suggestions, en effet, sont si fréquentes qu'elles frappent tous les yeux : avecquelle habileté, lorsque notre intérêt est en jeu, nous savons réfuter les objections de la conscience, justifier nos résolutions les moins excusables, opposer aux motifs de la raison des motifs qui les combattent, et amnistier tous nos actes ? « L'intérêt, observe judicieusement Pascal, est un merveilleux ' instrument pour nous crever les yeux agréablement. » La passion, sur ce point, n'est pas un instrument moins remarquable, car « elle fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent habiles les plus sots (i) . » Tantôt elle transforme en qualités les défauts les plus saillants, et tantôt, en défauts, les qualités les plus rares; aussi voit-on les ennemis toujours défendre leurs préventions, et les amants toujours vanter leur choix. Pour eux,
La pale est au jasmin en blancheur comparable ; La noire à faire peur, une brune adorable ; La géante paraît une déesse aux yeux; La naine, un abrégé des merveilles des cicux (2).
On sait enfin combien la vanité est féconde en suggestions ingénieuses (3), et avec quel art La Roche-
(1) La Rochefoucauld, Max. 6.
(2) Molière, le Misanthrope, act. II, se. vi. — Voy. également Lucrèce, livr. IV, v. ii/jQ et suivants.
(3) « Les passions les plus violentes nous laissent quelquefois du relâche, mais la vanité nous agite toujours. » (La Rochefoucauld, 465.)
foucauld nous dévoile les ruses et les « souplesses » de Tamour-propre, « ses insensibles tours et retours » pour excuser « ses erreurs et ses ignorances à son sujet (i). » Qu'on se rappelle la mésaventure dcGi} Blas si finement contée par Lesage. Le saint archevêque de Grenade, que sa réputation d'orateur préoccupait non moins que le salut de ses fidèles, avait fait promettre à Gil Blas de Taverlir sans détours dès qu'il apercevrait dans ses homélies quelques signes de décadence. La promesse fut faite... et tenue. Or Lesage nous apprend quelle en fut la récompense : « Mon enfant, répondit le bon archevêque à son trop naïf ami, vous êtes encore trop jeune pour démêler le vrai du faux. Apprenez que je n'ai jamais composé de meilleure homéhe que celle qui a le malheur de ne pas avoir votre approbation. Mon esprit, grâce au ciel, n'a encore rien perdu de sa vigueur. Désormais je choisirai mieux mes confidents. Allez , poursuivit-il en poussant Gil Blas par les épaules hors de son cabinet, allez dire à mon trésorier qu'il vous compte cent ducas. Et que le ciel vous conduise avec cette somme. Adieu, Monsieur Gil Blas, je vous souhaite toutes sortes de prospérités avec un peu plus de goût. » Cette leçon mérite d'être méditée : tous les hommes ne ressemblent-ils pas un peu à l'archevêque de Grenade ? (2)
(1) La Rochefoucauld, passini.
(2) Voy. le fin et judicieux cha})ilrc que consacre Nicole aux sophismes d amour-propre, dinlérêl el de passion {Logique de Port-Royal, III» partie, ch. xx).
F. Trf)jN.3 a
IV. — Cette influence de la passion et de l'amourpropre sur nos croyances serait cependant fort exagérée si, dans les exemples qui précèdent, nous ne faisions aussi la part de Timagination. Sans le concours de cette dernière faculté dont le pouvoir s'étend à toutes nos pensées et à tous nos actes, la plupart des inspirations qui nous guident resteraient, en effrt, inexplicables. Que Ton songe, d'abord, au rôle considérable qu'elle joue dans la vie, rôle que les moralistes ont si souvent dénaturé. C'est d'elle, il est vrai, comme l'ont si bien montré Malebranche et Pascal (i), que proviennent le plus grand nombre de nos illusions et de nos erreurs, nos haines et nos amours irraisonnées, nos enthousiasmes et nos dégoûts irréfléchis; mais, en revanche, que de services elle nous rond l N'est-ce pas elle qui allège tous nos maux ? La vie humaine est loin d'être toujours agréable et facile, et les épreuves qu'elle nous ménage souvent nous déconcertent; c'est alors qu'elle intervient ^omme une fée bienfaisante, substituant au présent flésagréable et sombre un avenir tout ensoleillé de boni leur ; au pauvre elle donne les châteaux en Espagne; au riche, la comfiance dans l'avenir; à tous, le plus précieux des dons faits à l'homme : l'espérance.
(i) « Cette superbe puissance (rimagination), ennemie de la nn'fion, a établi dans Thomme une seconde nature. Elle a itts Iteureux, ses malheureux, ses sains, ses malades, ses riches, ses pauvres ; elle fait croire, douter, nier la raison ; elle !^usi»cnd les sens, elle les fait sentir; elle a ses fous et ses ï^ni^r^; et rien ne nous dépite davantage que de voir qu'elle Ti' inédit ses hôtes d'une satisfacUon bien autrement pleine el ciiLière que la raison. » (Pascal, Pensées.)
N'est-ce pas à elle, enfin, que nous devons tous, en partie, et ce que nous sommes et ce que nous valons ? On a dit que l'existence la plus utile et la plus belle vient ordinairement d'un rêve de jeunesse réalisé dans l'âge mûr : on ne pouvait faire de l'imagination un plus flatteur éloge, puisque c'est elle qui, de bonne heure, nous montre le but à poursuivre et, tout en excitant notre courage, nous indique les moyens de l'atteindre.
A côté de ces effets généraux, signalons quelques illusions dont on s'est particulièrement occupé de nos jours et qui ont, au point de vue de l'éducation surtout, une assez grande importance. Les premières sont celles qui nous font considérer comme vraies des conceptions qu'autrefois nous savions pertinemment être fausses, ou comme réels des événements que nous avons simplement rêvés. — Le menteur qui, à force de répéter les mêmes faits inexacts, en arrive peu à peu à se duper lui-même, nous en offre, d'abord, un exemple frappant. Il y a partout, et non seulement en Provence, de ces Tartarins inventifs qui finissent par se persuader à eux-mêmes que tous les beaux exploits dont ils font le récit pourraient bien n'être pas tout à fait imaginaires. Après en avoir imposé à leur entourage, ils s'en imposent à euxmêmes; leur langage, leur attitude s'adaptent au rôle qu'ils ont créé et accepté. Il est rare sans doute que leur conviction devienne jamais entière et inébranlable, mais la demi-croyance qui s'est produite n'en est pas moins assez forte pour résister pratiquement
aux idées qui la combattent. — Les annales judiciaires nous ont appris jusqu'où pouvaient aller chez les enfants ces auto-suggestions, et avec quelle prudence il convient d'accueillir leurs témoignages. Le hasard les a-t-il rendus témoins de quelque crime, et aussitôt leur imagination ajoute mille détails nouveaux à ceux qu'ils ont perçus ; or tous ces détails qu'ils mettent au même plan, dans leurs récits, soit pour paraître bien informés, soit pour se donner quelque importance, bientôt se confondent dans leur esprit. Le souvenir de leur premier mensonge s'efface graduellement, et il se peut qu'appelés en justice , quelques mois plus tard, ils affirment sincèrement avoir vu ce qu'en réalité ils n'ont qu'imaginé (i) . N'en est-il pas de même souvent des récits que tant d'enfants de nos écoles, une fois rentrés chez eux, font des moindres incidents qui se sont produits en classe ? Avec quelle facilité ils dénaturent les choses et se créent des opinions que, malgré leur invraisemblance et leur fausseté, ils s'entêtent à défendre ! — Cette aptitude qu'ont les enfants ' à se duper ainsi paraît plus évidente encore dans la confusion que parfois ils commettent entre leurs rêves et la réalité. Plusieurs d'entre nous, sans doule, se sont imaginé, en rêvant, qu'ils avaient des ailes et parcouraient de larges espaces, en volant ; or nous avons connu plusieurs enfants qui, de très bonne foi, nous ont affirmé qu'ils venaient de voler soit dans leur
(i) Voy. la communication faite le 12 avril 1887 par M. Motet h l'Académie de médecine.
escalier, soit dans la campagne, et l'impression qui en est restée à l'un deux est si forte qu'il se la rappelle encore aujourd'hui, après trente ans passés.
Les autres illusions que nous voulons signaler ont été désignées de nos jours sous le nom de paramnésies. Voici la description précise que donne de ce phénomène M. J. Soury: « A l'aspect d'un paysage, d'un monument, d'un tableau, d'un objet quelconque que l'on voit pour la première fois, on se' rappelle tout à coup l'avoir déjà vu, et dans des conditions tout à fait identiques, comme si on revivait un instant d'une existence évanouie. D'autres fois, on a la conviction d'avoir déjà entendu , dans les mômes termes, des mômes personnes, ce qu'on entend; d'avance on devine ce qui va être dit, et, dans certains cas, la prévision est justifiée. Ce qui constitue l'illusion de la paramnésie, c'est qu'on n'a point conscience d'une analogie plus ou moins éloignée entre un événement passé et le moment présent : on croit à une identité absolue (1). »
Pour rendre compte de ce phénomène, il nous paraît inutile de recourir, comme on l'a fait, aux hypothèses métaphysiques les plus obscures, les lois connues dés processus psychologiques étant ici suffisantes. Et d'abord, ne peut-on pas admettre que certains objets perçus pour la première fois répondeni
(1) J. Soury, Revue philosophique, juillet 189^. Voy. éc^alement, sur le même sujet et dans la même Revue, les articles de MM. Lalande (novembre 1898), Bourdon (décembre 1898) , L. Dugas (janvier et juillet 1894), J. Lorrain (février 1894)1 Lapio (mars 1894), J.-J. Van Biervliet (juillet i8q4).
3o LA SUGGESTION
à des représentations que l'esprit s'est précédemjiifiiL formées? Pourquoi, parmi toutes les combinaisons que l'imagination enfante à l'aide des matériaux que lai fournissent les sens et la conscience, les souvenirs de ce que nous avons lu et entendu, ne s'en iTouvcrait-il pas une qui se rencontre avec la réalité? Dana ce cas, la conviction d'avoir perçu ces objets s\*xpliquerait comme l'illusion dont nous pariions louL à heure, à propos de certains rêves, par un grossissement de la mémoire et de l'imagination. — Toutefois, cette hypothèse d'une identité parfaite t'nire certaines combinaisons imaginaires et telle de iuj:^ perceptions actuelles est bien difficile à vérifier maïs une simple ressemblance ne saurait-elle nous faire croire à une identité ? Supposons une concep- I ion de l'esprit formée par les images a b c d e... et actuellement oubliée; si nous sommes en présence d'un objet qui provoque en nous une représentation lorniêe des éléments a b c f g, il arrivera, en vertu de la loi de l'association des idées, que cette représen- Uition évoquera la conception précédente. Déplus, cuiiiine il existe entre elles une ressemblance, puisliu'i'llcs ont les mêmes caractères communs abc; romme, en outre, les caractères f et g, immédiatetihmi perçus, sont naturellement plus saillants que les ^'nractères c?et e, ceux-ci se trouvent rejetés dans rnnibrc, et nous sommes amenés à identifier les deux élutâ rapprochés. Maintenant, comme l'image que nous avons dans l'esprit est localisée dans le passé, les iientimcnts qui l'accompagnent y sont localisés
DE L AUTO-SUGGESTION 3l
également avec la coloration qui leur est propre. Quant à la prévision qui caractérise encore laparamnésie, elle ne serait mystérieuse que si l'imagination n'avait point sa logique comme nos autres facultés. N'est-ce point grâce à cette logique que nous pouvons, par exemple, en entendant une personne, prévoir les arguments qu'elle va présenter, bien que, dans ce cas, de nombreuses expériences le prouvent, les prévisions soient toujours vagues et confuses ? Néanmoins, lorsque paraît Tévénement pressenti, il e^t assimilé à un souvenir, comme les représentations dont nous avons parlé, et pour les mêmes raisons.
V. — Jusqu'ici nous avons considéré les auto-suggestions comme s'imposant à nous par leur seule vertu, mais il n est point rare que nous les secondions volontairement et que, de propos délibéré, nous collabonons à leur succès. Sans ce concours de la volonté, beaucoup d'entre elles ne feraient que traverser l'esprit sans y laisser de traces ; avec son appui, elles parviennent à étouffer toutes l^s forces qui les entravent. C'est là ce que nous laisse entendre Pascal dans un passage que nous avons déjà cité: Celui qui veut avoir la foi finit à la longue par plier sa raison et par vaincre les résistances qu'elle oppose. Celui qui veut trouver une étude attrayante, malgré les ennuis qu'elle lui cause, suscite par sa fermeté même des suggestions qui la lui font aimer. Aussi l'éducateur doit-il toujours, s'il tient à réussir, faire de la volonté son auxiliaire.