‹ La suggestion: son rôle dans l'éducationChapitre 4 sur 20 · VI.- En recherchant les causes de la suggestion · texte numérisé non relu

VI.- En recherchant les causes de la suggestion

nous en avons en même temps montré les principaux effets. C'est de l'auto-suggestion que proviennent d'abord ces phénomènes que les théologiens désignent sous le nom de tentations^ et l'obsédante tyrannie qu'ils exercent sur noiis. C'est, au débyt, une idée vague, imprécise, venant on ne sait d'où ; puis, peu à peu, cette idée s'éclaire, tantôt combattue, tantôt secondée par nos instincts et nos habitudes ; enfin, si rien ne l'a entravée, elle devient une force à laquelle il est impossible de résister. Chez les imputsifs, son développement extraordinairement rapide et ses conséquences peuvent être des plus funestes. C'est à une sorte d'auto-suggestion de cette nature que paraissent obéir certains criminels , invinciblement poussés au mal. « Ces gens -là, dit Dostoiewsky , naissent avec une idée qui, toute leur vie, les roule inconsciemment à droite et à gauche : ils errent ainsi jusqu'à ce qu'ils aient rencontré un objet qui éveille violemment leur désir ; alors ils ne marchandent pas leur tête. — Quand Pétrof désirait quelque chose, il fallait que cela se ftt.Un individu comme Pétrof assassinera un homme pour 25 kopecks, uniquement pour avoir de quoi boire un demi-litre; en toute occasion, il dédaignera des centaines de mille roubles (i). »

Nous avons montré, en outre, comment l'autosuggestion peut fausser le jugement et la mémoire et altérer la sensibihté ; or son action peut aller parfois jusqu'à produire de véritables maladies de l'esprit.

(i) Voy. Garofolo,/îeyue/>/i//oso/)/z/9ae, mars 1887, etGuyau, op. cit. y p. 9.

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L'une des plus fréquentes est le délire de la persécution. Le sujet qui en est atteint aperçoit partout des dangers et des ennemis imaginaires : dans Tombre qui joue près de lui, dans le bruit du vent à travers les feuilles, il ne voit que menaces et présages fâcheux. Un geste Teffraie, le moindre mot le blesse. Il semble qu'un malin génie prenne plaisir à dénaturer, pour le faire souffrir, tout ce qui frappe ses sens. Les sentiments les plus bienveillants eux-mêmes sont tordus et gauchis par cette disposition pessimiste : aussi la vi'e devient-elle souvent à charge à ces malheureux affolés. Ces prédispositions, nous les trouvons quelquefois même chez les enfants, surtout chez ceux dont la santé est débile, ou qui ont vécu dans la crainte auprès de parents qui les terrorisaient. Qui de nous n'a pas rencontré de ces enfants inquiets, mécontents, effarés, qui jugeaient le monde bien dur et bien injuste pour eux? (i) Leurs camarades, d'ordinaire, leur témoignent peu de pitié, et cependant c'est par la bonté seule qu'on pourrait les guérir. — C'est sous l'influence d'auto-suggestions analogues que beaucoup d'enfants seraient incapables, la nuit, par crainte des ténèbres^ de faire seuls le plus petit trajet. La peur les affole et leurs jambes refusent de marcher. Ici, c'est surtout la volonté qui est atteinte ; elle l'est plus encore dans Vagoraphobie où tout mouvement des organes moteurs paraît impossible. On a

(i) George Eliot nous a laissé des descriptions fort instructives de ce mal, dont elle a ellc-mômc souffert pendant toute son eafance.

VU des personnes, bien portantes, ne pouvoir franchir une place où circulent des passants, parce qu'en elles surgissait cette idée qu'un tel effort était audessus de leurs forces ou qu'un danger les menaçait. Ni les raisonnements qu'elles se tenaient, ni les remontrances de leurs amis n'étaient capables de vaincre cette impuissance subite. — Ces cas extrêmes sont heureusement assez rares, mais ne les retrouvons-nous pas atténués chez un grand nombre de malades imaginaires? La description que nous en a laissée Molière est à peine exagérée. Nous connaissons tous, dans notre entourage, des Argan qu'une peur continuelle de la maladie suffit à rendre véritablement malades. Point de maladie nouvelle dont ils ne sentent ou ne croient sentir les atteintes ; aussi les épidémies trouvent-elles en eux un terrain tout préparé par l'imagination. — V hallucination et la plupart des altérations de la personnalité vienneni également de causes semblables. L'homme halluciné est celui qui spontanément objective les images qu'il a dans l'esprit et croit à leur réalité (i). Si vives, en effet, sont pour lui ces images qu'elles le rendent insensible aux perceptions des sens ; quant aux autres effets anormaux de l'auto-suggestion , l'étude des suggestions hypnotiques nous permettra plus tard d'en mieux apprécier la nature et la portée.

(i) Signalons encore, pour mémoire, parmi les cfFcts do l'auto-suggestion, l'exemple des sUjgmallsés dont nous avons précédemment parlé et les phénomènes si curieux que l'on remarque souvent sur le corps des nouveau-nés et qu'on désigne sous le nom de lâches originelles ou d'^ny/es,

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En résumé, ce que nous remarquons dans toute auto-suggestion, c'est d'abord le rétrécissement du champ de la conscience ; puis, peu à peu, sur le fond plus ou moins terne de notre état mental ordinaire, se détachent bien en relief un sentiment, une idée qui attirent à eux l'attention et acquièrent ainsi une puissance assez grande pour neutraliser les forces qui les combattent. La croyance qui en résulte devient alors pour le développement de notre activité une lumière, un guide et même un auxihaire efficace, surtout lorsque s'intéressent à elle les mille tendances qui sommeillent en nous et qu'elle a réveillées, en même temps que les aspirations les plus profondes de notre être auxquelles elle a donné satisfaction.

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