‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 17 sur 74 · I. — Les débuts du nouveau régime · texte numérisé non relu

I. — Les débuts du nouveau régime

Après une nuit de tempête, il est doux de voir le soleil levant disperser les nuages, sécher la terre et redresser les plantes que l'orage avait accablées. C'est le spectacle consolant qu'offrait la Suisse au lendemain du Sonderbund. La paix rentrait dans les cœurs, la confiance, chez les vaincus eux-mêmes, ne demandait qu'à renaître. La patrie tout entière aspirait à revivre sous les rayons de l'esprit confédéral qui, si longtemps voilé, luisait de nouveau sur elle et venait de s'affirmer dans la nouvelle constitution. Il s'agissait maintenant, pour le pouvoir central, de renoncer à toute politique intransigeante, de se montrer juste envers la minorité, de considérer sa tache à ce point de vue élevé qu'un gouvernement digne de ce nom atteint sans effort, et d'où il peut commander le respect à la nation aussi bien qu'à l'étranger. Heureusement pour la Suisse, ce fut dans cet esprit — affirmé déjà par le choix de Dufour comme général — que le nouveau régime débuta.

La constitution fédérale de 1848 a été, pour les besoins de l'époque, un véritable chef-d'œuvre. Elle est surtout remarquable en ce qu'elle a su résoudre, d'une façon heureuse, l'ardu problème de la souveraineté. Au sortir d'une période rendue critique et douloureuse par l'absence d'unité, la tentation était grande de substituer au régime impuissant d'une confédération de 22 états souverains l'omnipotence du nombre, c'est-à-dire de la seule majorité populaire. Des radicaux en

Rrenl la proposition, mais la diète, avec une prudence d'autant plus louable qu'elle est généralement rare après de violentes commotions politiques, la diète se garda de passer d'un extrême à l'autre. Elle eul l'intuition plus ou moins raisonnée que la souveraineté, au vrai sens du mot, n'est qu'une abstraction, ainsi que l'ont démontré tant de grands penseurs, iris que Montesquieu el Rousseau lui-même; que la souveraineté n'est pas ici ou là, mais réside en même temps dans chaque partie, dans chaque membre de la nation; qu'elle est donc l'émanation de l'àme de Ions; et qu'en remettre l'exercice à un seul homme ou à un seul groupe, que cet homme soii un monarque héréditaire ou un dictateur élu, que ce groupe soil une aristocratie héréditaire, une assemblée élue ou la moitié plus un des citoyens électeurs, c'esl aggraver l'étal de despotisme inhérent à toute société humaine. S'il est nécessaire que la volonté nationale devienne une pour les choses où l'intérêt général du pays l'exige, — d'où, presque toujours, violence l'aile- aux sentiments et aux intérêts d'une partie de la nation,

du moins faut-il, chez un peuple qui s'enorgueillit d'être libre, diminuer les chances d'arbitraire en créant plusieurs organes chargés de la recueillir et de la Formuler. Un tel système, pourvu qu'il n'aboutisse pas a l'immobilisme, est la sauvegarde précieuse de la dignité ei des droits réciproques. C'est seulement par cette voie qu'on peut sortir du dilemme posé si nettement dans cette pensée de Pascal : « La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est contusion: l'unité qui n'est pas multitude est tyrannie. »

Entre la confusion produite par le pacte de 1815 et la tyrannie qui serait résultée d'une constitution basée sur la seule souveraineté populaire, même si, comme le faisait le projet de la Malmaison (voir page 95), cette constitution eût maintenu les organisations cantonales, la diète a trouvé un moyen terme, qui garantit la sagesse, au moins relative, des décisions à intervenir. Tout en respectant les cantons, organismes anciens, mais inégaux, qui se sont formés librement, ont îles intérêts spéciaux et par conséquent droit à vivre. elle a redressé les effets choquants de cette inégalité en introduisant, sur un plan parallèle à la base historique, la loi de la majorité populaire, qui permet aux grands cantons de peser sur la décision sans qu'elle dépende exclusivement d'eux. De la sont nées deux chambres, le conseil national ou chambre populaire-, élu dans les cantons suivant leur impor-

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