I. ETAT FEDERATIF
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prendre les mesures nécessaires pour garantir la paix entre les confessions. La voie normale eût é.lé une adjonction constitutionnelle prévoyant celle compétence en termes exprès. On ne voulut pas y recourir, crainte d'un échec, mais on provoqua de vives et justes récriminations, comme il arrive toujours quand on procède par voie d'interprétations abusives.
Du reste, à cette époque, les tendances libérales étaieid en honneur. Les idées de fraternité, proclamées par la révolution de 1848, enflammaient encore les cœurs, et l'on s'efforçait de les réaliser , tout au moins dans le domaine civil et politique. C'est ainsi qu'en matière de libre commerce, les israélites furent admis à jouir des mêmes droits que les chrétiens (24 septembre 1856).
Conception plus généreuse et pratiquement plus sage que les restrictions ineptes et l'esprit de persécution qui ont si longtemps prévalu et qui tendent à renaître à l'égard de la race sémitique. C'est du reste grâce à la liberté du commerce et de l'industrie, à l'absence totale de protectionnisme, à l'initiative privée s'exerçant dans sa plénitude , que la
Suisse a pris, depuis 1.S4M, un développement matériel sans égal. Alors, tous les économistes citaient avec admiration ce petit pays, privé de tant d'avantages essentiels que ses concurrents ont en abondance (houille, matières premières, marine, colonies), et qui réussissait à les battre sur le marché universel parce qu'il avait une administration peu coûteuse, était le moins imposé du monde et n'avait pas de dette publique.
Joseph Munzinger.
Il est de fait i|iii' c'était le bon moyen de redresser la balance. L'administration fédérale pouvait être citée comme un modèle d'économie. Le nombre des affaires étant peu élevé, le conseil fédéral avait la possibilité de se tenir au courant de tout ce qui se passait dans les divers départements. Plus d'un dicastère n'avait pas de secrétaire spécial; le chef du département faisait lui-même la besogne. Il faut en grande partie attribuer à cette simplicité administrative la popularité immédiate et croissante des institutions fédérales. Nul doute que si le nouveau régime eût débuté par un grand appareil bureaucratique, avec lune inspecteurs, contrôleurs, commis, chaque poste étant doublé, il ne se fût éle> é une clameur générale. Avec le temps, 1rs \ nés se sont modifiées. Ce qui n'empêche point que c'était l'âge d'or de l'état fédératif.
Pendant que les institutions fédérales se consolidaient de la sorte, les cantons jouissaient en général, dans leur vie politique intérieure, d'un calme qui contrastait avec les bouillonnements continus de 1830 à 1848. Toutefois, les gouvernements radicaux qui, à la laveur des événements, s'étaient installés dans les cantons du Sonderbund, axaient peine à se maintenir. A Fl'ibourg surtout, les luttes étaient violentes. Le clergé, l'évêque Etienne Marilley en tète, s'y mêlait avec passion. Refusant de se soumettre aux injonctions de l'autorité civile, qui exigeait fin clergé comme de tous les fonctionnaires de l'état serment de fidélité à la constitution, l'évêque fut saisi, le 2."> octobre 1848 a minuit, dans son palais épiscopal et enfermé pendant près de deux mois à Chillon, d'où il alla vivre en exil à Divonne. Ce coup de main, accompli avec l'appui de Berne et de Vaud, dont Julien Schaller avait requis l'assistance fédérale, et qui lui fournirent des bataillons parce qu'il ne pouvait compter sur la fidélité dis troupes fribourgeoises, illustre au plus haut point la faiblesse de ce gouvernement, sans racines dans la majorité du pays. Sans doute, son administration était honnête et progressive, mais il ne \ ivait que grâce à l'appui arbitraire. il faut bien le dire, (pie lui prêtaient ses confédérés. La constitution cantonale avait été octroyée au pays comme celle de 1831 (voir page Kil i. c'est-à-dire suis avoir été soumise au vote populaire. La durée des pouvoirs avait été prolongée jusqu'en 1857, soit pendant neuf années (!) a partir de la chute du Sonderbund.
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Pour les élections au conseil national, dans ce canton, les moyens d'intimidation les plus graves étaient employés; on imposait entre autres aux électeurs le serment de fidélité à la constitution. C'est ainsi qu'au mépris de tous les principes démocratique, le régime radical durait. La camaraderie politique aidant, le conseil fédéral et les chambres refusaient d'écouter les légitimes plaintes de la majorité du peuple fribourgeois. Une première insurrection éclata en 1851, sous la conduite de Carrard, ancien maître d'école devenu marchand de bestiaux ; saisi, il fut condamné à lô ans de prison, puis gracié et banni. Le 24 mai 1<S,Y2, le parti conservateur tinta Posieux, près de Fribourg, une assemblée populaire qui comptait plus de 10 000 participants et qui adressa une pétition aux chambres pour réclamer contre tous ces abus. La pétition fut écartée. L'année suivante, nouvelle insurrection de Carrard qui, avec l'aide du major Perrier, s'empara du collège de Fribourg et trouva la mort en combattant (22 avril 1S.">;{). Un tribunal militaire — juridiction exceptionnelle que la constitution fédérale prohibait — fut institué pour punir les insurgés ; les chambres fédérales laissèrent faire.
Les recours à l'autorité fédérale étant de nul effet, la pensée coupable vint à l'avocat Wuilleret, l'un des chefs conservateurs, d'adresser à Napoléon III un mémoire secret ou apperçu, suivant l'orthographe du document, qui réclamait son intervention, et qui donna lieu, vingt ans plus tard, à un débat mémorable au conseil national. La majorité dut se résigner à attendre. Elle eut pourtant l'occasion de montrer sa force en octobre 1854, aux élections au conseil national, pour lesquelles le serment électoral dut être supprimé, ce qui amena cinq députés conservateurs à Berne au lieu des cinq radicaux, qui succombèrent à une écrasante majorité. Pour se concilier les populations, le gouvernement crut devoir rappeler l'évêque (décembre 1855), mais cela ne servit de rien, et le 7 décembre 1856, les élections au grand conseil, qui eurent enfin lieu, furent une défaite irrémédiable pour le parti radical, qui ne fit passer que cinq ou six de ses représentants. Les conséquences de cette politique, incroyable pour une démocratie, pèsent encore aujourd'hui sur le parti radical fribourgeois.
A Berne, une évolution rétrograde s'était produite également, six ans plus tôt. Nous avons vu (page 2;?7> que la constitution de 1846 avait
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porte une atteinte profonde aux finances de ce canton. Le déficit normal reconnu par Stàmpfli, chef du départemenl des finances, dans la séance «lu grand conseil du 29 août 1848, était de 4.">2 uoo livres i|)lus de 600 000 francs), el devail aller croissant. Ce fut rime des causes du revirement qui commença à s'accentuer contre le régime radical. Une
autre cause résidai) dans le relâchement des mteurs. que la politique
agitée de celle époque, avec sa vie d'auberge excitante et l'exemple peu
édifianl de certains chefs, avait amené peu à peu. et contre lequel réagissait une fraction toujours plus considérable de l'opinion publique. On se plaignait de l'endettement général et des lois défectueuses sur la poursuite pour délies. Les tendances communistes de plusieurs chefs radicaux effrayaient aussi les populations. Le résultat de ce mécontentement se traduisit par une coalition d'anciens libéraux . de conservateurs campagnards et «le patriciens qui, en vue des élections législatives de mai 1850, formèrent un comité à la tête duquel se trouva placé l'ancien landamman Blœsch, un libéral de 1830, gendre de Louis Schnell, de Berthoud, et qui décidèrent, comme en 1830, de réunir une assemblée populaire à Mûnsingen, sur la prairie appelée Leuentnatte. Justement alarmés de cette manifestation, dont l'importance, vu l'état des esprits, ne leur échappait pas. les chefs radicaux décidèrent de tenir le même jour, au même endroit, sur la prairie dite la Bcerenmatte, à quelques pas de l'autre, une assemblée de leurs partisans. hes ce moment se produisit une agitation colossale dans tout le pays. I..i presse était montée au plus haut diapason. Des chansons popu-