‹ La suisse au dix-neuvième siècleChapitre 2 sur 74 · I II · texte numérisé non relu

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caee journaliste Mallet-Dupan, pour être renseigné sur les choses de Paris In autre correspondant recevait, pour le même office, trois mille lianes On entretenait en outre dans le pays de Gex un agent qui i,ui, h ni quatre mille francs pour des rapports que Berne envoyai! aussi aux autres états confédérés. Ce n'étail pas tout. Grâce à Fribourg, les gouvernements étaient instruits, par des copies de protocoles, de loutes les délibérations du club suisse de Paris qui, depuis

1790, préparai! la ré\ o lulion de la Suisse

Si l'on considère la Suisse de la lin du X Y 1 1 1 "" siècle, sans constitution ; ces mil liers de traités liant les cantons entre eux cl avec l'étranger : cette multitude d'états confédérés, alliés, protégés, s;ins compter les bailliages cantonaux e!

confédérés, gouvernés par deux jusqu'à douze cantons : ces nuances

^^^^^M inlinies de l;i vie poli

^r . m tique allant des libertés

modernes aux privilèges du patriciat et au scr\ âge, on comprend que l'observateur attentif considérai ce pays comme u\) véritable anachronisme donl I existence étail incompatible avec les doctrines de liberté el d égalité qui gagnaient toujours plus de terrain. Affaiblis par la lutte séculaire entre les petits cantons démocratiques cl les grands cantons aristocratiques, divisés par leurs différences confessionnelles, les canlons se -a ranl issa ien I bien leurs possessions réciproques et se prêtaient de mutuels secours pour défendre leurs frontières, el pour s'assister les uns les autres en cas de troubles intérieurs, mais. ,n lace du danger commun, la confiance disparaissait.

Il v avait bien les bailliages communs, «pii, en une certaine mesure, pouvaient former un lien propre à réunir en un tout cette confédéral lion divisée. Mais les revenus <lc ces bailliages n'étaient employés ni pour le bien, ni pour l'intérêt générai. Il n'existait pas de caisse centrale. L'argent, chaque année, était réparti entre les cantons intéressés. Aussi ces caillons n'avaient-ils pas de «kilts et les grands pouvaient même prêter de l'argent aux souverains étrangers.

A cette époque, la Suisse était composée de treize pays ou états: Zurich, Berne, Lucerne, Uri, Sehwvtz, Haut et Bas-Unterwald, Zoug, Glaris, Fribourg, Soleure, Baie, Schaffhouse et Appenzell.

Les pays alliés étaient le Valais, les (irisons, l'évêché «le Baie (jusqu'en 1792), la principauté «le Neuchàtel et Valangin, la république de Genève, la ville et le territoire du prince abbé de St-Gall, les villes «le Mulhouse et «le Bienne ; les pays protégés: Engelberg, Rapperswyl et la république «le Gersau. Mais la grande masse de la Suisse était formée des pays sujets ou bailliages.

Les bailliages communs des pays confédérés (à l'exception d' Appenzell), étaient : Lugano, Mendrisio, Locàrno et le Mainthal. On les nommait les bailliages d'outre-monts.

Le bailliage «le la vallée du Rhin était administré par les huit anciens cantons (Zurich, Berne, Lucerne, Uri, Sehwvtz, Unterwald, Zoui; et Glaris) et par Appenzell.

Ces huit anciens cantons administraient également les bailliages de Thurgovie, Sargans, et ceux de la Haute-Argovie. Fribourg et Soleure en outre faisaient, avec ces états, partie du tribunal suprême de Thurgovie. Schaffhouse gouvernait avec les huit cantons la ville de Dissenhofen.

Depuis l'année 1712, le comté de Baden et la Basse-Argovie, avec Brenigarten et Mellingen en Argovie, étaient exclusivement sous la juridiction de Zurich, Berne et Glaris.

Les cantons d'Uri, Sehwvtz et Nidwald administraient les bailliages de Bellinzone, Biviera et Bollenz (Valle di Blegno ou Bregno).

Dej)uis les guerres de Bourgogne, les bailliages de Schwartzenbourg, d'Orbe et d'Echallens étaient, ainsi que Morat, sous le gouvernement commun de Berne et de Fribourg.

Sehwvtz et Glaris étaient les maîtres des bailliages d'Utznach et de Gaster.

La Suisse on \7.\- siècle, /. 2

18 TH. DE L1EBENAI

II m outre, presque chaque pays confédéré avail encore à ce! époque, ses propres bailliages. C'est ainsi que, pour ne citer que ceux i|ni >>nt quelque importance dans le développement <lr l'histoire suisse, Zurich possédail le bailliage de Kybourg el Grïiningen. Berne, outre un territoire de cinquante lieues de long el lien le de large qui égalait en importance le duché de Milan, possédait vingt-cinq bailliages dont les plus importants étaient dans le pays de Vaud (Avenches, Moudon, Oron, Yverdon, Lausanne. Morges, Nyon, Aubonne, Vevey, Chillon, Aigle, Payerne, Bonmont, Grandson, Romont), et en Argovie (Brougg, Aarau, Kœnigsfelden, Zofingue, Schenkenberg, Arbourg, Biberstein el Castelen).

L'abbé de St-Gall gouvernail les libres habitants du Toggenbourg. Le Haut-Valais allemand avait la juridiction du Bas-Valais français. Les huis Ligues grisonnes commandaienl sur la Valteline, Bormio el Chiavenna.

Sur la population de la Suisse, à la lin du XVIII siècle, les données précises el authentiques manquent. D'après les calculs ordinaires, le territoire de Zurich aurait compté . 176 000 habitants.

Berne, en y comprenant les bailliages administrés en commun par Fribourg el Berne. . . . 414 120 » parmi lesquels 2 153 bourgeois, environ 121 7'Jâ Vaudois et em iron 66 000 Argo\ iens.

Lucerne 100 I

Uri (sans la Levantine. 16 500 »

Schwytz 30 200 »

Unterwald (avec Engelberg) 20 000 o

Zoug H 000 »

Glaris (avec Werdenberg 15 000 »

liale 13 130

l'ril 72800 »

Soleure 1 1 957 o

Schaffhouse 30 000 »

Appen/ell 12

Thurgovie ... 63300

Rheinthal 22 »

Sargans 12 000

Gaster •"> "iihi

Utznacli 6 000 habitants.

Rapperswy] 5 ooo »

Comté de Baden 24 000

Bailliage libre (avec Mellingen, Bremgarten) . 19 800 »

Levantine 9 500 »

Bolenz 6 >

Riviera 3 000 »

Bellinzone 7 900

Lugano 'i.'i 400 »

Mendrisio 12 000 »

Locarno 17 300 »

Mainthal 25 800 »

Abbaye de Saint-Gall 91 800 »

Ville de Saint-Gall 8 350 »

Bienne 5 500 »

Les Grisons 210 1)1)0 »

on y comprenant la Valteline , Bormio et Ghiavenna 250000; les Grisons seuls environ 70 000.

Valais 10.") 000 »

Genève 35 000 »

Neuchàtel 44 427 »

Evêché de lîàle 65 000 »

Mulhouse 7 500 »

La population de la Suisse, à cette époque, peut-être évaluée en tout à 1 800 000 habitants.

Bien des bourgs, des bailliages cl des villages gardaient encore le souvenir de leur ancienne indépendance, des droits antiques, des libertés communales et des vieilles lettres de franchises, dont les axaient dépouillés petit à petit ceux qui les gouvernaient alors. C'étaient ces souvenirs qui avaient poussé certains -hommes intelligents, à Stein sur le Rhin, par exemple, à Winterthour et sur les bords du lac de Zurich, à manifester leur mécontentement du nouvel état de choses. Les soulèvements du peuple des campagnes, à Baie et à Zurich, avaient aussi en partie pour cause les souvenirs de la liberté impériale du bon vieux temps, où les particuliers, sans autre contrainte (pie la simple constitution impériale cl quelques lois, jouis-

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saicnl d'assez de liberté lorsqu ils avaient acquitté leurs modestes redevances envers leurs seigneurs Cette persistance à réclamer leurs anciens droits el leurs franchises, montre combien chez ru \ étail vif le souvenir du bon \ ieux temps.

Ce (|ni irritait le plus 1rs sujets, c'est qu'à côté des \ ieux droits féodaux, dunes, impôts sur le sol, mortaille, etc., ils devaienl aussi acquitter les contributions de l'état moderne. Ils reconnaissaient Ions les bienfaits du nouveau régime, à condition qu'on abolit les anciennes charges. Leurs désirs se résumaient dans ce postulat : » Le droit public moderne ne doit pas se superposer au vieux droit féodal et augmenter ims charges. » Même ceux qui demandaient, comme le Bas-Valais, le maintien du droit historique en 1790, exigeaient l'abolition des abus ci l'introduction de codes pour faire cesser la confusion des droits. Dans les cantons démocratiques, où la majorité de la population s'occupait, depuis des siècles, de l'élève i\i\ bétail, de l'exploitation alpestre el de l'agriculture, les fonctions étaient confiées à un nombre restreint de familles aisées. Les élections pour ces fonctions se renouvelaient chaque année el les députés faisaient a leurs électeurs des cadeaux (argent ou chapeaux de paille), leur offraient des banquets et célébraient leurs louanges. A Glaris, la charge de banneret coûtait, en 17.s;i. la somme de 5200 lianes

De Ions les baillis, les plus redoutés des pays sujets étaient ceux des petits canions qui, n'ayant pas d'argent pour acheter leurs suffrages, devaient s'en procurer en élevant les amendes et les taxes.

Dans les canions démocratiques, tous les citoyens étaient égaux devant la loi en théorie et en fait. Plusieurs même considéraient que faire partie du gouvernement était chose de peu d'importance. Cependant, lorsqu'il s'agissait des pays sujets ces mêmes liommes étaient tus jaloux de leurs prérogatives de maîtres. Celte liberté dont certains ne savaient pas même profiter dans leur propre pays, les démocrates la refusaient à des -eus qui leur étaient bien supérieurs poulies dons intellectuels, le sens artistique, la science, l'espril industrieux et la iiv ilisalion.

Dans quelques cantons aristocratiques, Soleure, Bàle et Schaffbouse. le servage lut maintenu jusqu'en 1785, même jusqu'en 17(.i.x. A Zurich, ce n'est qu'à la lin du XVIII" siècle qu'on fut débarrassé d'un droil rattaché au servage, le droit o de meilleur catel. » (Besthau.pl.)

A Fribourg et à Berne, la constitution déclarail les citoyens égaux, mais on interprétait cette disposition ainsi : Les citoyens n'avaient pas le droit de porter des litres ou des armoiries octroyés par les souverains étrangers, mais tontes les familles de la bourgeoisie reçues depuis un certain temps pouvaient ajouter à leurs noms la particule nobiliaire « de ».

Dans les cantons aristocratiques de Zurich, Berne, Lucerne, Fribourg, Soleure, Bàle et Schaffhouse, les petits conseils avaient réussi, après la répression du soulèvement îles paysans de \i\~ï.\, à devenir les mailles absolus et à introduire le droit public moderne qui supprimait les droits particuliers des pays. Les grands conseils et les assemblées populaires étaient devenus impuissants. A Berne, Schaffhouse et Bàle, les fonctions les plus importantes de l'étal n'étaient plus accordées par élection aux plus capables, mais à des personnages de peu de valeur, présentés par les corporations puis tirés au sort.

Conseil et tribunal n'étaient point séparés. Quelques-unes des plus anciennes familles avaient accaparé les places du petit conseil. Les citoyens récents ou peu fortunés étaient exclus de ces emplois.

A Schaffhouse, il y avait dans la constitution un singulier mélange de démocratie et d'aristocratie. Chaque année, le lundi de Pentecôte, les fonctionnaires étaient soumis à une réélection Le droit de pétition était garanti aux citoyens. Ceux-ci étaient convoqués annuellement dans leurs corporations respectives pour examiner les affaires de l'état et pour formuler leurs vœux. Le gouvernement devait sur chaque point essentiel envoyer à ces corporations des rapports, et demander leur avis. Mais à côté de ces mœurs démocratiques, l'état considérait les bailliages comme une sorte de vache à lait que les citoyens désignés par le sort pouvaient traire à leur aise pendant toute la durée de leurs fonctions.

A Genève, en 17(>N, la commune avait le droit de choisir la moitié des membres du grand conseil et de désigner chaque année les quatre membres sortants. Mais les Mis des simples habitants, les natifs, comme on les nommait, n'avaient pas des droits égaux à cvux des citoyens, bien qu'ils payassent les impôts et qu'ils fussent souvent supérieurs à ceux-ci par l'instruction et la richesse. Ce refus d'accorder des droits égaux à tous les habitants avait fait nommer les citoyens des négatifs. Poui' la première fois, en 17.S2, 4M» habitants furent reçus bourgeois.

III I IKXAI

A Zurich. Bàle, SchalThouse, Genève el Si (mil les patriciens gagnèrenl île l'argent en faisant du commerce, qui devint entre leurs mains un véritable monopole. A Berne, Lucerne, Fribourg, Soleure, le Valais el Us Grisons l'aristocratie se vouail de préférence au service mililaire, à la s >lde de princes étrangers.

Quelques hommes politiques éclairés sentaient bien que cette do-

mination exclusive îles patriciens et cette exclusion de la bourgeoisie aisée, morale et intelligente de toute participalion nu gouvernement, ne pouvaient plus durer. L'instruction qui tendait à se répandre toujours davantage dans la classe populaire, ne mettait plus la supériorité du côté des nobles, dont la eu li ure était plus que médiocre.

On disait île plus en

plus : la richesse «toit

aller de pair avec l'instruction. Aussi le vieux patriote Frantz-Urs liai thasar de Lucerne réclamait-il la fondation d'un établissement d instruction à l'usage des jeunes patriciens, lu de ses contemporains, [saac I sel in. doue d'infiniment plus de sens cl d'esprit d'équité, demandait, lui, qu'on ouvrit ces établissements d'éducation à tous les enfants du pays. Un institut qui, en quelque mesure, répondait déjà au désir de Balthasar, était l'institut de Zizers, fondé par le pasteur Martin Planta eu 1761, el qui portait le nom de a Philanthropie, o Mais cet institut tomba en discrédit, lorsqu'on vit parmi les collaborateurs de Planta, le I) Barth, un contempteur des choses religieuses. L'institut finit d'exis-

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ter en 177 1. lTn nuire établissement qui répondait mieux aux besoins du temps était celui de B. Tscharner, à Jenins. A Colmar, l'institut l'IelTH, fréquenté aussi par de nombreux Suisses, cherchait à propager une culture générale. Dans le Bas-Valais, les habitants durent payer jusqu'en 1790 de gros impôts pour les écoles et les médecins du Haut- Valais, sans en tirer grand profit pour eux-mêmes. L'état, de son côté, ne faisait en Suisse rien ou presque rien pour favoriser la science, les arts, le commerce et l'industrie. Si ces branches de l'activité humaine se développèrent, c'est grâce à quelques circonstances accidentelles. L'égoïsme de la plupart des cantons se révélait surtout dans l'exploitation que chacun voulait faire de la frappe des monnaies.

Sur bien des points du territoire suisse, les écoles de la ville étaient fermées aux habitants des campagnes. Quant aux universités, elles axaient expié leur précédente grandeur. Heureusement que les savants remarquables de la Suisse trouvaient à l'étranger l'emploi de leurs talents.

Un coin de la Suisse faisait alors l'admiration de l'Europe cultivée : la Suisse occidentale. Dans la petite république de Genève cette sombre ville, disait Voltaire, où l'on ne rit jamais, — l'on comptait un nombre extraordinaire d'éminents écrivains dans toutes les blanches. Jean-Jacques Rousseau y vécut quelque temps. Mais le gouvernement genevois ne lui permit pas de s'y consacrer tranquillement à ses éludes. Comme en France, son Emile et son Contrat social lurent brûlés par la main du bourreau, bien que la première de ces œuvres contint, ainsi que le fait remarquer Monnard, les plus beaux passages sur la divinité du christianisme et (pie Rousseau y défendit, en face des attaques des philosophes, les fondements naturels de la religion. Dans le Contrai social, Rousseau proposait au monde, comme modèle, la constitution de la république de Genève. Mais l'autorité considérait ces deux œuvres comme dangereuses et destructives de toute autorité religieuse et politique, ce qui n'empêchait pas ce même gouvernement de laisser, dans la ville de Calvin, Voltaire publier ses écrits irréligieux (1762).

Cette singulière immixtion de l'état dans les affaires de la pensée suscita des luttes littéraires et politiques qui réveillèrent en 17(>."> les vieux partis des représentants et des négatifs. Tandis que le procureur-général Tronchin, dans ses Lettres de la campagne, prenait la dé-

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